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QUESTION D'ACTU

Entretien

Gourous thérapeutiques : "Attention, leur emprise mentale peut conduire jusqu'à la mort"

Georges Fenech, député honoraire, ancien juge d'instruction et ex-Président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), publie "Gare aux gourous". Il nous livre son analyse sur les dérives thérapeutiques d'aujourd'hui. 

Gourous thérapeutiques : \ sqback / istock.

  • Publié le 17.09.2020 à 20h00
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Pourquoi Docteur : Naturopathie, Reiki, Biorésonance… Vous publiez une enquête fouillée sur l’essor des dérives thérapeutiques en France. Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Georges Fenech : Face à la baisse de la vigilance des pouvoirs publics, j’ai voulu lancer un cri d’alarme à l’attention des Français, qui n’ont pas suffisamment d’informations sur les dangers de ces pratiques non conventionnelles.

Il y a un certain nombre de gourous thérapeutiques motivés par l’appât du gain qui sont passés maître dans l’art de séduire des personnes malades, en leur proposant des solutions onéreuses au détriment de la santé. Ces charlatans instaurent une véritable emprise mentale, et coupent peu à peu le malade de ses proches. Dans le cadre de pathologies lourdes, cela peut conduire jusqu’à la mort, lorsque la personne sous influence décide de rompre avec la médecine conventionnelle.

Certaines de ces dérives méritent-elles d’être dans le viseur de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), que vous avez présidée ?

Le groupe d'appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique recense par exemple l’auriculothérapie et la mésothérapie comme des pratiques potentiellement dangereuses.

Le décodage biologique fait aussi des ravages, avec environ 2000 médecins qui divulguent cette théorie. Selon eux, l’apparition de cancers résulte d’un choc traumatique, qu’il suffirait de traiter via une psychothérapie pour faire disparaître la maladie. Bilan : certains arrêtent leur chimiothérapie et en meurent, comme je le raconte au début de mon livre, avec le cas de cette jeune maman décédée d’un cancer du sein, isolée des siens.

Vous classez le jeûne comme une dérive thérapeutique. Pourtant, de nombreuses études démontrent ses bienfaits sur la santé. Comment le justifiez-vous ?

Si vous vous en tenez aux études sérieuses des nutritionnistes et du ministère de la Santé, on voit immédiatement que le jeûne a des conséquences importantes sur la santé physique et mentale.

Il ne s’agit pas de condamner le jeûne en tant que tel, mais d’avertir sur le fait qu’il peut être une manière de vous attirer dans un guet-apens. Des séminaires qui proposaient de concilier jeûne et randonnée ont par exemple été condamnés par la Justice, car ils visaient à affaiblir l’individu pour mieux établir une emprise mentale.

Pouvez-vous nous donner quelques repères simples qui permettent de détecter une arnaque thérapeutique ?

Plusieurs points doivent éveiller les soupçons. D’abord, toutes les médecines alternatives qui proposent des techniques miraculeuses sont à éviter. Je pense par exemple à la transmission des énergies ou à l’auto-guérison. La méthode de l’Access Bars Consciousness, très en vogue en ce moment, est le parfait exemple d’une approche "magique" des problèmes de santé, dont l’efficacité n’est aujourd’hui démontrée par aucune étude sérieuse.

Ensuite, toutes les offres qui ont des exigences financières doivent susciter de la méfiance.

Avant d’entreprendre un soin non conventionnel, il faut se renseigner auprès du ministère de la Santé, de la Miviludes et des associations comme l’Unadfi ou le Centre contre les manipulations mentales (CCMM). C’est humain de chercher des alternatives face à l’impuissance de la médecine traditionnelle, mais il faut être très vigilant.

Quelles sont vos propositions pour mieux encadrer les dérives thérapeutiques ?

Les pouvoirs publics doivent être plus vigilants, et mieux informer. Il faudrait, en respectant bien sûr la liberté du soin, que le ministère de la Santé informe d’avantage les Français sur les possibles dérives thérapeutiques, avec une structure indépendante qui soit à l’écoute des patients.

J’attends aussi que le ministère de l’Education nationale fasse le ménage dans tous les diplômes de soins alternatifs qui sont délivrés aujourd’hui.

J’espère enfin que la Miviludes ne sera pas sacrifiée. La décision de transférer cette structure au ministère de l’Intérieur avec des effectifs amoindris est, à mon sens, une erreur majeure.

Comment expliquez-vous l’essor des arnaques thérapeutiques en France ?

Il y a plusieurs facteurs qui expliquent l’essor des médecines dites complémentaires, douces ou alternatives en France.

-       Le mouvement du New Age, qui vient des Etats-Unis et déferle sur l’Europe depuis une cinquantaine d’années, prône un rapprochement avec la nature, et a donc suscité beaucoup d’engouement pour tout ce qui se vend comme "médecine naturelle".

-       Les grands scandales sanitaires modernes, tels que l’affaire du sang contaminé ou celle du Médiator, ont entamé la confiance des Français dans la médecine conventionnelle et la pharmacie, et ouvert la porte à beaucoup de charlatans.

-       L’insuffisante prise en compte de la souffrance psychologique des malades au sein des hôpitaux donne aussi de l’espace aux gourous de la santé.

-       L’essor d’internet, qui est devenu le point d’entrée principal des médecines non conventionnelles, a fait exploser l’offre de soins alternatifs.

-       L’augmentation des formations professionnelles aux médecines alternatives (on considère qu’au moins 4000 d’entre elles sont très problématiques).  

-       La baisse de la vigilance des pouvoirs publics, avec notamment la disparition du groupe d’étude sur les sectes à l’Assemblée Nationale.

-       Et enfin, ce qui est pour moi le facteur le plus important et le plus scandaleux : une reconnaissance officielle des pouvoirs publics de certaines pratiques qui n’ont jamais été éprouvées (naturopathie, reflexologie…), dans les universités et les hôpitaux (j’ai pu le constater moi-même dans les murs de l’AP-HP, à Paris).

Pour aller plus loin : "Gare aux gourous - Enquête sur les dérives thérapeutiques d'aujourd'hui", de Georges Fenech, Éditions du Rocher. 

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