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QUESTION D'ACTU

Développement personnel

Coaching : «Méfiez-vous des discours trop simplistes, des réponses toutes faites à des problèmes complexes»

A l’occasion de la sortie du film "Gourou", Paul Pyronnet, expert en PNL, alerte sur les possibles dérives du développement personnel, et rappelle ce qui distingue un véritable accompagnant d’un simple coach autoproclamé sur les réseaux sociaux.

Coaching : \ gorodenkoff / istock




Avec la sortie du film Gourou de Yann Gozlan, porté par Pierre Niney, la fiction ouvre un débat brûlant d’actualité : comment reconnaître les frontières floues entre accompagnement et manipulation, entre inspiration et dépendance ? Derrière l’ascension spectaculaire d’un coach en développement personnel, le film met en lumière un phénomène bien réel : la tendance à s’en remettre à des "gourous" qui promettent des solutions toutes faites, des réponses simplistes à des problèmes complexes. Or, dans les sphères du coaching, du management, de la spiritualité ou de la formation, les dérives ne sont jamais loin. Paul Pyronnet, formateur en programmation neurolinguistique (PNL) et figure du développement personnel depuis plus de trente ans, revient sur ce qui distingue un vrai professionnel d’un gourou en puissance.

Pourquoi Docteur : Vous êtes aujourd’hui un acteur reconnu du développement personnel. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Paul Pyronnet : Je suis né dans une communauté non-violente fondée par Lanza Del Vasto, appelée l’Arche. Mon père y était très engagé, et j’ai grandi dans cet environnement où la vie communautaire était riche, mais exigeante. J’ai donc été sensibilisé très tôt à l'importance du collectif, des valeurs communes, et aux risques de déviance lorsqu'une autorité devient trop centralisée. J’ai ensuite connu une adolescence dans les cités, des contextes variés, et je me suis tourné vers le sauvetage en mer sur des côtes dangereuses. C’est là que j’ai découvert l’importance des émotions et des relations humaines. Vers 25 ans, je commence à vivre du développement personnel. Je me forme à la psychologie humaniste, puis à la programmation neurolinguistique (PNL) dès les années 1990. J’ouvre une première école avec un psychologue reconnu, avant de m’orienter vers le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, je dirige un centre de formation qui accueille des centaines de personnes, en présentiel et à distance.

Pourquoi cette passion pour l’accompagnement humain ?

Deux choses m’ont marqué dans mon parcours. D’abord, la richesse et la complexité de la diversité humaine. Vivre en communauté, c’est partager un quotidien avec des gens que l’on n’a pas choisis : cela exige donc de savoir communiquer, gérer les conflits, comprendre les différences... La deuxième chose, c’est la force de l’engagement personnel : certaines personnes quittaient des situations matérielles confortables pour vivre selon leurs valeurs. Ces expériences m’ont montré que vivre en communauté, c'est plus compliqué que de vivre en société : cela exige un système de valeurs commun, un projet et des règles du jeu qui nous rassemblent. C’est aussi vrai dans les entreprises, où les salariés cherchent du sens, pas seulement un salaire.

Si vous orientez votre attention vers les solutions plutôt que vers les problèmes, vous réagirez autrement.

La PNL est au cœur de votre méthode. Pouvez-vous la définir ?

La PNL repose sur une idée simple : notre façon de penser, de ressentir et d'agir est influencée par nos perceptions et nos émotions. Chacun de nous développe, consciemment ou non, des automatismes : certains nous aident à nous construire, d'autres nous limitent. Cela, on ne l’apprend pas à l’école... La PNL s’intéresse à ces automatismes, ces habitudes. Elle les observe et propose des méthodes pour les transformer, pour se sentir mieux dans sa vie. C’est une discipline très concrète. Un peu comme en cuisine, il y a des recettes qui fonctionnent : si vous comprenez mieux les valeurs qui vous animent, vous prendrez des décisions plus alignées avec qui vous êtes. Si vous orientez votre attention vers les solutions plutôt que vers les problèmes, vous réagirez autrement. Prenons l’exemple de la solitude : ce n'est pas du tout la même chose de se lever le matin avec le sentiment d'être seul que d'être connecté au désir d'avoir des relations. La PNL, c’est un changement de regard sur la réalité, qui permet de retrouver du pouvoir sur sa vie.

