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Effets indésirables

Antibiotique : des victimes des fluoroquinolones dénoncent un scandale sanitaire 

Par Mégane Fleury

France Info révèle qu’une dizaine de patients a saisi la justice après avoir subi les graves effets indésirables des fluroquinolones, une famille d’antibiotiques. 

Ridofranz/istock
Les fluoroquinolones sont des antibiotiques destinés à traiter des infections bactériennes graves.
Ils peuvent provoquer des effets secondaires sévères, comme des troubles cardiaques par exemple.
Une association de patients dénonce des prescriptions injustifiées et porte plainte contre leurs médecins et contre X.

Leur usage devrait être limité à des infections difficiles à traiter, mais ils sont encore trop employés. Les fluoroquinolones sont des antibiotiques puissants, dont la prescription est limitée aux infections bactériennes graves depuis 2019. Or, des patients dénoncent des utilisations non-justifiées, comme le révèle France Info. Ils sont une dizaine à avoir porté plainte contre leurs médecins et contre X après avoir subi les effets secondaires graves provoqués par ces médicaments. Selon eux, des médecins continuent de les prescrire pour des infections bénignes, comme la cystite. 

Fluoroquinolones : quels sont les effets de ces médicaments ?

C’est pour soigner cette infection urinaire que Danielle a reçu une ordonnance d’Ofloxacine, un antibiotique de la famille des fluoroquinolones, en décembre 2021. Au Parisien, elle raconte comment les effets secondaires sont apparus. Elle a ressenti des douleurs aux chevilles, des décharges électriques dans certaines parties du corps ou encore des douleurs articulaires. Après l’arrêt du traitement, certains symptômes persistent, comme les décharges dans les bras ou les douleurs dans les articulations. "Ces médicaments m’ont (…) pourri la vie", confie la septuagénaire.

Selon un document de l’Agence nationale de sécurité du médicament, les fluoroquinolones peuvent entrainer des lésions au niveau des tendons, voire une rupture de ceux-ci, des troubles du rythme cardiaque, des troubles neuro-psychiatriques, des atteintes des nerfs périphériques ou encore une sensibilité au soleil. "Ces effets indésirables peuvent se manifester dès les premières 48 heures du traitement et jusqu’à plusieurs mois après l’arrêt du traitement, précise l’ANSM. La durée des effets indésirables est également très variable d’un patient à l’autre."

Antibiotiques : pourquoi les fluoroquinolones sont-ils utilisés ?

Au vu de ces effets secondaires graves, les autorisations de prescription de ces médicaments sont limitées. "L’Agence européenne des médicaments (EMA) a réévalué en 2018 -2019 le rapport bénéfice/risque des fluoroquinolones, explique l’ANSM. Cette réévaluation a conduit notamment à restreindre leurs indications thérapeutiques." Ainsi, l’agence précise qu’ils sont indiqués dans le traitement des infections bactériennes graves, qui peuvent engager le pronostic vital. Mais ils doivent être évités dans "des situations où d’autres antibiotiques peuvent être utilisés". 

Fluoroquinolones : comment limiter les prescriptions ?

Or, selon l’association de patients, ils sont encore trop prescrits en France. D’après eux, six millions de prescriptions injustifiées auraient été réalisées depuis 2019. À France Info, Mathieu Molimard, professeur au CHU de Bordeaux et responsable de la communication de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique, affirme que ce chiffre est "crédible" et qu’il est nécessaire de mieux encadrer les prescriptions. Il rappelle toutefois qu’il "n'y a pas aujourd'hui les outils pour bloquer les prescriptions" et il estime qu’il "faut aller plus loin et changer la législation".

Le ministère de la santé a expliqué à France Info qu’une campagne de rappel par mail allait être réalisée dans les prochaines semaines, à destination des professionnels de santé pouvant prescrire ces médicaments. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé devraient aussi être adaptées pour qu’ils ne soient plus prescrits dans le cas de cystite simple. Au Parisien, Philippe Coville, président de l’association de patients, parle d’un "empoisonnement par négligence", et affirme vouloir continuer le combat pour que "justice soit faite".