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Dépression de l’enfant et l’adolescent : la psychothérapie en 1er choix
Dépression de l’enfant et l’adolescent : la psychothérapie en 1er choix
Publié le 09.01.2017
Dépression de l’enfant et l’adolescent : la psychothérapie en 1er choix
©123RF-Wang Tom

Dépression de l’enfant : DIAGNOSTIC

Quand doit-on évoquer une dépression ?

Les parents doivent rester attentifs aux éventuels signes d’une dépression chez leur enfant.
Ces comportements apparaissent souvent d’une manière soudaine avec apparition de difficultés à l’école, qu’il ne rencontrait pas auparavant, sautes d’humeur fréquentes avec alternance de phases d’irritabilité où l’enfant se met facilement en colère, et phases de repli où il n’a plus goût à rien. L’enfant néglige les activités qui l’amusaient jusque-là, il est triste et affiche une forte tendance à l’auto-dévalorisation. Il mange beaucoup ou manque d’appétit. Il s’ennuie et regarde la télévision excessivement tard. Il a du mal à s’endormir, son sommeil est perturbé, il fait des cauchemars et il est fatigué et grognon pendant la journée. Il se plaint fréquemment de maux de tête ou de maux de ventre.
Pris isolément, ces signes ne signifient pas forcément qu'il y a une dépression. On voit souvent chez les adolescents des épisodes dépressifs qui sont des plaintes, mais pas des maladies proprement dites. La catastrophe serait de médicaliser ces plaintes et encore plus de les traiter avec des antidépresseurs. Pour évoquer le diagnostic de dépression avérée, il faut donc qu’il y ait plusieurs signes associés. Ces troubles associés peuvent être une diminution de la capacité de concentration, une fatigue intense qui n'est pas améliorée par le repos ou le sommeil, une altération du sommeil qui devient peu réparateur, avec des réveils précoces.
L’anxiété peut être une maladie autonome, mais peut aussi apparaître au cours d’une dépression.

Comment faire la différence entre déprime et dépression ?

Il arrive à tout le monde de se sentir triste ou « déprimé », d’avoir des « idées noires » ou le « blues ». Il peut même arriver que ce « coup de cafard » s’accompagne d’une anxiété et de difficultés pour dormir. Mais cela ne veut pas pour autant dire que l’on souffre de dépression.
Au fil des événements, en particulier les deuils, les moments de tristesse font partie de la vie de tous. La tristesse, le découragement voire même, un désespoir passager, représentent des expériences normales. Ces problèmes d’humeur ne doivent pas être confondus avec la dépression.
Pour pouvoir parler de maladie dépressive, il faut que ces perturbations de l’humeur soient bien caractérisées, qu’elles s’associent à d’autres signes comme un ralentissement psychomoteur ou un manque d’envie de faire des choses (« anhédonie »). Il faut aussi qu’elles soient présentes de façon quasi permanente sur une période d’au moins deux semaines et qu’elles entraînent une gêne importante dans la vie quotidienne : difficulté à se lever, à aller à l’école, à se concentrer pour travailler, à sortir faire ses courses…

Comment faire le diagnostic de la dépression ?

Il est très important de détecter précocement un premier épisode dépressif car une dépression traitée tardivement peut être plus difficile à traiter et elle peut entraîner des complications.
Le diagnostic de dépression chez l’adulte peut s’appuyer sur la classification des maladies psychiatriques, le DSM-5 : le diagnostic est posé devant l’association d’au moins cinq des signes suivants, dont l’humeur dépressive et la perte d'intérêt.

1.Humeur dépressive.
2. Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir.
3. Perte ou gain de poids ou de l'appétit.
4. Insomnie ou hypersomnie.
5. Agitation ou ralentissement psychomoteur.
6. Fatigue ou perte d'énergie.
7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité.
8. Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision. 9. Pensées de mort et idées suicidaires récurrentes.

