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Dépression : une tristesse anormale avec une perte du plaisir

Dépression : une tristesse anormale avec une perte du plaisir

Publié le 26.10.2016
Dépression : une tristesse anormale avec une perte du plaisir
© 123RF-kho

La dépression est une maladie du cerveau qui perturbe la pensée. Elle est caractérisée par une tristesse anormale et une perte de plaisir ("anhédonie"), ainsi que d’autres signes associés. Le risque est personnel, social, professionnel et parfois vital (suicide).

Dépression : COMPRENDRE

Des mots pour les maux

La dépression classique, unipolaire, est appelée « dépression nerveuse » dans le langage courant et « épisode dépressif majeur » dans le langage médical.

En dehors de la tristesse, un des symptômes cardinaux de la dépression est une perte de plaisir et d’envie de faire que les psychiatres appellent « anhédonie ».

Le trouble bipolaire (ex « Psychose maniaco-dépressive ») est un autre trouble de l’humeur, qui se caractérise par une alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes maniaques.

La dépression peut être soignée grâce aux médicaments antidépresseurs et à la psychothérapie, mais le risque de rechute est important.

La reprise du travail doit être surveillée en raison de la persistance d’un trouble du « fonctionnement social » pendant quelques temps après la fin du traitement

Qu'est-ce que la dépression ?

La dépression (ou « trouble dépressif » ou « épisode dépressif majeur ») est une vraie maladie du cerveau qui est très fréquente quelle que soit la société et quelles que soient les époques. Elle correspond à un trouble du fonctionnement neurologique du cerveau et se manifeste par un « trouble de l'humeur » avec des idées tristes, un manque de plaisir, une perte de goût, qui perturbent la vie quotidienne. De nombreux facteurs, psychologiques, biologiques et environnementaux, sont en cause dans sa survenue.

La dépression ne désigne pas un simple coup de déprime ou une tristesse passagère mais une véritable maladie neurologique, au moins dans ses formes les plus sévères, avec des troubles du fonctionnement de certains circuits neuronaux du cerveau.

Le principal signe est « l'humeur dépressive » qui entraîne une tristesse quasi-permanente et une vision pessimiste du monde et de soi-même, avec des idées de dévalorisation, voire parfois de désespoir. Ce trouble de l’humeur s’associe à un ralentissement psychomoteur qui se manifeste par des troubles des fonctions intellectuelles (« fonctions cognitives ») comme un déficit de la mémoire et des perturbations de la concentration et de l’attention. Il existe une perte de plaisir et une perte d’envie de faire les activités de la vie quotidienne, même celles habituellement plaisantes, que les psychiatres appellent « l’anhédonie ». Ces signes peuvent s’associer à des perturbations du sommeil, une anxiété, une perte de l’appétit, un amaigrissement et une fatigue surtout le matin. Le malade souffre énormément et le principal risque de cette souffrance est le suicide.

Un épisode dépressif dure généralement plusieurs mois, voire des années et il retentit de manière importante sur la vie quotidienne, familiale et professionnelle. Un épisode dépressif peut récidiver ou se chroniciser et ainsi compromettre la vie quotidienne des malades.

La dépression est un trouble qui peut être diagnostiqué et traité assez simplement au début de la maladie. En revanche, il faut bien être conscient que la volonté seule ne permet pas de s'en sortir puisqu’il existe souvent une « paralysie de la volonté » associée au ralentissement psychomoteur. La dépression doit donc se traiter pour ne pas se compliquer ou devenir chronique, même si le traitement pharmacologique n’est pas toujours nécessaire dans les formes modérées et sans retentissement sur les fonctions cognitives. Le recours à un médecin psychiatre peut être nécessaire dans un certain nombre de cas et en particulier en cas de dépression complexe.

Pourquoi fait-on une dépression ?

Face à une dépression, on recherche souvent des explications et des causes, en particulier dans la vie récente. Il est alors fréquent d’avoir recours à des explications « de bon sens » comme une fatigue ou stress au travail, ou une expérience affective douloureuse, comme une séparation ou un deuil : « C’est parce que ça ne va pas dans mon travail », « C’est à cause de mes problèmes familiaux »... Des événements pénibles de la vie sont effectivement associés à un risque accru de dépression, tout comme les traumatismes affectifs ou sexuels de l’enfance, mais toutes les personnes exposées à ce type d’événements ne développent pourtant pas la maladie. De plus, beaucoup de personnes font une dépression sans motif apparent.

Il existe donc une autre raison et, en particulier, une susceptibilité individuelle à la dépression qui est en partie d’origine génétique. Il est, en effet, largement rapporté une susceptibilité familiale : un individu dont l’un des parents a fait une dépression a 2 à 4 fois plus de risque d’être lui-même dépressif au cours de sa vie. Certaines variations génétiques associées à cette vulnérabilité ont même été identifiées : au niveau des gènes codant pour le transporteur de la sérotonine (un neurotransmetteur essentiel au cours de la dépression) ou pour un facteur important de la prolifération, de la différenciation et de la survie des neurones (le BDNF pour Brain-Derived Neurotrophic Factor).

