- Chez des adultes souffrant de prédiabète et d’hypertension, la présence de signes précoces de stress ou de lésion du cœur est liée à un risque jusqu’à 10 fois plus élevé d’insuffisance cardiaque.
- Le prédiabète seul n’accroît pas significativement le risque d’insuffisance cardiaque.
- D’après les scientifiques, ces patients à haut risque pourraient être identifiés tôt grâce à des biomarqueurs cardiaques mesurés dans des analyses sanguines courantes.
"Le prédiabète est-il associé au risque d’insuffisance cardiaque chez les adultes hypertendus présentant une lésion ou un stress myocardique infraclinique (qui ne se manifeste pas cliniquement) ?" C’est la question que se sont posés des chercheurs de l'université Johns Hopkins (États-Unis). Pour y répondre, ils ont recruté 8.234 personnes hypertendues, âgées en moyenne de 68 ans. Parmi elles, 3.271 présentaient un prédiabète, 2.942 une lésion myocardique infraclinique et 3.593 un stress myocardique infraclinique. Deux analyses ont été réalisées : l’une comparant les résultats en matière de santé cardiaque aux niveaux initiaux des biomarqueurs, et l’autre examinant les variations des biomarqueurs 12 mois après le début de l’intervention.
Insuffisance cardiaque : le prédiabète lié à une lésion ou un stress myocardique accroît le risque
Dans le cadre de l’étude, parue dans la revue JAMA Cardiology, le prédiabète était défini par une glycémie à jeun comprise entre 100 et 125 mg/dL. "Une atteinte myocardique infraclinique a été définie par un taux de troponine I cardiaque ultrasensible (hs-cTnI) supérieur ou égal à 6 ng/L chez les hommes et à 4 ng/L chez les femmes, et un stress myocardique infraclinique par un taux de propeptide natriurétique de type B N-terminal (NT-proBNP) supérieur ou égal à 125 pg/mL. Une augmentation de 25 % ou plus de la concentration de tout biomarqueur entre l'inclusion et le 12ème mois a défini une variation longitudinale." Après un suivi d’environ trois ans, 122 participants ont développé une insuffisance cardiaque. Selon eux, les personnes présentant un prédiabète et une lésion ou un stress cardiaque ont globalement 10 fois plus de risques de développer une insuffisance cardiaque. En comparaison, les volontaires sans prédiabète ayant subi une lésion cardiaque ou un stress uniquement ont présenté une augmentation modérée (de 3,28 et 3,78) du risque d'insuffisance cardiaque.
En examinant l'évolution des patients au fil du temps, les auteurs ont observé que ceux qui présentaient à la fois un prédiabète et une augmentation de 25 % ou plus des taux de hs-cTnI ou de NT-proBNP lors du suivi à 12 mois avaient respectivement 3,05 et 2,39 fois plus de risques de développer une insuffisance cardiaque. À l'inverse, les participants sans prédiabète avaient respectivement 2,60 et 1,66 fois plus de risques de développer une insuffisance cardiaque si les taux de hs-cTnI ou de NT-proBNP augmentaient au fil du temps. "Étonnamment, le prédiabète seul n'était associé ni à une augmentation ni à une diminution du risque d'insuffisance cardiaque."
"Prendre en charge les patients avant que des situations d’urgence ne surviennent"
Dans les conclusions, l’équipe indique que ces résultats mettent en lumière un groupe de personnes à risque qui pourraient être identifiées dans le cadre d'une prise en charge préventive. "Grâce aux biomarqueurs de l’insuffisance cardiaque, nous pouvons identifier et traiter les patients présentant un risque beaucoup plus élevé de maladies cardiovasculaires. Cela nous permet également d’étudier les biomarqueurs d’autres événements cardiovasculaires. Le prédiabète est souvent négligé chez les patients, mais en identifiant les sous-populations vulnérables, nous pouvons mettre en place des mesures préventives et prendre en charge les patients avant que des situations d’urgence ne surviennent", a souligné Justin Basile Echouffo Tcheugui, auteur de l’étude.