Le diagnostic d’épisode dépressif majeur est posé typiquement quand l’épisode dépressif dure suffisamment longtemps (plus de quinze jours) avec, durant cette période, un sentiment de tristesse, de désespoir et d’absence d’envie pour quoi que soit, chaque jour ou presque, et pendant la plus grande partie de la journée, surtout si cet état de souffrance est associé à d’autres signes qui ont des répercussions au niveau affectif, social, professionnel ou dans d’autres domaines importants de la vie.
Mais, chez l’enfant et l’adolescent, l’épisode dépressif peut être plus ou moins évidents et 5 signes doivent retenir l’attention :

1. Problèmes à l'école, avec de mauvais résultats qui apparaissent brusquement.
2. Menaces ou tentatives de fugue.
3. Comportement nouveau avec les autres enfants : retrait, crainte...
4. Une agressivité ou une irritabilité inédites dans le cadre des relations de famille.
5. Des conduites à risque, surtout chez les adolescents, avec consommation d'alcool ou de drogues.


Les petits enfants n'ont pas accès à la parole de la même manière que les grands, et ils ne peuvent pas non plus maîtriser leurs émotions. C’est évident pour les tout-petits, mais cela reste vrai jusqu'à l'adolescence

L’âge modifie-t-il le diagnostic ?

Chez le petit enfant, la dépression peut prendre des aspects particuliers comme des comportements de retrait, d'absence, ou au contraire d'irritabilité et d'agitation, avec des plaintes répétées concernant le corps (douleur à répétition...) (= plaintes somatiques).
La dépression de l’adolescent prend souvent une forme masquée et peut, si on ne la repère pas à temps, se révéler brutalement par une tentative de suicide. La dépression peut aussi apparaître sous forme d’une irritabilité, d’une agitation, d’une agressivité, de violence verbale ou d’une indifférence apparente, mais aussi d’un désinvestissement scolaire ou de comportements « à risque » et nuisibles pour la santé : abus de drogues ou d’alcool, fugues, délinquance, désinvestissement scolaire soudain, automutilation, troubles alimentaires (anorexie, boulimie).
Les filles se plaignent plutôt de troubles somatiques (maux de ventre, insomnie, mal de dos (lombalgie) alors que les garçons ont tendance à souffrir d’agressivité ou de comportements asociaux.
Les idées suicidaires font souvent partie du tableau de la dépression de l’adolescent.

Peut-on évaluer le risque de suicide ?

Sept cents adolescents se suicident chaque année en France et le suicide est la seconde cause de mortalité chez les 15 à 24 ans.
Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression de l’adolescent (elles font d’ailleurs partie des signes de la maladie), elles méritent dans tous les cas d’être signalées à un médecin afin d’en parler et de les désamorcer. En effet, les adolescents suicidaires ne veulent pas nécessairement mourir mais souhaitent plutôt mettre fin à une souffrance psychique qui leur est devenue insupportable. Par ailleurs, l’immense majorité des personnes en proie à des idées de suicide ne feront pas de tentative de suicide.
Les antécédents de tentative de suicide sont un élément majeur du risque suicidaire, de même que des antécédents familiaux de suicide, car il existe une vulnérabilité génétique au suicide.
Certaines phases exposent à un risque immédiat de suicide et il en est ainsi de la « crise suicidaire ». Il s’agit d’un moment de la vie d’une personne où celle-ci se sent dans une impasse et confrontée à une telle souffrance que la mort apparaît progressivement comme le seul moyen de trouver une issue à cet état de crise. Cet état, caractérisé par des idées suicidaires de plus en plus envahissantes et un « sentiment d’impuissance » majeur doit être dépisté et pris en charge car il est réversible.

Combien de temps peut durer une dépression ?

Une dépression peut durer de quelques semaines à plusieurs mois, voire plusieurs années. La plupart des épisodes dépressifs durent moins de six mois et une guérison complète (disparition de tous les signes) et durable est possible.
Mais le risque de réapparition de la maladie après guérison complète est important (dans près de 50 % des cas). La réapparition des signes peut intervenir, soit longtemps après le premier épisode, à l’issue d’une rémission totale de plusieurs années, soit plus régulièrement, avec une rémission entre les épisodes de moins en moins complète et de moins en moins longue.

Quels sont les différents types de dépression ?

