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QUESTION D'ACTU

Variations saisonnières

La fatigue printanière : une simple impression ?

Au printemps, de nombreuses personnes se disent épuisées. Pour savoir s’il s’agit d’un phénomène culturel ou biologique, des chercheurs se sont penchés sur le sujet.

La fatigue printanière : une simple impression ? Khosrork/iStock




L'ESSENTIEL
  • Des scientifiques suisses n’ont trouvé aucune augmentation réelle de fatigue, de somnolence ou de problèmes de sommeil au printemps par rapport aux autres saisons.
  • Selon eux, la fatigue printanière est davantage un phénomène influencé par la culture.
  • Pour être moins fatigué, il est conseillé de s’exposer au maximum à la lumière du jour, de rester physiquement active et de veiller à dormir suffisamment.

Lorsque le printemps pointe le bout de son nez, certains ressentent une fatigue et une baisse d’énergie inexplicables malgré l'allongement des jours et l'amélioration des conditions météorologiques. Cela est bien connu en Allemagne, en Suisse et en Autriche et ce phénomène porte même un nom : "Frühjahrsmüdigkeit" qui se traduit par "fatigue printanière." Jusqu’à présent, les preuves scientifiques de l'existence de ce syndrome saisonnier sont rares. Récemment, des chercheurs de l’université de Bâle (Suisse) ont ainsi réalisé une étude afin de déterminer si les personnes sont réellement plus épuisées au printemps qu’à d’autres périodes de l’année.

Pour mener à bien les travaux, l’équipe a recruté 418 adultes et leur a demandé de répondre, toutes les six semaines pendant un an, à un questionnaire en ligne sur leur fatigue, leur somnolence diurne, leurs symptômes d'insomnie et la qualité de leur sommeil. "Nous avons émis l'hypothèse que la fatigue et la somnolence diurne seraient plus importantes lors des photopériodes (la durée quotidienne d’éclairement, c’est-à-dire le nombre d’heures de lumière qu’un organisme reçoit en une journée) plus courtes. Nous nous attendions également à une moins bonne qualité du sommeil et à des symptômes d'insomnie plus sévères lors des photopériodes plus courtes."

La fatigue printanière, un phénomène culturel plutôt que biologique

Près de la moitié des participants (47 %) ont déclaré ressentir de la fatigue printanière. Néanmoins, des évaluations répétées sur une année n'ont révélé aucune variation saisonnière ou mensuelle de la fatigue, de la somnolence, des symptômes d'insomnie ou de la qualité du sommeil. Globalement, les résultats contredisent l'hypothèse que la fatigue printanière soit un véritable phénomène saisonnier. La fatigue ressentie lors des activités quotidiennes diminuait avec l'allongement des jours, mais indépendamment de ses variations météorologiques.

"Au printemps, les jours rallongent rapidement. Si la fatigue printanière était un véritable phénomène biologique, elle se manifesterait durant cette phase de transition, par exemple parce que le corps doit s'adapter", a précisé Christine Blume, chercheuse au Centre de chronobiologie des Cliniques psychiatriques universitaires et de l’université de Bâle qui a participé aux recherches publiées sur le site bioRxiv. Cependant, ce n’est pas le cas ici.

Selon les données, l'écart entre la forte prévalence de ce phénomène et la stabilité des tendances suggère que la fatigue printanière pourrait être influencée par des constructions culturelles et résulter de biais cognitivo-perceptifs plutôt que de refléter un "véritable syndrome saisonnier". "À cette période, nous pouvons aussi ressentir le besoin d'être plus actifs et de profiter du beau temps. Si nous n'y parvenons pas, nos attentes et notre niveau d'énergie subjectif peuvent être très différents."

S’exposer au maximum à la lumière du jour pour éviter la fatigue printanière

D’après la chercheuse, les personnes devraient se sentir en meilleure forme lorsque les jours rallongent. "Pendant les mois les plus sombres de l’année, beaucoup de gens se sentent plus fatigués et dorment un peu plus. Au printemps et en été, c’est le contraire. Les journées sont longues et on a envie de retrouver des amis le soir et de profiter des douces soirées d’été. Malgré un sommeil réduit, la fatigue n’augmente pas. Ce constat a également été confirmé." Elle recommande aux personnes se sentant léthargique au printemps de s’exposer au maximum à la lumière du jour, de rester physiquement active et de veiller à dormir suffisamment.

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