- L’Anses a mené une expertise scientifique collective approfondie sur les effets des réseaux sociaux sur la santé des adolescents.
- Le rapport a identifié plusieurs risques possibles, en particulier pour la santé mentale des jeunes.
- Les filles sont plus exposées aux risques des réseaux sociaux que les garçons.
Instagram, TikTok, SnapChat, X, Facebook… les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de notre quotidien, surtout pour les plus jeunes. Un adolescent sur deux en France passe entre deux et 5 heures par jour sur son smartphone et 58 % des 12-17 ans reconnaissent consulter quotidiennement les réseaux sociaux.
Face à ce constat, l’Anses a engagé un travail d’expertise pour appréhender les risques sanitaires que représentent ces sites pour les adolescents et le présente dans un rapport publié le 13 janvier 2026.
Sommeil, estime de soi, trouble alimentaire : les réseaux sociaux impactent la santé des ados
En premier lieu, les experts de l’Anses remarquent que les réseaux sociaux "tels qu’ils sont conçus aujourd’hui exploitent, de fait, les besoins propres à l’adolescence en matière d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de recherche de reconnaissance de leurs pairs". "L’adolescence est une période sensible dans le développement et la construction de l’identité individuelle et sociale. Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux ", ajoutent-ils.
Plusieurs effets sur la santé ont été par ailleurs mis en lumière lors de l’enquête :
- L’altération du sommeil : les experts remarquent que les adeptes des réseaux sociaux ont tendance à retarder l’heure du coucher. "Le processus d’endormissement peut être perturbé, ce qui va entraîner une altération du sommeil. Un sommeil de mauvaise qualité provoque notamment une somnolence la journée, de l’irritabilité, de la tristesse et peut favoriser des symptômes dépressifs", expliquent-ils.
- La dévalorisation de soi : "les échanges de contenus visuels centrés sur l’apparence physique, au travers d’images retouchées ou non, peuvent altérer l’image de son corps. Ces pratiques, associées aux injonctions sociales à se conformer à des idéaux corporels, peuvent exacerber les troubles alimentaires. De plus, l'expertise confirme que l’exposition sur les réseaux à des contenus fictifs ou idéalisés peut engendrer une dévalorisation de soi et constitue donc un terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs."
- Des comportements à risque : le rapport remarque que les algorithmes de personnalisation utilisés par les réseaux sociaux peuvent amplifier l’exposition à des contenus pouvant porter sur des comportements à risques comme les troubles alimentaires, l’automutilation, la consommation de drogues ou les tentatives de suicide.
- L'exposition aux cyberviolences : "les cyberviolences et le cyberharcèlement (insultes, rumeurs, exclusion, chantage ou encore diffusion d’images intimes sans consentement) ont des répercussions sur la santé mentale. L’anonymat et la facilité de diffusion des menaces amplifient l’engagement dans la cyberviolence."
L’étude remarque également que les filles sont plus impactées par les effets nocifs des réseaux sociaux que les garçons. Plusieurs éléments expliquent ce phénomène : les adolescentes utilisent davantage les réseaux sociaux et consomment plus de contenus visuels reposant sur la mise en scène de soi et l’échange. Elles subissent aussi plus de pression sociale liée aux stéréotypes de genre et sont plus souvent cyberharcelées que les garçons.
Des réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger les jeunes
Pour protéger la santé des adolescents, l’Anses préconise "d’agir en priorité à la source des usages délétères des réseaux sociaux”. Elle recommande donc que les mineurs "puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé". Pour atteindre cet objectif, l’organisme préconise que les plates-formes numériques appliquent la limite d'âge prévu par le RGPG pour éviter que les moins de 13 ans s’inscrivent grâce à "des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental."
L’Anses appelle aussi à "une révision en profondeur des principes de fonctionnement des réseaux sociaux : ne pas avoir recours aux techniques d’interfaces manipulatrices, interdire la diffusion de contenus délétères pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.), limiter l’amplification de contenus préjudiciables à la santé, encadrer les fonctionnalités destinées à augmenter, maintenir ou étendre l’utilisation du service par l’utilisateur."
Dans son rapport, l’agence souligne aussi "l’importance de mettre en place des politiques en faveur de l’éducation au numérique et de l’accompagnement, notamment parental".
"Les nombreux effets négatifs sur la santé des adolescents mis en évidence et documentés par cette expertise de l’Anses nécessitent l’adoption d’un cadre de gouvernance des réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique", conclut Olivier Merckel, chef de l’unité de l’évaluation des risques liés aux agents physiques de l'Anses.



