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Essai JIKI

Ebola : quand les vieilles molécules ressortent du placard

Ebola : quand les vieilles molécules ressortent du placard Cliff Owen/AP/SIPA

  • Publié 18.12.2015 à 08h00
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Depuis 2 ans, l'Afrique de l'Ouest est frappée par une épidémie d'Ebola dont personne n'avait prévu qu'elle ferait autant de ravages. Alors que depuis la découverte du virus en 1976, la recherche était au point mort, en quelques mois des dizaines de laboratoires dans le monde ont dû lancer des essais. Un travail dans l'urgence qui a contraint les scientifiques à bouleverser leurs habitudes de travail.

En 1976, le chercheur belge Peter Piot découvre le virus Ebola. En 40 ans, la recherche sur cette fièvre hémorragique en restera là. Les laboratoires qui avaient commencé à travailler sur des médicaments ou des vaccins n’ont pas poursuivi leurs travaux, faute de marché. Certains de ces traitements n’ont même jamais été testés chez l’homme.

Pourtant, face à l’épidémie sans précédent qui sévit en Afrique de l’Ouest en 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ressort ces ébauches thérapeutiques du placard. En août 2014, l’OMS dresse une première liste de médicaments envisagés. Parmi eux, deux antiviraux sont jugés prometteurs : le brincidofovir, développé contre le cytomégalovirus, et le favipiravir, autorisé contre la grippe.

La France pionnière

La France décide très vite de lancer un essai sur le favipiravir. Un pari qui semble risqué puisque la molécule n’a été testée pour Ebola uniquement chez la souris. « Nous avons fait un choix stratégique basé sur le fait que ce médicament pouvait être donné par voie orale et qu’il était disponible en grande quantité grâce à un partenariat avec le laboratoire japonais », explique le Pr Jean-François Delfraissy, coordinateur interministériel de la lutte contre Ebola.

En à peine un mois, une équipe de recherche est composée et l’essai JIKI est lancé. « Nous n’avions jamais travaillé ensemble. J’ai rencontré pratiquement tous les membres de l’équipe à la première réunion », raconte le Pr France Mentré, professeur de biostatistique à l’université Paris Diderot et co-responsable scientifique de JIKI.

A partir de septembre 2014, les réunions s’enchainent pour préparer l’essai. Commence alors un long parcours semé d’embûches. La première étape consiste à calculer la dose à administrer aux patients. Les institutions sanitaires craignent les effets secondaires graves non répertoriés que pourrait provoquer le favipiravir. « Ils avaient peur que la dose élevée que nous proposions soit toxique et qu’en essayant de sauver des patients, on les tue. Cela aurait été catastrophique », explique la chercheuse.


Les enfants inclus dans l'essai

Par la suite, l’équipe présente son protocole aux comités d’éthique de l’INSERM, de Médecins Sans Frontières (MSF) et du gouvernement guinéen. Très tôt, l’équipe de JIKI, soutenue par MSF, se prononce contre la comparaison à un placebo considérée « à la limite de l’éthique ». En effet, pour valider l’efficacité d’une molécule, dans les essais cliniques un groupe de patients reçoit le médicament et un autre groupe reçoit un placebo. Or, le taux de mortalité est si important dans cette épidémie qu’il est décidé de proposer le favipiravir à tous les malades arrivant au centre et acceptant de participer à l’essai.

A chaque réunion, les éthiciens leur demandent de faire des modifications. « MSF nous a par exemple obligé à inclure des enfants dans l’essai alors que le favipiravir n’est pas prescrit en pédiatrie et que nous n’avions aucune idée de la dose, explique le Pr Mentré.

Ecoutez...
France Mentré, professeur de biostatistiques et co-responsable scientifique de l'essai JIKI : « Au départ, nous avons proposé de descendre à 15 ans puis finalement à 1 an car il n’est pas possible de refuser de traiter des enfants si une famille malade arrive au centre de traitement. »

 

Après 4 mois de travail acharné, le premier malade est inclus le 17 décembre 2014 dans le centre de traitement Ebola à Guéckédou en Guinée. Des patients des centres de N’Zérékoré, Macenta et Conakry intègrent également l’étude.

De décembre 2014 à mai 2015, plus de 100 patients ont reçu le favipiravir. Les résultats préliminaires publiés en février dernier sont mitigés mais encourageants. Ils montrent une réduction de la mortalité chez les patients ayant une charge virale peu élevée. Malheureusement, le traitement ne semble pas fonctionner pour les enfants. « A l’avenir, je pense qu’il faudra doubler les doses pour eux », estime le Pr France Mentré.

Reste que l’essai est une avancée dans le développement d’un traitement contre Ebola. Au début de l’épidémie, il n’y avait rien. Deux ans plus tard, on attend les résultats de plusieurs essais qui évaluent différentes thérapies mais également des vaccins. Mais la fin de l’étude ne signe pas le désengagement des chercheurs.

Lire la suite de notre enquête :

Ebola : la science au chevet des patients

Neuf mois après, les survivants d'Ebola restent porteurs du virus 

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