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Dépression : une tristesse et une perte du plaisir qui durent
Dépression : une tristesse et une perte du plaisir qui durent
Publié le 25.10.2017
Dépression : une tristesse et une perte du plaisir qui durent
nito100/istock

Dépression : TRAITEMENT

Pourquoi faut-il traiter une dépression ?

La dépression est une maladie qui est associée à une perturbation du fonctionnement du cerveau : elle affecte l’ensemble de la pensée ainsi que la personnalité. La volonté seule ne suffit pas pour agir sur une maladie aussi complexe. Un traitement est donc absolument nécessaire quand on souffre de dépression.

La nécessité d’un traitement est une idée parfois difficile à accepter pour certains malades. Pour des raisons psychologiques et culturelles (tendance à penser qu’il serait préférable de « s’en sortir par soi-même », que se faire soigner serait une « facilité »…), mais aussi en raison d’une certaine « paralysie de la volonté » liée à la maladie elle-même, le malade ne peut pas s’en sortir tout seul. Mais, se faire soigner, suivre une psychothérapie ou un traitement médicamenteux, c’est aussi redevenir acteur de son destin. La guérison d’un trouble psychique nécessite une participation et un engagement importants de la part du malade. Une prise en charge thérapeutique est le fruit d'une collaboration entre le médecin généraliste, le psychiatre et éventuellement d'autres professionnels de santé. Le rôle de l’entourage ne doit pas non plus être sous-estimé, dans la mesure où il peut protéger un malade qui a perdu confiance en lui.

Quel est le traitement de la dépression ?

Avant de mettre en route un traitement, il faudra cependant évaluer le risque de suicide et donc ne pas hésiter à aborder systématiquement ce sujet avec le malade. L’autre préalable important au traitement est de rechercher s’il n’y a pas des antécédents de dépression récidivante, soit chez le malade lui-même, soit dans sa famille, voire de troubles bipolaires (avec alternance de dépression et d’épisodes maniaques).

Le traitement s’appuie désormais sur de nombreuses classes de médicaments (tricycliques, IMAO, sérotoninergiques, IRSNA,…). Ces médicaments sont prescrits pour réduire les signes de dépression et leurs conséquences. Ils permettent d'aider le cerveau à retrouver son fonctionnement normal. Leur choix est adapté à chaque individu selon les symptômes qu’il présente. Des effets indésirables sont possibles, surtout en début de traitement ou lors de l'augmentation des doses, mais ils sont en général passagers. Selon les types de médicaments, ces effets indésirables peuvent être une somnolence ou au contraire une excitation, une constipation, une prise ou une perte de poids, la sécheresse de la bouche, les baisses de tension, les difficultés sexuelles...

Les antidépresseurs mettent deux à quatre semaines avant d’agir et la prise régulière du traitement est indispensable. Une fois l'amélioration obtenue, ils sont poursuivis pendant quatre à six mois minimum pour consolider les résultats obtenus au cours des premières semaines. Un arrêt précoce du traitement est souvent à l'origine de récidives de la dépression. L'arrêt du traitement doit être discuté avec le médecin et doit se faire progressivement, sur plusieurs semaines.

La psychothérapie est recommandée, quel que soit le type de dépression. Il y a différents types de psychothérapies (interpersonnelle, cognitivo-comportementale, psychodynamique,…) dont l’efficacité a été validée. Une psychothérapie agit sur des comportements qui peuvent favoriser l'apparition ou la persistance d'une dépression. Elle peut être la seule prise en charge ou être associée d'emblée à un médicament antidépresseur. La psychothérapie et le traitement médicamenteux sont généralement associés et adaptés à chaque cas. Si le risque suicidaire est élevé et si le médecin estime qu'il s'agit d'une urgence, une hospitalisation doit être envisagée. En dehors de cette situation d'urgence, l'hospitalisation peut également être prescrite pour évaluer une situation complexe ou lors d'un changement de traitement.

D'autres médicaments peuvent être prescrits, comme le lithium dans certaines formes de dépression ou un anxiolytique s'il existe une anxiété associée, voire même des antipsychotiques dans les dépressions résistantes.

