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Auvergne-Rhône-Alpes

Vaccin contre la grippe en pharmacie : quand le dispositif est un succès

Par Charlotte Arce

Pour la deuxième année consécutive, la région Auvergne-Rhône-Alpes expérimente la vaccination contre la grippe par des pharmaciens. Le dispositif, élargi cette année à quatre régions avant sa généralisation à l’ensemble des pharmacies françaises dès l’automne 2019, est un succès.

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Si vous résidez en Nouvelle-Aquitaine, en Auvergne Rhône-Alpes, dans les Hauts-de-France et en Occitanie, plus besoin de vous rendre chez votre médecin généraliste pour vous faire vacciner contre la grippe. Depuis le 6 octobre en effet, ces quatre régions françaises expérimentent une mesure qui sera étendue à tout le territoire dès l’automne prochain : la vaccination par les pharmaciens.

L’expérimentation a été lancée en octobre 2017 par le ministère des Solidarités et de la Santé. Son objectif : inciter les Français, et en particulier les personnes à risque, à se rendre dans une officine pour se faire vacciner contre la grippe saisonnière. Limité l’an dernier à 2 régions, et ne concernant que la population pour qui le vaccin était recommandé (personnes de plus de 65 ans, patients à risques souffrant de pathologie…), le dispositif a été cette année élargi aux femmes enceintes et aux personnes se faisant vacciner pour la première fois.

85% des pharmacies vaccinent dans la région

En Auvergne Rhône-Alpes, le dispositif est un succès du fait de sa praticité : plus besoin en effet de prendre rendez-vous chez le médecin ou chez une infirmière pour se faire vacciner. Les patients "peuvent directement venir en pharmacie sans avoir de rendez-vous", explique au Dauphiné Gilles Bonnefond, président national de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). "D’ailleurs, beaucoup ont fait remarquer qu’ils s’étaient fait vacciner l’an dernier contrairement aux années précédentes où ils n’arrivaient pas à trouver de rendez-vous chez le médecin. La vaccination contre la grippe, c’est un mois et demi entre début octobre et fin novembre. Si vous manquez ce créneau parce que vous n’avez pas de rendez-vous, c’est raté."

Gilles Bonnefond se félicite aussi de voir que les pharmaciens se prêtent au jeu de la vaccination. Selon lui, 85% des officines de la région devraient proposer la vaccination cette année, contre 70% en 2017. Une progression encourageante, qui incite à poursuivre l’expérimentation auprès des professionnels. "Les pharmaciens se forment une journée pour (ré)apprendre à faire le geste de vaccination. Ils mettent en place des espaces de confidentialité pour accueillir les patients. Et ils enregistrent auprès de l’Agence régionale de santé chaque patient vacciné pour avoir des chiffres précis sur le dispositif", explique le président de l’USPO, lui-même pharmacien à Montélimar.

Les infirmières libérales en colère

Toutefois, le dispositif ne fait pas que des heureux. Pour les infirmières libérales, l’extension de la pratique de la vaccination aux pharmaciens les prive de leurs prérogatives. "C’est notre cœur de métier ! Nous avons largement fait nos preuves… et ce sans recevoir de récompenses après cinq vaccins !", regrette Andrée Palme, présidente du conseil interdépartemental de l’Ordre des infirmiers de l’Ardèche et de la Drôme, citée par Le Dauphiné. "Ce n’est pas tant le manque à gagner que nous dénonçons, mais bien le discrédit qui est jeté une nouvelle fois sur notre profession, et une forme de mépris de la part des pouvoirs publics. Trop c’est trop, on en a assez d’être transparentes !"

"Nous ne voyons pas pourquoi lorsque nous avons un métier qui est consacré à cela, d’autres viennent s’en emparer. Nous n’allons pas dire à nos patients de ne pas aller en pharmacie chercher leurs médicaments car nous avons des échantillons envoyés par les laboratoires, précise encore la présidente. Tout le monde est complémentaire dans le domaine de la santé !", ajoute Andrée Palme, qui précise que "médecins et infirmières sont suffisants pour couvrir le territoire".

9 000 décès liés chaque année à la grippe

En 2017, 160 000 personnes se sont faites vaccinées contre la grippe saisonnière dans des pharmacies en Nouvelle-Aquitaine et en Auvergne Rhône-Alpes, majoritairement des personnes de plus de 65 ans. L’extension du dispositif cet automne à deux nouvelles régions et aux femmes enceintes devrait permettre d’étendre encore la couverture vaccinale, en particulier auprès de la population à risque. L’expérience, déjà concluante, sera généralisée à l’ensemble des pharmacies françaises dès l’automne 2019.

Chaque année, l’épidémie de grippe survient au cours de l’automne et de l’hiver et touche entre 2 et 6 millions de personnes. Plus de 90% des 9 000 décès liés chaque année à la grippe surviennent chez des personnes de plus de 65 ans.