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Fibromyalgie : une vraie souffrance d'origine neurologique

Fibromyalgie : une vraie souffrance d'origine neurologique

Publié le 11.05.2016
Fibromyalgie : une vraie souffrance d'origine neurologique
© Shutterstock-PathDoc

La fibromyalgie est un syndrome douloureux chronique diffus d'origine neurologique et caractérisé par des douleurs de tout le corps associées à une fatigue et à des troubles du sommeil

Fibromyalgie : COMPRENDRE

Des mots pour les maux

La fibromyalgie est un syndrome douloureux chronique diffus ou « syndrome polyalgique idiopathique diffus » (ou SPID). Le mot fibromyalgie vient de « fibro », comme fibrose, « myo », comme muscle, et « algie », comme douleur. Il s’agit très probablement d’un dérèglement du fonctionnement du système nerveux de la douleur dans le système nerveux central et le cerveau qu’il est possible de visualiser, en recherche, grâce à l’IRM fonctionnelle.

Qu’est-ce qu’une fibromyalgie ?

La fibromyalgie est une maladie complexe, caractérisée par l’existence de douleurs diffuses chroniques dans tout le corps avec des douleurs retrouvées à la pression de certains points du corps. Elle s’accompagne également de diverses manifestations telles que des troubles du sommeil, de la fatigue et, dans près d’un tiers des cas, d’anxiété et de troubles de l’humeur. Il s’agit d’une entité encore mal caractérisée du fait de l’imprécision des critères diagnostiques et c’est toujours un diagnostic d’élimination, c’est-à-dire que les médecins le retiennent une fois qu’ils ont éliminé les autres maladies responsables de douleurs chroniques diffuses.

Cette pathologie a connu plusieurs noms : fibrosite, polyentésopathie, syndrome polyalgique idiopathique diffus (ou SPID). Sa complexité réside dans le fait, que l’on n’a pas vraiment compris son origine, ni mis en évidence de lésions précises, quel que soit l’examen utilisé. Des critères diagnostics sont utilisés (ceux de l’American College of Rheumatology), mais ils ne sont pas très précis, ni réellement discriminants vis-à-vis de certaines autres maladies responsables de douleurs chroniques. Il est donc probable que l’on regroupe dans le cadre fibromyalgie, plusieurs entités pathologiques ce que la clinique retrouve souvent.

La fibromyalgie est néanmoins aujourd’hui reconnue comme une maladie afin de développer la recherche. L’objectif thérapeutique est d’utiliser différents moyens médicamenteux pour permettre une reprise progressive de l’activité physique et autoriser une vie quotidienne presque normale. Cette maladie n’évolue jamais vers une dégradation de l’état général et ne conduit pas à une perte d’autonomie.

A quoi est due la douleur de la fibromyalgie ?

Plusieurs causes et mécanismes ont été évoqués au fil du temps et de la mise au point d’examens de plus en plus précis, mais l’hypothèse qui paraît le plus intéressante actuellement est un trouble des voies neurologiques de la sensibilité, en particulier au niveau du cerveau.
Du fait des douleurs à la pression des insertions musculo-tendineuses, qui sont retrouvées constamment dans ce syndrome douloureux, des anomalies musculaires ont été évoquées en premier comme étant à l’origine de la maladie, mais il est probable que ces anomalies ne sont que la conséquence du déconditionnement musculaire secondaire à la douleur.
Une origine psychogène a également été évoquée du fait de la fréquence des troubles anxiodépressifs associés (un tiers des cas environ), mais les nombreux traitements antidépresseurs utilisés dans cette maladie, améliorent souvent les douleurs sans modifier ces troubles de l’humeur le plus souvent. L’ensemble des sociétés savantes s’accorde pour dire que les différents problèmes de la fibromyalgie ne sont donc absolument pas dus à une cause psychiatrique, même si les troubles anxiodépressifs peuvent aggraver les douleurs et le retentissement fonctionnel de ces douleurs.
Actuellement, il y a de plus en plus d’arguments scientifiques pour expliquer la douleur de la fibromyalgie comme un désordre central de la modulation des messages douloureux dans les voies neurologiques de la douleur. En effet, les progrès techniques, et en particulier l’IRM fonctionnelle du cerveau qui permet d’étudier l’activité cérébrale dans les régions impliquées dans la douleur, mettent en évidence des anomalies du fonctionnement des voies de la douleur dans le cerveau des malades fibromyalgiques. Par rapport à des sujets témoins sains, il existe chez ces malades une anomalie dans l’interprétation que fait le cerveau du message douloureux.

