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Trouble bipolaire : une variation brutale et anormale de l'humeur

Trouble bipolaire : une variation brutale et anormale de l'humeur

Publié le 29.03.2016
Trouble bipolaire : une variation brutale et anormale de l'humeur
© 123RF-Katarzyna Biasiewicz

Le trouble bipolaire, avec son alternance de périodes de dépression et d’excitation pathologique (« manie ») séparées par des intervalles libres, est une des maladies les plus invalidantes. Pourtant, comme la dépression a tendance à dominer les épisodes maniaques, il faut en moyenne 10 ans pour faire le diagnostic.

Trouble bipolaire : COMPRENDRE

Des mots pour les maux

Le terme « bipolaire » évoque les deux pôles de l’humeur, « manie » ou « hypomanie » et « dépression » ou « mélancolie », entre lesquels oscille l’humeur du malade.

Les troubles bipolaires sont anciennement connus sous le nom de « psychose maniacodépressive ».

La vulnérabilité génétique à la maladie se déclenche en présence de différents types de « facteurs déclenchants » : psychostimulants, drogues, stress et manque de sommeil.

Les médicaments les plus souvent prescrits pour le trouble bipolaire sont appelés « thymorégulateurs » ou « régulateurs de l’humeur ».

Qu'est-ce qu’un trouble bipolaire ?

Les troubles bipolaires, qui sont aussi connus sous le nom de « psychose maniacodépressive », sont des maladies qui entraînent des dérèglements de l'humeur.

Ces troubles se manifestent par une alternance de phases de dépression (voire de « mélancolie ») et d'excitation (« manies » ou « hypomanie »), séparées par des intervalles libres où le malade peut vivre normalement. Ces phases d’excitation ou de dépression peuvent apparaître en réaction à un stress particulier, mais le plus souvent sans aucune raison apparente. Chaque phase dure de quelques semaines à quelques mois et peut être d'intensité variable, ce qui donne des présentations très hétérogènes. C'est donc une maladie qui est caractérisée par des changements assez brutaux dans l’humeur et dans le fonctionnement du cerveau, où la manie peut se cacher derrière la dépression, mais le malade peut vivre normalement lors des intervalles libres.

Tout le monde peut vivre des périodes de bonheur, de tristesse, d'excitation et peut être confronté à des difficultés, mais, dans les troubles bipolaires, ces changements sont francs et souvent hors de proportion. Ils atteignent parfois une intensité telle que la personne ne réalise pas qu'elle dépasse les bornes de l’euphorie ou qu’elle souffre tellement de sa dépression qu'elle en est paralysée avec des idées suicidaires. Cet état est responsable de problèmes fréquents avec la famille et au travail, ce qui peut aboutir à des problèmes financiers et même parfois judiciaires.

Du fait des périodes de stabilité et de la variabilité de l’intensité et du type des signes dépressifs et maniaques, et surtout de la prédominance de la dépression sur la manie, le diagnostic est souvent fait tardivement (après 8 à 10 ans d’évolution en moyenne). Les malades sont fréquemment diagnostiqués « dépressifs » (la manie se cache derrière la dépression), alors que le traitement des troubles bipolaires est très différent. Tant les erreurs de diagnostic que les retards du diagnostic exposent à une aggravation du pronostic.

Quelles sont les causes du trouble bipolaire ?

Les troubles bipolaires se développent généralement sans raison apparente, à la suite d’un épisode dépressif aigu, chez des adolescents ou les adultes jeunes (avant 25 ans) n’ayant pas de troubles avant l’adolescence. Les causes des troubles bipolaires ne sont pas réellement connues, mais la fréquence des formes familiales et la recherche révèlent une influence certaine de la génétique.
En revanche, il ne s’agit pas d’une transmission directe, mais plusieurs gènes sont impliqués, rendant ainsi les symptômes et les traitements différents pour chaque personne.

Par ailleurs, cette « vulnérabilité génétique » multigénique ne conduit à la maladie que s’il existe certains facteurs d’environnement. Les troubles bipolaires ne se déclenchent donc chez les personnes génétiquement vulnérables uniquement en présence de différents types de facteurs déclenchants : psychostimulants, drogues, stress et manque de sommeil. Il y aurait également un risque de trouble bipolaire plus important quand un épisode dépressif apparaît après un accouchement (une dépression et pas un « baby-blues »).

Quels sont les rapports entre trouble bipolaire et risque suicidaire ?

Le trouble bipolaire est la pathologie psychiatrique qui est associée au plus fort risque de décès par suicide : 20 % des personnes ayant un trouble bipolaire décèderaient par suicide. Le taux annuel de suicide est 4 fois plus élevé que chez les personnes atteintes d’un autre trouble psychiatrique, et 30 fois plus élevé que dans la population générale. A noter qu’il s’y ajoute la mortalité liée aux maladies somatiques associées aux troubles bipolaires (alcoolisme, addictions, mauvaise hygiène de vie, diabète,…). Au final, une personne bipolaire non traitée aurait une espérance de vie inférieure de 20 ans à celle de la population générale.

Cependant, le lien entre trouble bipolaire et suicide pourrait être d’origine génétique : de plus en plus de chercheurs considèrent le suicide comme une maladie psychiatrique autonome. Il existerait une vulnérabilité génétique qui seraient à l’origine, non seulement d’un risque augmenté de suicide, mais aussi un risque augmenté d’autres maladies psychiatriques, comme le trouble bipolaire, la dépression unipolaire ou la schizophrénie. En pratique, cela changerait le paradigme : ce n’est pas forcément le trouble bipolaire qui exposerait au risque de suicide, mais plutôt une vulnérabilité d’origine génétique particulière qui exposerait aux 2 maladies : le suicide et les troubles bipolaires. D’autres chercheurs sont en train de mettre au point différents tests pour identifier ces personnes vulnérables au suicide : elles sont plus nombreuses au cours des troubles bipolaires car les liens génétiques sont plus étroits qu’avec les autres maladies. Il faut aussi comprendre que cette vulnérabilité génétique ne s’exprime qu’en cas d’environnement pathogène (traumatisme de l’enfance, stress personnel ou professionnel,…).

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