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Virologie

Grippe : un vaccin dès l’enfance protégerait des virus mutants

L’empreinte immunitaire, soit les modifications immunitaires liées à l’exposition à un virus, protège en théorie d’une infection ultérieure. Dans le cas de la grippe chez l’enfant, cela peut avoir l’effet inverse, d'où l'importance d'une vaccination de précision.   

Grippe : un vaccin dès l’enfance protégerait des virus mutants scyther5/ISTOCK

  • Publié le 13.03.2026 à 12h25
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Notre système immunitaire a une mémoire. Lorsque nous sommes exposés à un virus, l’organisme produit des anticorps, et ceux-ci peuvent avoir un effet protecteur en cas de confrontation ultérieure au même germe. Mais ce ne serait pas le cas pour la grippe chez l’enfant. Des chercheurs de Weill Cornell Medicine aux États-Unis l’ont constaté dans une étude, parue dans la revue Nature. 

Comment l’empreinte immunitaire peut nuire à la lutte contre les virus ? 

"Une exposition antérieure à une souche du virus de la grippe peut affaiblir la capacité des enfants à développer une réponse immunitaire efficace contre une exposition ultérieure à une autre souche", observent les auteurs. Ils sont arrivés à cette conclusion après avoir analysé la réponse immunitaire pédiatrique aux virus de la grippe A H3N2 et H1N1, deux des causes les plus fréquentes de grippe. 

"Une première exposition à un virus induit une réponse initiale des lymphocytes B, dite ‘de novo’, caractérisée par la sécrétion d’anticorps sériques et la création d’un stock important de lymphocytes B mémoire à longue durée de vie, capables de produire rapidement des anticorps en cas de nouvelle rencontre avec le virus", rappellent-ils. Ce processus échoue parfois à cause d’un phénomène appelé empreinte immunitaire. Il s’agit d’une modification durable de la réponse immunitaire induite par une première exposition virale, qui peut entraîner une altération importante des réponses ultérieures à des virus apparentés. "On pense que le problème d'empreinte immunitaire survient lorsqu'un virus apparenté déclenche cette réponse immunitaire mémoire, créant une forte augmentation des anticorps qui pourraient ne pas neutraliser efficacement la nouvelle menace et même entraver la capacité du système immunitaire à développer une réponse immunitaire de novo robuste, développent les auteurs. Ce problème serait directement lié à l'immunité induite par les premières expositions durant la petite enfance."

Dans leurs travaux, ils se sont intéressés à 40 participants, dont la moitié étaient de jeunes enfants ayant été exposés pour la première fois au virus H3N2 puis au virus H1N1, ou inversement. "Comme prévu, les participants adultes ont montré des signes d'une immunité plus forte et plus diversifiée acquise au fil des années grâce à une exposition prolongée au virus, observent les chercheurs. Chez certains enfants, cependant, des signes d'une immunité affaiblie étaient manifestes." 

Vaccination contre la grippe : vers des sérums plus performants pour les enfants ? 

Les enfants exposés successivement aux deux sous-types de grippe ont développé des anticorps dits à réactivité croisée : ils sont capables de se lier aux deux sous-types au niveau de l'enveloppe externe du virus grippal. "Ce site, quasi identique pour les deux sous-types, présente un intérêt majeur pour l'amélioration des futurs vaccins antigrippaux, susceptibles de protéger contre toutes les souches", précisent les auteurs. Des différences ont été observées selon l’ordre d’exposition : la réponse immunitaire était plus efficace lorsque les enfants avaient d’abord été confrontés aux virus H3N2 puis H1N1. En revanche, ils ont remarqué que les anticorps à empreinte H3N2 apparus après une exposition au H1N1 se sont révélés "étonnamment inefficaces contre les anciennes souches H1N1, susceptibles de constituer une menace à l’avenir".

Pour le Dr Patrick Wilson, auteur principal de ces travaux, ces résultats montrent qu’il "suffit de peu pour rendre inefficace la réponse immunitaire". "La bonne nouvelle est que les lymphocytes B des nourrissons vaccinés simultanément contre le H1N1 et le H3N2 – avec un vaccin antigrippal saisonnier contenant généralement les deux virus – ne présentaient aucun signe de cette empreinte délétère", relèvent toutefois les auteurs. Pour le chercheur et son équipe, cela montre qu’une vaccination infantile plus adaptée et plus précise pourrait réduire ces effets indésirables, et améliorer la protection contre la grippe. Selon Santé Publique France, la maladie a provoqué environ 17.600 décès supplémentaires entre 2024 et 2025. 

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