Cependant, les anomalies génétiques ne peuvent pas non plus expliquer à elles seules la survenue d’une dépression : l’expression de ces variations génétiques dépend donc de l’environnement : on parle « d’interactions gène-environnement » ou « d’épigénétique ». La vulnérabilité à une dépression et à des idées suicidaires après des stress de l’enfance (menaces, abandon, violences, abus sexuels) n’apparaîtrait que chez les personnes qui possèdent une anomalie génétique, comme par exemple, un raccourcissement du gène qui code pour le transporteur à la sérotonine.

Quant aux facteurs qui surviennent juste avant la dépression, en provoquant un stress excessif, comme un deuil, ils seraient plus des événements déclencheurs ou précipitants : on parle alors de « facteurs précipitants ».

Quelles sont les relations entre dépression et suicide ?

Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression. Le risque suicidaire dans cette maladie ne doit pas être négligé : environ 4 % des personnes touchées par la dépression meurent par suicide. Cependant, une grande majorité des personnes en proie à des idées de suicide ne font pas de tentative de suicide.

Le lien entre dépression et suicide pourrait être d’origine génétique : de plus en plus de chercheurs considèrent le suicide comme une maladie psychiatrique à part entière, associée mais indépendante des autres maladies psychiatriques. Des anomalies génétiques seraient à l’origine, non seulement d’un risque augmenté de suicide, mais aussi d’un risque d’autres maladies psychiatriques, comme la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie.

En pratique, ce n’est pas forcément la dépression qui exposerait au risque de suicide, mais plutôt une vulnérabilité d’origine génétique que l’on retrouverait seulement chez certaines dépressions et dans certaines familles.

D’autres chercheurs sont en train de mettre au point différents tests (« biomarqueurs ») pour identifier ces personnes vulnérables au suicide. Ces tests révèlent que ces anomalies sont plus importantes au cours des dépressions car les liens génétiques sont plus étroits que pour les autres maladies, mais qu’elles ne sont pas forcément corrélées à l’intensité de la dépression. Il faut aussi comprendre que la vulnérabilité génétique ne s’exprime qu’en cas d’environnement pathogène (traumatisme de l’enfance, stress personnel ou professionnel,…) et qu’il est aussi possible de corriger cette vulnérabilité, en préventif comme en curatif.

C'est le plus souvent quand une dépression n'est pas traitée et que le malade continue à souffrir qu'elle peut conduire au suicide. Il est donc primordial de dépister les troubles dépressifs, de les soigner et de faire suivre régulièrement les personnes dépressives par un médecin. Les idées de suicide doivent aussi être abordées directement par les proches ou les médecins. La meilleure façon d'aborder le sujet est de parler de ce qui fait souffrir la personne et de lui poser quelques questions simples et directes, en n’hésitant pas à lui demander s'il lui est déjà arrivé de penser au suicide.

Quelle est l’évolution de la dépression ?

Les épisodes de dépression peuvent se résoudre avec le temps dans 10 à 15 % des cas en quelques mois, qu'ils soient traités ou non.

La plupart des épisodes dépressifs dure moins de six mois. Mais, 80 % des patients souffrant d'un premier épisode dépressif seront une nouvelle fois atteint par au moins un autre épisode de plus dans leur vie. Les récidives peuvent donc se succéder et les périodes d'amélioration de l'état entre les épisodes dépressifs (« périodes de rémission ») peuvent devenir de plus en plus courtes. Lorsque la personne bénéficie d’un traitement et d'un suivi adapté, le risque de réapparition des signes de dépression, et la souffrance qui leur est liée, sont largement diminués. D'où l'intérêt d'une prise en charge précoce et efficace de la maladie.

Le risque de rechute s'accroît également lorsque les traitements ne parviennent pas à guérir totalement les symptômes (« rémission incomplète » avec « symptomatologie résiduelle ») : se discute alors la modification du traitement médicamenteux et une intervention complémentaire comme une psychothérapie. Des prescriptions d'antidépresseurs sont donc recommandées quatre à six mois après la guérison pour éviter toute rechute (il vaut également mieux éviter d’arrêter un traitement antidépresseur en hiver).

Les personnes souffrant d'épisodes répétés de dépression requièrent un traitement à long-terme, ou pour le reste de leur vie, pour éviter les risques de développer une dépression plus longue et plus sévère. Les cas de dépressions où les chances de guérison sont réduites paraissent associés à un traitement mal adapté, à des symptômes initiaux plus sévères (comme une psychose), à un développement précoce des signes de la maladie, à des antécédents d'épisodes dépressif, à une guérison seulement partielle après un an de traitement, à un trouble médical ou mental préexistant, voire également à des problèmes familiaux.

Tous ces éléments sont à prendre en compte car, en moyenne, les personnes dépressives ont une espérance de vie raccourcie par rapport aux personnes non-dépressives, en partie à cause du risque élevé de décès par suicide, mais aussi de la susceptibilité à d'autres affections médicales et, en particulier, les maladies cardiovasculaires.

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