Le suicide est complexe. De nombreux éléments peuvent avoir un impact sur le risque de développer des pensées suicidaires. Dans BMJ Mental Health, des scientifiques se sont intéressés à l’un des facteurs de risque : l’hérédité. Ses auteurs, des chercheurs de différentes universités internationales, ont cherché à comprendre l’influence des historiques familiaux sur le risque de suicide.
Des tentatives de suicide plus fréquentes chez les femmes
Leurs travaux reposent sur l’analyse de base de données suédoises. Ces registres recensaient les hospitalisations, les diagnostics et les causes de décès de plus de 3 millions de personnes nées entre 1963 et 1998, ainsi que leurs parents, frères et sœurs et demi-frères et sœurs. "Leur santé mentale et leurs tentatives de suicide ont été suivies de l'âge de 10 ans jusqu'à fin 2019, date à laquelle ils avaient au moins 21 ans", notent les auteurs.
Au total, 89.278 personnes, soit 3 % des participants, avaient fait au moins une tentative de suicide et 4 % s’étaient auto-mutilées. "Les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à avoir tenté de se suicider : 3,3 % contre 2,6 %", indiquent-ils.
Quel est l'impact des antécédents familiaux sur le risque de suicide ?
Pour analyser l’impact des antécédents familiaux, les chercheurs se sont concentrés sur cinq types de liens : mère-enfant, père-enfant, frères et sœurs germains, demi-frères et sœurs du côté maternel et demi-frères et sœurs du côté paternel. Quel que soit le sexe, le risque de suicide était plus élevé chez les proches de personnes ayant elles-mêmes tenté de se suicider en comparaison à celles et ceux dont les proches n’avaient pas fait de tentative. "Ce phénomène était particulièrement marqué chez les paires mère-enfant, où le risque était plus de trois fois supérieur", commentent les auteurs. Le risque était aussi plus élevé chez les apparentés au premier degré par rapport aux demi-frères et demi-soeurs. "Le risque le plus élevé (près de quatre fois supérieur) a été observé chez les sœurs, poursuivent les scientifiques. De manière générale, les risques étaient plus élevés chez les paires mère-fille et les sœurs que chez les paires père-fils et les frères."
Suicide et antécédents familiaux : la relation de cause à effet reste à prouver
Les auteurs de ces travaux rappellent qu’il s’agit d’une étude observationnelle : elle ne permet pas d’établir de lien de cause à effet, seulement de mettre en avant une corrélation. "Dans l’ensemble, nos résultats ne confirment pas l’hypothèse selon laquelle les facteurs génétiques expliqueraient la plus grande incidence des tentatives de suicide chez les femmes, précisent-ils. Des facteurs non génétiques, tels que des interactions hormonales, neurobiologiques et environnementales, pourraient être à l’origine de vulnérabilités spécifiques au sexe face aux tentatives de suicide."


