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Emotions

C’est quoi la «gueule de bois» des créatifs ?

La créativité booste le bien-être dans l’immédiat, mais une étude montre que les créatifs et artistes de métier peuvent ressentir un contrecoup d’émotions négatives le lendemain d'une journée particulièrement productive.

C’est quoi la \ gorodenkoff / istock




L'ESSENTIEL
  • La créativité améliore le bien-être le jour même.
  • Mais chez les professionnels, elle peut entraîner plus d’émotions négatives le lendemain.
  • Les chercheurs parlent d’une "gueule de bois de la création".

Créer fait du bien… du moins sur le moment. Une étude publiée dans The Journal of Positive Psychology révèle un phénomène inattendu chez les professionnels de la création : après une journée particulièrement créative, les artistes ressentiraient davantage d’émotions négatives le lendemain. Les chercheurs parlent d’un "creative hangover", autrement dit une "gueule de bois de la création".

Le coût émotionnel de la création

Menée auprès de 355 adultes, dont 202 professionnels créatifs et 153 participants moins engagés dans des activités artistiques, la recherche s’est appuyée sur des évaluations de santé mentale et 13 questionnaires quotidiens censés mesurer créativité et bien-être. Pour analyser les différentes dimensions de l’épanouissement de chacun, les chercheurs ont utilisé le modèle PERMA (émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement), établi par Martin Seligman, un des fondateurs de la psychologie positive.

"La créativité est généralement présentée comme un moyen simple de se sentir mieux", explique Kaile Smith, doctorante en psychologie au CUNY Graduate Center (Etats-Unis), dans un communiqué. "Ce qui nous a surpris, c’est que chez les professionnels créatifs, il peut y avoir un coût émotionnel le lendemain, même si les effets du jour même sont positifs."

Les résultats montrent que, pour tous les participants, les journées plus créatives s’accompagnent d’un meilleur bien-être immédiat. Les personnes créatives affichaient même, au départ, un niveau de bien-être plus élevé, notamment en termes d’engagement, de relations et de sens. Sauf que le lendemain, la dynamique diverge. Les créateurs occasionnels conservent souvent les bénéfices émotionnels, avec une humeur et des relations améliorées. Mais à l’inverse, les créatifs de métier rapportent davantage d’émotions négatives après une journée très créative.

Repenser le mythe de l’artiste torturé

"Les professionnels de la création sont souvent soumis à une pression intense – produire, performer, s’autoévaluer", souligne Jennifer Drake, professeure de psychologie au CUNY Graduate Center. "Affirmer que la créativité est toujours bénéfique manque de nuance." Pour les chercheuses, ces résultats pourraient orienter les stratégies de soutien psychologique et les interventions thérapeutiques en milieu artistique.

Fait intéressant, chez les créateurs occasionnels, un moral en baisse prédisait davantage de créativité le lendemain – un effet absent chez les professionnels. Cela vient contredire le cliché de l’"artiste torturé" : si la créativité procure bel et bien un élan positif immédiat, son retentissement au niveau émotionnel dépendrait du contexte et du statut professionnel.

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