La luminothérapie est préférable dans les formes de dépressions saisonnières. Elle consiste à exposer les yeux à une lumière dont la nature est proche de celle du soleil mais sans les infra rouges ni les ultra violets qui sont dangereux pour la peau et les yeux. Elle a une forte intensité : 10.000 lux, ce qui est très supérieur à la lumière dans les pièces (200 à 300 lux), pendant 30 minutes, chaque jour pendant 2 semaines.

Quels sont les autres traitements de la dépression ?

La stimulation magnétique transcrânienne est une alternative thérapeutique possible pour les personnes souffrant de dépression sévère résistante à tous les médicaments. Elle n’est toutefois pas efficace dans tous les cas. Plusieurs études ont montré de bons résultats sur des dépressions résistantes à tous les médicaments.

Cette technique consiste à appliquer une bobine magnétique à proximité du cerveau pour en stimuler certaines zones. Il s’agit notamment du cortex préfrontal, connecté à des structures sous-jacentes dont l’amygdale impliquée dans la dépression. La bobine génère un courant magnétique à haute fréquence qui induit un courant électrique au niveau des structures cérébrales, produit une dépolarisation neuronale et active les cellules nerveuses. Le champ délivré est d'une intensité similaire à celui produit lors d'une imagerie par résonance magnétique (IRM).

Cette technique a malheureusement ses limites : elle n’est pas efficace chez tous les patients, elle est longue à pratiquer et très coûteuse. A ce titre, l’identification de facteurs prédictifs de réponse à ce traitement serait utile aux praticiens.

L’électroconvulsivothérapie (ECT), anciennement appelée « sismothérapie » est utilisée dans le traitement de la dépression sévère ou de la « mélancolie profonde ». Dans ces indications, il s’agit d’une technique qui donne des résultats très satisfaisants. Le principe consiste à faire passer un courant alternatif entre deux électrodes placées de part et d’autre du crâne. L’intensité électrique  provoque une convulsion et permet de faire « décharger » plusieurs neurones, comme lors d’une crise d’épilepsie. Il existe peu de thérapeutiques aussi efficaces que l'électroconvulsivothérapie puisqu’elle marche dans 85 à 90 % des cas de dépression (source ANAES) : cette efficacité est supérieure à celle des antidépresseurs, avec un délai d'action souvent plus bref. L’électroconvulsivothérapie a également démontré son efficacité après échec d'un traitement par antidépresseurs bien conduit. Les effets secondaires à long terme concernent essentiellement la mémoire, en particulier le souvenir de la période de la cure : elle provoque non seulement une perte de mémoire, mais également une baisse des capacités cognitives (apprentissage et pensée). Les troubles de mémoire ont habituellement tendance à régresser en plusieurs mois, ce qui fait que cette technique est utilisée en 3e ou 4e intention. L’électroconvulsivothérapie n’est ni brutale, ni traumatisante car elle s’effectue dans un environnement sécurisé, sous anesthésie et traitement par curare, ce dernier atténuant les secousses musculaires douloureuses. Des résultats positifs sont obtenus chez environ 90 % des patients après environ 6 à 12 séances à raison de deux à trois séances par semaine.

Quel est le rôle de la famille ?

De vieilles études ont montré que l'implication de la famille facilitait la récupération et même accélérait la récupération symptomatique .La famille doit donc soutenir et protéger le malade, en l’accompagnant de façon bienveillante et en évitant les incitations du genre : « secoue-toi un peu, enfin… » ce que le malade est par définition incapable de faire.

Il faut vraiment que la famille soit impliquée dans le soin à toutes les étapes et aussi au moment de l'évaluation. Il y a des patients qui disent qu'ils ne fonctionnent pas trop mal, alors qu'en fait, la famille explique « qu'il a dit ça mais en fait il n'arrive absolument pas à faire les choses ». « C'est vrai qu'il est mieux, qu'il est moins triste, moins anxieux, mais il ne fait pas grand-chose », « ce n'est pas mon mari de d'habitude ou ce n'est pas ma femme de d'habitude ».

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