- Les jeunes utilisent moins les réseaux sociaux le jour où ils s'automutilent.
- Il y avait des preuves de masquage et de tentatives de minimiser la détresse avant et après le geste.
- Pour les chercheurs, il faut de développer des approches de détection des risques qui regardent au-delà des contenus explicites et analysent aussi les indicateurs de détresse indirects.
Depuis plusieurs années, on remarque une détérioration de la santé mentale des jeunes. Une hausse des hospitalisations a pour tentative de suicide et automutilation des adolescents a notamment été enregistrée chez les adolescents et les jeunes femmes en 2025, selon le dernier rapport de la Drees.
Une étude de King’s College of London révèle qu'étudier les habitudes d’utilisation des réseaux sociaux des jeunes pourrait aider à repérer les risques de passage à l’acte. Les chercheurs ont en effet remarqué que les jeunes postent moins de publications le jour où ils s’automutilent.
Moins de posts sur les réseaux avant l'automutilation
Afin d’avoir une vue plus nette du lien entre les réseaux sociaux et la santé mentale des jeunes, les chercheurs ont suivi 20 jeunes âgés de 13 à 25 ans ayant des comportements d'automutilation. Ces volontaires ont autorisé les scientifiques à avoir accès aux données de leurs différents comptes pendant six mois.
Leur comportement de publication d'images a été examiné sur une fenêtre de 14 jours autour des épisodes d'automutilation autodéclarés et cliniquement enregistrés.
Résultat : durant cette période, les réseaux sociaux des jeunes ne présentaient pas d’image explicite d'automutilation et aucun contenu ne cautionnait ni n'idéalisait l'automutilation. "Seules quelques images contenaient des références textuelles à l'automutilation ou aux idées suicidaires, et celles-ci encourageaient principalement la recherche d'aide", précisent les auteurs dans leur communiqué.
Les chercheurs ont également fait une découverte de taille. Les jeunes publiaient moins d'images le jour de leur automutilation. De plus, des tentatives de dissimulation et de minimisation ou de distraction de la détresse étaient observées dans leurs posts avant et après l'événement. "Ces observations pourraient refléter les craintes des jeunes d'être stigmatisés ou de publier un contenu susceptible de perturber autrui, mais aussi une modération accrue de la part des plateformes de médias sociaux", ajoutent les scientifiques.
Automutilation : développer de nouvelles approches pour repérer les jeunes à risque
Pour les chercheurs, leurs travaux, publiés dans la revue BMJ Open, pourraient aider à repérer les adolescents qui présentent un risque d’automutilation.
"Bien que les jeunes participants à cette étude aient eu recours à l’automutilation, leurs publications ne présentaient aucun signe évident de détérioration de leur bien-être mental. Au contraire, Elles reflétaient des contenus diversifiés, avec des changements subtils et des signes de retrait numérique temporaire le jour de l’événement. Ceci souligne la nécessité de développer des approches de détection des risques qui regardent au-delà des contenus explicites et prennent en compte davantage des indicateurs de détresse indirects", explique Dr Amanda Bye, première auteure de l'étude.
"L’automutilation chez les jeunes est très souvent un signe de détresse. Ce sont des personnes qui ont besoin du soutien non seulement des professionnels de la santé, mais aussi de leur famille et de leurs amis. Bien que de nombreux exemples préoccupants montrent l’impact négatif des réseaux sociaux sur les jeunes, notre étude a révélé que – pour ce groupe en particulier – ils offraient également un moyen d’exprimer des émotions difficiles et d’encourager d’autres personnes confrontées à des difficultés similaires à demander de l’aide", remarque la professeure Rina Dutta, auteure principale.



