Une personne sur cinq a souffert, ou souffrira un jour, de dépression. Comme le rappelle l’Inserm, ce trouble touche tous les âges de la vie et peut se manifester par différents symptômes. Certains d’entre eux peuvent être difficiles à soigner, comme la fatigue. Des chercheurs de l’université du Queensland, en Australie, se sont intéressés à ce symptôme et à ses causes. "Comprendre ce problème à un stade précoce est essentiel pour prévenir les conséquences négatives à long terme", précisent-ils dans l’introduction de leur étude, parue dans Translational Psychiatry.
Trouble dépressif majeur : comprendre le mécanisme de la fatigue
L’équipe a travaillé sur les mécanismes moléculaires de la fatigue en mesurant les "mécanismes bioénergétiques". Concrètement, ils ont observé les taux de l'adénosine triphosphate (ATP), une molécule dite énergétique, qui fournit de l’énergie aux cellules, dans les cellules cérébrales et sanguines de jeunes adultes atteints de trouble dépressif majeur.
Chez ces participants, âgés de 18 à 25 ans, ils ont recueilli des échantillons de sang et réalisé des images cérébrales. Les données ont ensuite été analysées, puis comparées à celles de participants ne souffrant pas de dépression.
Des cellules énergétiques surmenées chez les personnes atteintes de dépression
Selon le Dr Roger Varela, co-auteur de ces travaux, les cellules des personnes dépressives produisaient davantage de molécules énergétiques au repos, mais cette capacité à augmenter la production était réduite en cas de stress. "Cela suggère que les cellules pourraient être surmenées dès les premiers stades de la maladie, ce qui pourrait entraîner des problèmes à plus long terme, estime-t-il. Ce résultat est surprenant, car on pourrait s'attendre à ce que la production d'énergie cellulaire soit plus faible chez les personnes dépressives."
Pour ce spécialiste, cela pourrait signifier que, pendant les premiers stades de la dépression, les mitochondries du cerveau et du corps auraient une capacité réduite à faire face à la demande énergétique accrue, "ce qui pourrait contribuer à la baisse d'humeur, à la diminution de la motivation et au ralentissement des fonctions cognitives".
Dépression : l'espoir de traitements précoces et ciblés
Pour Susannah Tye, de l'Institut du cerveau du Queensland (QBI) de l'Université du Queensland, et co-autrice de cette étude, ces résultats suggèrent que les symptômes de la dépression pourraient être liés à des changements "fondamentaux" dans la façon dont les cellules cérébrales et sanguines utilisent l’énergie. "Cela montre que de multiples changements se produisent dans l'organisme, notamment au niveau du cerveau et du sang, et que la dépression a un impact sur l'énergie au niveau cellulaire", poursuit-elle. Avec ses collègues, elle espère que cette étude, la première à s’intéresser aux molécules liées à la fatigue chez des personnes atteintes de trouble dépressif majeur, pourra ouvrir de nouvelles perspectives en matière de traitement. "Le développement de nouveaux traitements a progressé de manière limitée en raison du manque de recherche, et nous espérons que cette avancée majeure pourrait permettre une intervention précoce et des traitements plus ciblés", conclut Susannah Tye.