• Dans certains cas, la période dépressive s’étend sur plusieurs années. On parle alors de « dépression chronique » ou, lorsque les signes sont un peu moins nombreux et un peu moins intenses, de « dysthymie ». Les personnes souffrant de « troubles dysthymiques » se décrivent comme tristes en permanence avec une diminution d’intérêt et de plaisir qui provoquent une gêne ou un handicap dans la vie quotidienne. Il existe aussi des sentiments d’insuffisance, d’impuissance, de culpabilité et des ruminations à propos du passé qui peuvent alterner avec des sentiments d’irritation ou de colère. Au final, la personne qui souffre de dysthymie peut avoir tendance à s’effacer et à se mettre en retrait par rapport aux activités sociales et au travail, ce qui aboutit à une diminution d’activité et de productivité. Avec les années, ces troubles deviennent comme partie intégrante de la personnalité de cette personne. Cette maladie commence souvent de façon discrète et précoce (enfance, adolescence ou début de la vie adulte). Sa sévérité risque de s’accroître avec les années si elle n’est pas traitée.
• Des épisodes dépressifs peuvent aussi survenir dans le cadre d’un « trouble bipolaire », appelé autrefois « psychose maniaco-dépressive ». Dans ce cadre, l’épisode dépressif peut précéder ou suivre un « épisode maniaque », période de surexcitation intellectuelle et d’euphorie excessive qui est comme une forme « inversée » (« en miroir ») de la dépression. Au cours d’un tel épisode, le ralentissement dépressif est remplacé par une excitation et une agitation. Le pessimisme et la tristesse font place à un optimisme irréaliste et une familiarité souvent excessive, voire déplacée. La personne est envahie par un besoin excessif de parler, de bouger. Elle ne ressent plus le besoin de dormir et peut dans certains cas avoir des idées délirantes (invincibilité, pouvoirs extraordinaires…). Cet état provoque des conduites insouciantes ou irresponsables (dépenses délirantes, comportements sexuels frénétiques et à risque), des attitudes déplacées, toutes conduites susceptibles d’entraîner des dégâts considérables et irréversibles dans la vie familiale et professionnelle. L’épisode maniaque n’est donc pas à prendre à la légère : c’est une « urgence psychiatrique », en raison des risques que la personne fait courir à elle-même et à son entourage. Dans certains cas, il est même nécessaire de mettre temporairement la personne sous sauvegarde de justice, afin de la protéger des actes inconsidérés qu’elle pourrait commettre. Le traitement de cette maladie est très spécifique et différent de celui de la dépression.
• Certaines dépressions sont induites par la survenue de l’hiver : on parle de « dépression saisonnière », une forme de dépression qui pourrait toucher une personne sur 10 en France (fréquence supérieure dans les pays du nord). Ces dépressions saisonnières sont à différencier du « blues hivernal » car elles ont des signes clairs de dépression : la personne se sent triste, elle a des idées noires, passe beaucoup de temps au lit, abandonne ses activités préférées et a souvent des comportements de compensation alimentaire, notamment avec une appétence particulière pour les aliments sucrés, ce qui lui fait prendre du poids. C'est un phénomène cyclique qui disparaît au printemps mais revient chaque année en hiver. Le traitement de référence est la « luminothérapie » qui consiste à s'exposer à une lampe spéciale diffusant une lumière de forte intensité : 10 000 lux pendant 30 minutes, chaque jour pendant 2 semaines. A titre de comparaison, la lumière du jour par beau temps est de 100 000 lux, mais celle d'une pièce éclairée artificiellement de seulement 200 à 300 lux. Il n'est pas nécessaire de fixer la lampe, travailler ou lire à proximité suffit. Les antidépresseurs, qui sont parfois prescrits lorsque le médecin n'a pas fait le lien entre la dépression et le changement de saison, sont moins efficaces alors que les malades sont soulagés par la luminothérapie en une à 2 semaines.

Quelles sont les maladies qui peuvent être associées à la dépression ?

La dépression peut avoir des liens avec d’autres maladies, psychologiques ou physiques et en particulier de troubles anxieux (l’existence d’un trouble anxieux précédant ou associé à la dépression accroîtrait la sévérité de la dépression, ainsi que son risque de survenue), d’alcoolisme, de dépendance à certains médicaments (anxiolytiques ou hypnotiques) ou d’abus de substances psychotropes (cannabis, ecstasy, cocaïne).
Par ailleurs, l’association d’un trouble dépressif à une maladie physique (« somatique ») grave ou chronique (diabète, cancer, accident vasculaire cérébral…) peut rendre l’identification et le traitement de la dépression plus difficile (les signes de la dépression pouvant être sous-estimés et attribués à l’autre maladie).

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