En quoi votre approche diffère-t-elle de celle de certains "coachs" visibles sur les réseaux sociaux ?

Il y a trois piliers. Le premier, c’est la maturité personnelle : où en est l'accompagnant dans son propre développement ? S’il n’a pas travaillé sur lui, ses insécurités ou son besoin de contrôle, il risque d’utiliser les outils d’une façon déviante. Le deuxième, c’est la formation : on ne devient pas accompagnant en quinze jours. Il faut du temps, de l’expérience, de la supervision pour acquérir les méthodes. Vous n’iriez pas consulter un coach sportif qui n’a pas des années d’expérience... Le troisième pilier, enfin, c’est la responsabilité, le discernement : l’accompagnant doit connaître ses limites, savoir dans quels contextes il est compétent, et orienter si besoin vers d’autres professionnels. Un bon accompagnant se remet en question en permanence. 

Le coach vous aide à clarifier vos objectifs et vos stratégies – mais ce n’est pas lui qui décide où vous allez...

Quels sont les signaux d’alerte face à des pratiques déviantes, comme celles mises en scène dans le film Gourou ?

Le premier indicateur, c’est comment vous vous sentez après la séance d’accompagnement : éclairé, valorisé, responsabilisé, ou au contraire, rabaissé, dépendant, coupable ? Si vous sortez en pensant que vous ne pouvez pas vous en sortir sans l’autre, ce n’est pas bon signe... Le rôle d’un accompagnant est d’aider les gens à développer leur autonomie, leur sens critique, la capacité à penser par eux-mêmes, à se poser les bonnes questions et à croître. Méfiez-vous aussi des discours trop simplistes ("Il suffit d’y croire"), des fausses promesses ("Quand on veut, on peut"), des réponses toutes faites à des problèmes complexes. Un bon accompagnant doit laisser de la place au doute, à la nuance, à la complexité, car l'humain est toujours beaucoup plus complexe que la théorie qui le décrit. Quand quelqu'un pense à votre place, vous infantilise, vous impose une vérité ou nie votre ressenti, c’est un deuxième signal d’alerte.

Comment classeriez-vous les différentes postures dans l’accompagnement ?

Il y a d’abord la personne bienveillante, qui écoute et valorise : un ami, par exemple. Le coach (tiré du français "cocher", celui qui conduit la diligence), lui, vous aide à clarifier vos objectifs et vos stratégies – mais ce n’est pas lui qui décide où vous allez... Vient ensuite l’enseignant, qui transmet des connaissances. Puis le mentor, qui inspire par son expérience. Et enfin, il y a le gourou... En Inde, c’est un terme noble, qui désigne un professeur ou un conseiller spirituel. En France, il a une connotation négative, car il est associé à la perte de liberté et au contrôle, sans parler du cliché du bandeau dans les cheveux et des sandales. Il peut y avoir des déviances sectaires, et heureusement, des institutions comme la Miviludes veillent pour nous alerter. 

Si quelqu’un vous promet des résultats sans effort, c’est qu’il joue sur une forme de pensée magique.

Pourquoi certains tombent-ils dans la dépendance, voire dans la soumission à un coach ?

Souvent parce qu’elles sont en souffrance, se sentent dévalorisées ou en perte de repères. Lorsqu’on est en difficulté et qu’on se sent fragilisé, on est plus enclin à attendre quelque chose de l’extérieur. Et c’est là que se joue l’influence. Si, en face, l’accompagnant est plus dans la projection que dans l’écoute, cela peut créer une relation de dépendance.

Quels conseils donneriez-vous à une personne tentée par une formation express vue sur les réseaux ?

Il faut être prudent face aux promesses trop belles. On peut sortir inspiré d’un séminaire, d’un livre, d’une rencontre, mais la transformation prend du temps. Il y a un prix à payer : en temps, en énergie, parfois en argent. Il faut se former, s’entraîner, répéter. Il n’y a pas de réussite magique. Si quelqu’un vous promet des résultats sans effort, c’est qu’il joue sur une forme de pensée magique. La première étape, c’est de savoir ce que vous voulez veut vraiment. Et ça, personne ne peut le décider à votre place.

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