Tout se passe comme si le cerveau interprétait « mal » les messages reçus en provenance du corps : une sensation normale (par exemple un simple frottement) serait ainsi perçue de façon douloureuse chez la personne atteinte de fibromyalgie, alors qu’elle ne le sera pas chez un sujet non-malade. De plus, en cas de sensation douloureuse, celle-ci serait amplifiée et perçue de façon très exagérée.
L’implication de taux anormaux de certaines substances impliquées dans les circuits de la douleur (les « neuromédiateurs »), comme la sérotonine et la noradrénaline, est plus que probable. Ceux-ci pourraient aussi expliquer les troubles du sommeil qui sont rencontrés au cours de la fibromyalgie, ainsi que l’efficacité au moins partielle des médicaments psychotropes (antidépresseurs et antiépileptiques) qui agissent sur ces neuromédiateurs.
La conséquence pratique est qu’il s’agit donc probablement d’une altération des circuits nerveux du cerveau (les « circuits neuronaux »), et non pas d’une anomalie anatomique. Ceci est plutôt positif car il est possible de pousser le cerveau à corriger ces anomalies « de branchement » entre les cellules nerveuses (les neurones) avec différentes techniques de rééducation physique qui vont petit à petit provoquer la formation de nouvelles boucles neuronales normales ou compensatoires.
Si l’existence de ces perturbations des circuits neuronaux centraux de la douleur est bien établie, il reste à comprendre quelles en sont les causes. Il est probable que ce sont plusieurs facteurs qui vont déclencher la maladie. Un terrain familial prédisposant est très probable car la fibromyalgie à un caractère familial. Il peut être lié à une vulnérabilité psychologique ou à des anomalies du métabolisme d’un neuromédiateur comme la sérotonine. Un terrain hormonal est possible car il existe une nette prédominance féminine de la maladie. Enfin, l’intervention d’un facteur extérieur déclenchant est probable puisque certains membres de familles de fibromyalgiques ne sont pas malades. Il peut s’agir d’une infection virale, d’un traumatisme affectif… Il reste du travail pour la recherche.

Comment évolue la fibromyalgie ?

L’évolution de la fibromyalgie est marquée par la chronicité et la fixité des symptômes. La maladie peut évoluer pendant des années avec un fond douloureux permanent entrecoupé de poussées. En général, la maladie va s’améliorer avec l’âge et régresser vers la soixantaine.
La douleur va souvent persister inchangée, sans aggravation. De même les troubles du sommeil restent présents sans majoration notable. La fatigue est l’un des signes qui reste le plus constant pendant l’évolution de la maladie.
Le fait d’avoir une activité professionnelle est un élément favorable. Des études ont montré que les personnes fibromyalgiques qui maintiennent une activité professionnelle ont un niveau de douleur moindre et une meilleure fonction articulaire que ceux des patients qui ne travaillent pas.
La fibromyalgie est souvent responsable d’une importante gêne fonctionnelle mais elle n’aboutit jamais à un état d’invalidité grave. Les malades ont souvent peur de se retrouver en chaise roulante, mais cela n’arrive jamais. Le pronostic vital n’est également jamais engagé par cette maladie.

Combien de temps évolue une fibromyalgie ?

La fibromyalgie est une maladie chronique qui évolue sur de nombreuses années, pendant lesquelles la douleur reste présente, même si elle peut être améliorée par les traitements mis en place par le médecin.
En général, la fibromyalgie s’atténue naturellement à partir de la soixantaine.

La fibromyalgie est-elle une maladie psychiatrique ?

Les troubles psychiatriques sont fréquents au cours de la fibromyalgie et de nombreux médecins considèrent la fibromyalgie comme l’expression somatique d’une dépression. Par ailleurs, plusieurs anomalies biochimiques (sérotonine, noradrénaline) sont communes à la fibromyalgie et aux formes sévères de dépression.
En fait le profil psychologique de ces patients se rapprocherait plutôt des névroses d’angoisse. Différentes études ont été réalisées avec des questionnaires spécialisés et arrivent à des résultats contradictoires. Les nombreux problèmes méthodologiques de ces études font qu’il n’est pas possible de conclure avec certitude sur les liens réels entre fibromyalgie et dépression et que l’on ne sait pas laquelle des 2 affections est à l’origine de l’autre.
Mais, parmi les traitements qui sont efficaces dans la fibromyalgie, il y a différents antidépresseurs qui marchent sur la douleur et la reprise de l’activité alors qu’ils ne modifient pas fondamentalement l’humeur des malades.
L’ensemble des sociétés savantes s’accorde donc pour dire que les différents problèmes de la fibromyalgie ne sont absolument pas dus à une cause psychiatrique, même si les troubles anxiodépressifs fréquents peuvent aggraver les douleurs et le retentissement fonctionnel de ces douleurs.

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