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Santé des femmes

Sexualité après un accident vasculaire : «Ce sujet est encore trop tabou»

La sexualité protège-t-elle vraiment le cœur ? Peut-on reprendre une vie intime après un infarctus ? Pourquoi parle-t-on si peu du plaisir féminin en médecine cardiovasculaire ? Le Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille, cofondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes, déconstruit les idées reçues.

Sexualité après un accident vasculaire : \ insidecreativehouse/istock




L'ESSENTIEL
  • Pour la cardiologue Claire Mounier-Véhier, parler du cœur sans parler de sexualité est une erreur médicale.
  • Après un accident cardiaque, beaucoup de patients n’osent pas aborder ce sujet avec leur médecin.
  • Les femmes seraient particulièrement exposées à ce silence.

Pour la cardiologue Claire Mounier-Véhier, parler du cœur sans parler de sexualité est une erreur médicale. Trop souvent reléguée au second plan, la vie intime fait pourtant partie intégrante de la santé cardiovasculaire. Et les données scientifiques sont claires. "Un rapport sexuel correspond à une activité physique d’intensité modérée. Il stimule le rythme cardiaque, active la circulation sanguine, muscle le cœur et participe à l’élimination de toxines", rappelle-t-elle. Mais les bénéfices ne sont pas uniquement physiques.

"En augmentant la production de certains anticorps, l’activité sexuelle régulière renforce le système immunitaire et rend l’organisme plus résistant aux infections courantes. Elle est également bénéfique sur la santé mentale : la libération des endorphines a un effet protecteur face au stress et améliore la qualité du sommeil". Autrement dit, la sexualité agit comme un régulateur global. Corps et cerveau fonctionnent en synergie. "La sexualité contribue au bien-être et à l’épanouissement personnel", insiste la cardiologue.

La qualité d'une relation influence le risque cardiovasculaire

L’amour lui-même possède une dimension protectrice. Les études montrent que la qualité de la relation affective influence le risque cardiovasculaire. Le cœur biologique réagit au vécu émotionnel. Stress chronique, isolement, conflits prolongés : autant de facteurs qui fragilisent le système cardiovasculaire.

Mais dès qu’un accident cardiaque survient, la sexualité devient un territoire d’inquiétude. Beaucoup de patients redoutent qu’un rapport sexuel puisse provoquer un arrêt cardiaque. "L’arrêt cardiaque lors d’un rapport sexuel est un mythe à déconstruire : cela reste très rare", affirme le Pr Mounier-Véhier. Les chiffres sont formels : moins de 1 % des arrêts cardiaques surviennent pendant l’acte sexuel ou dans les minutes qui suivent. Chez les femmes, la proportion est infime. Plus rassurant encore : les patients déjà suivis pour une maladie cardiovasculaire n’ont pas plus de risque que les autres lorsque leur prise en charge est adaptée.

Le véritable frein est ailleurs, il est psychologique

"Chez les patients ayant fait l’expérience traumatisante d’un infarctus ou d’un AVC, la peur de la récidive constitue souvent un frein majeur à la reprise d’une vie sexuelle active. L’accident cardiovasculaire peut être un tournant évolutif dans la vie sexuelle avec un fort impact psychologique". Cette peur s’installe dans le quotidien et modifie la relation de couple.

"La peur de la récidive va avoir des conséquences néfastes sur la libido, qui peut entraîner, en fonction des cas, des conflits conjugaux, un sentiment de dévalorisation et de fragilité, un maternage excessif du conjoint avec une surprotection, une fatigue, un syndrome dépressif, l’isolement…" Le silence amplifie ces mécanismes. Beaucoup de patients n’osent pas aborder le sujet avec leur médecin.

"Le sujet de l’activité sexuelle après un accident cardiovasculaire reste malheureusement encore trop tabou : seulement 12 % des femmes et 19 % des hommes osent l’aborder en consultation. Et lorsque la discussion a lieu, les messages transmis sont parfois inadaptés. "Les patients reçoivent majoritairement des conseils de restrictions : limiter l’activité sexuelle, adopter une attitude plus passive, ou garder leur fréquence cardiaque à une valeur basse. Or ces restrictions ne sont basées sur aucune étude scientifique".

Pour la cardiologue, le dialogue médical est déterminant.

"Il est important d’en parler à son médecin, qui va statuer sur le risque réel et d’aborder aussi le sujet avec son conjoint. La discussion avec le médecin est le facteur déterminant de la reprise d’une activité sexuelle après un infarctus", assure Claire Mounier-Véhier Les femmes sont particulièrement exposées à ce silence. Les troubles sexuels féminins restent massivement sous-diagnostiqués.

"Les troubles féminins de la sexualité sont encore mal connus des professionnels de santé. Pourtant, ils sont fréquents et concernent 4 femmes sur 10 en âge de procréer, 6 femmes sur 10 à la ménopause". Baisse de désir, troubles de l’excitation, douleurs, sécheresse vaginale : ces difficultés sont souvent aggravées par les facteurs de risque cardiovasculaire.

Ne jamais interrompre le traitement

"Les femmes sont souvent négligées dans le dépistage des troubles sexuels, par méconnaissance du sujet, manque de temps en consultation, gêne, manque de données scientifiques", insiste le professeur. Certaines patientes interrompent alors leur traitement, pensant qu’il est responsable de leurs difficultés.

"Il ne faut jamais arrêter son traitement devant des troubles sexuels, il faut avant tout en parler à son médecin", rappelle Claire Mounier-Véhier. Pour elle, la sexualité est un indicateur de santé globale. Elle reflète l’état des vaisseaux, l’équilibre hormonal, le bien-être psychique et la qualité du lien affectif : "la sexualité fait partie de la santé".

La préserver, c’est préserver bien plus qu’une vie intime : c’est protéger l’équilibre général de l’organisme. Parler du cœur implique aussi de parler de désir, de plaisir et d’amour. Parce que la médecine ne soigne pas seulement des organes elle accompagne des vies.

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