- Une seule dose de psilocybine, combinée à une thérapie cognitivo-comportementale, semble plus efficace que les patchs de nicotine pour arrêter de fumer.
- Dans le détail, les fumeurs ayant cette substance psychoactive, ont six fois plus de chances de maintenir une abstinence prolongée, c’est-à-dire six mois après le traitement.
- Contrairement aux substituts nicotiniques, la psilocybine n’agit pas directement sur les récepteurs de la nicotine, mais pourrait plutôt modifier les schémas psychologiques et la perception de l’addiction.
"On estime à 8 millions le nombre de décès annuels liés au tabac dans le monde, dépassant ainsi la mortalité due à d’autres substances psychoactives. La plupart des interventions de sevrage tabagique n’aboutissent qu’à un succès modeste à long terme", selon des scientifiques de l’université Johns Hopkins (États-Unis). C’est pourquoi ces derniers ont voulu comparer les effets de la psilocybine, une substance psychoactive naturelle que l’on trouve dans certains champignons, et des patchs de nicotine chez des fumeurs.
La psilocybine, le traitement plus efficace contre la dépendance au tabac
Pour ce faire, l’équipe a recruté 82 personnes en bonne santé qui ont déjà tenté d’arrêter de fumer. Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes. Certains ont reçu une dose unique élevée (30 mg/70 kg) de psilocybine (sous surveillance médicale) et d’autres ont bénéficié de patchs de nicotine pendant 8 à 10 semaines. Par la suite, les deux groupes ont reçu des séances de thérapie cognitivo-comportementale pendant 13 semaines. L’abstinence tabagique prolongée, vérifiée biochimiquement, et l’abstinence ponctuelle sur 7 jours, six mois après la date d’arrêt prévue, ont été comparées entre les groupes. À 6 mois, 38 volontaires du groupe psilocybine et 32 du groupe patch de nicotine étaient encore inclus dans l’étude. Après le traitement, ils ont été interrogés et testés afin de détecter d’éventuels signes de tabagisme.
Selon les travaux, publiés dans la revue JAMA Network Open, 40,5 % des adultes ayant reçu de la psilocybine ont maintenu une abstinence prolongée, contre seulement 10 % des participants ayant utilisé des patchs de nicotine. Par ailleurs, 52,4 % des volontaires ayant reçu de la psilocybine ont présenté une abstinence ponctuelle de 7 jours vérifiée biochimiquement, contre 25 % des fumeurs utilisant le patch de nicotine. Des cas d'hypertension légère, de maux de tête et de nausées ont été rapportés. Cependant, aucun événement indésirable grave n’a été attribué à la psilocybine ni au patch de nicotine.
La psilocybine agit "via des systèmes psychologiques supérieurs"
D’après les auteurs, le mode d'action de la psilocybine diffère de celui des autres traitements de la dépendance. Au lieu de cibler les récepteurs nicotiniques, la psilocybine agirait en modifiant la façon de penser du fumeur, "lui permettant ainsi de se défaire plus facilement de comportements néfastes. L'absence d'interaction directe de la psilocybine avec les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (ou les récepteurs impliqués dans les effets d'autres drogues addictives) souligne le caractère unique de la thérapie psychédélique. En effet, le traitement pharmacologique n'agit pas directement sur le renforcement ou le sevrage, mais plutôt via des systèmes psychologiques supérieurs, tels que des changements dans la perception de soi et une plus grande flexibilité psychologique."
Bien ces résultats soient encourageants, l’équipe souligne certaines limites, notamment un échantillon de petite taille. Elle estime que des recherches supplémentaires sont nécessaires. "Des questions essentielles, telles que l'optimisation des paramètres de traitement, le rapport coût-efficacité et la possibilité de mise à l'échelle, restent à examiner", ont conclu les scientifiques.



