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QUESTION D'ACTU

Biomécanique

Accouchement : et si la position n’était pas un choix… mais une stratégie secrète du corps ?

Une étude montre qu’un modèle unique de position dit « optimal » pour accoucher n’existe pas, car ce qui fonctionne bien pour une femme peut ne pas convenir à une autre.

Accouchement : et si la position n’était pas un choix… mais une stratégie secrète du corps ? Nimito/iStock




L'ESSENTIEL
  • Chaque position durant l’accouchement affecte différemment le bassin, les hanches et le tronc.
  • Dans une récente étude, les femmes n’adoptent pas toutes les mêmes stratégies biomécaniques même dans la même position, ce qui suggère qu’il n’existe pas de position "optimale universelle."
  • Les chercheurs soulignent ainsi la nécessité de stratégies d'accouchement personnalisées au lieu de s'appuyer sur la tradition et des hypothèses non vérifiées concernant le corps durant le travail.

On le sait : la grossesse et l'accouchement impliquent des transformations biomécaniques profondes, des adaptations et des contraintes fonctionnelles importantes pour le corps maternel. "Bien que les complications biomécaniques soient reconnues comme un facteur majeur de morbidité et de mortalité maternelles, ce domaine reste l'un des moins étudiés en santé périnatale", selon des chercheurs de l'université du Lancashire (Angleterre). Afin de comprendre l'influence des positions d'accouchement, qui est crucial pour améliorer le confort maternel, faciliter le travail et réduire le risque de complications maternelles et néonatales, l’équipe a mené une étude publiée dans la revue Plos One.

Accouchement : chaque position entraîne un schéma biomécanique distinct

Dans le cadre des travaux, les auteurs ont analysé 87 articles de recherche provenant du monde entier, tous consacrés exclusivement à la biomécanique de la grossesse. "La plupart étaient observationnelles, avec de petits échantillons et une diversité limitée. (…) Quatre thèmes principaux ont émergé : la posture et la courbure de la colonne vertébrale, la marche et l'analyse locomotrice, les tâches fonctionnelles et les interventions, et l'équilibre et la stabilité." Par la suite, les scientifiques se sont concentrés sur sept positions d'accouchement verticales courantes faites par 15 femmes en bonne santé et n’attendant pas d’enfants dans des conditions de laboratoire contrôlées. Ils ont étudié leur impact sur le bassin, les hanches et le tronc. "La cinématique des hanches, du bassin et du tronc a été évaluée à l'aide d'un système à 9 caméras avec marqueurs et d'un système à 8 caméras sans marqueurs."

Selon les résultats, des différences biomécaniques significatives ont été observées entre les positions d'accouchement. La position accroupie a montré la plus grande flexion et abduction de la hanche, la position "ballon" la plus grande antéversion pelvienne, et la position à quatre pattes la plus grande rétroversion. Concernant le tronc, la position debout a entraîné la plus grande extension, et la position "coudes fléchis, genoux fléchis" la plus grande flexion. Les scientifiques ont mis en avant la diversité des mouvements adoptés par chaque femme, même pour une même position. "Même dans un environnement contrôlé, aucune femme n'a utilisé la même stratégie de mouvement."

Intégrer la biomécanique "à la formation des professionnels de la maternité" pour améliorer les résultats

Ainsi, les recommandations ne correspondent pas à la réalité corporelle et qu'il n'existe pas de schéma biomécanique "standard" ou "optimal". "Alors que les recommandations cliniques partent souvent du principe que chaque femme est unique, les données expérimentales montrent qu’une même position peut avoir des répercussions très différentes sur son corps", a déclaré Lauren Haworth, qui a participé aux recherches. D’après l’équipe, il est ainsi nécessaire de mettre en place des stratégies d'accouchement personnalisées pour améliorer les résultats. "Tant que la biomécanique ne sera pas intégrée à la formation des professionnels de la maternité, l’accompagnement à l’accouchement continuera de reposer sur la tradition, les suppositions et les conjectures plutôt que sur une compréhension du fonctionnement réel du corps humain. Sans ces connaissances, il restera difficile d’optimiser la sécurité, le confort et le déroulement de l’accouchement", Anastasia Topalidou, auteure principale des travaux.

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