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QUESTION D'ACTU

Entretien

Cancers pédiatriques : "la France doit continuer de guérir plus et mieux"

Le professeur Gilles Vassal, pédiatre, oncologue, pharmacologue et professeur, nous dresse l'état des connaissances scientifiques sur les cancers pédiatriques, dont les concentrations géographiques inquiètent et mobilisent l'opinion.  

Cancers pédiatriques : \ Golfcuk/iStock

  • Publié le 28.09.2020 à 16h30
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Saint-Rogatien, Saint-Pazanne, Morbier, Morez… Alors que la concentration de cancers pédiatriques dans de petites zones géographiques mobilise parents, politiques et agences de santé, les médias mettent régulièrement en lumière ces pathologies rares. Le Professeur Gilles Vassal, pédiatre et oncologue spécialisé dans le développement de nouvelles thérapies, dresse l'état des connaissances scientifiques sur les cancers de l'enfant. 

Avec l’opération de communication “Septembre en Or”, l’institut Gustave-Roussy a sensibilisé aux cancers pédiatriques pendant tout le mois de septembre. Est-ce une bonne chose selon vous ?

Oui, car les cancers pédiatriques ont besoin d’être médiatisés. Même si ce sont des pathologies rares contre lesquelles nous avons beaucoup progressé, elles constituent la première cause de décès chez l’enfant par maladie. Par ailleurs, si quatre enfants sur cinq guérissent aujourd’hui de leur cancer, ces pathologies et leurs traitements engendrent des complications à long terme, sur lesquelles il faut s’améliorer. La France doit guérir plus et mieux, en intensifiant la recherche et l’innovation. Il s’agit aussi de s’attaquer aux inégalités d’accès aux traitements qui sévissent en Europe.

Pour toutes ces raisons, les cancers pédiatriques sont un vrai problème de santé publique, qui doit mobiliser l’opinion, ce à quoi l’institut Gustave-Roussy s’emploie depuis 2012.

De quels cancers parle-t-on principalement ?

Les cancers de l’enfant sont différents de ceux des adultes, car les petits ne fument pas, ne boivent pas d’alcool et n’ont pas derrière eux des années de mauvaises alimentations ou de manque d’exercice physique.

Chez l’enfant, il y a par exemple des leucémies ou des tumeurs cérébrales, mais pas de cancer du sein, du côlon ou de la prostate.

Quelles sont les dernières avancées en matière de soin ?

Au cours des cinquante dernières années, le développement de traitements multidisciplinaires, associant chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie ont permis de faire progresser les taux de guérison des enfants malades à 80%, ce qui est une avancée tout à fait considérable.

Néanmoins, ces soins sont lourds et entrainent des séquelles à long terme. Par ailleurs, certains cancers pédiatriques sont encore incurables aujourd'hui, comme par exemple la tumeur du tronc cérébral, où la probabilité de guérison est de moins de 10% à 18 mois.

Aujourd’hui, on sait mieux pourquoi et comment se développent les cancers pédiatriques. L’enjeu de demain est de transformer ces connaissances nouveaux traitements.

Que pensez-vous des petites zones géographiques plus touchées que d’autres par les cancers pédiatriques (Saint-Rogatien, Saint-Pazanne…), qui mobilisent les parents d’enfants malades et les politiques ?

La question qui se pose dans ces situations est : y a-t-il des facteurs environnementaux responsables des cancers pédiatriques dans ces zones géographiques ? Malheureusement, on ne peut pas répondre aujourd’hui, car on manque d’information. Nous avons des suspicions, mais pas de preuves formelles.

Des programmes épidémiologiques sont en cours pour tenter d’y voir plus clair. Quand il y a trois enfants qui ont une leucémie dans un même village, c’est légitime de s’en inquiéter.

Au-delà des causes environnementales, quels sont les principaux facteurs de risque des cancers pédiatriques ?

On estime que 5 à 10% des cancers pédiatriques surviennent dans le cas d’une prédisposition familiale [c’est-à-dire quand il y a plusieurs cancers dans une même famille, NDLR], un chiffre qui pourrait monter à 30% selon certains spécialistes. On ne comprend pas encore pourquoi, mais dans ces cas-là, des altérations de l’ADN apparaissent très tôt dans la vie de l’enfant, puis ses cellules se dérèglent pour devenir malignes.

L’un des programmes de recherche de l'Institut Gustave-Roussy se concentre justement sur la cause génétique des cancers pédiatriques, car mieux comprendre ce facteur de risque permettra de trouver de nouveaux traitements.

Les laboratoires pharmaceutiques s’intéressent-ils suffisamment aux cancers pédiatriques selon vous ?

Ces dernières années, l’industrie pharmaceutique s’intéresse plus aux cancers pédiatriques, mais il faut qu’elle fasse plus vite et qu’elle aille plus loin.

Avant, les laboratoires pharmaceutiques ne testaient aucun de leurs traitements sur les enfants, à part pour les vaccins. Depuis 2007 cependant, une directive européenne oblige les industriels à tester les traitements sur les enfants, lorsque les pathologies se retrouvent à la fois chez les adultes et chez les jeunes. Cela a engendré des progrès, mais ce n’est pas suffisant puisque, comme nous l’évoquions au début de cet entretien, les cancers de l’enfant ne sont pas les mêmes que les cancers des adultes. Il y a donc par exemple des immunothérapies qui fonctionnent chez les adultes et pas chez les enfants. Au cours des quinze dernières années, plus de 150 anticancéreux ont été autorisés chez l’adulte en Europe, contre seulement 9 chez l’enfant.

Actuellement, nous poussons au niveau européen pour qu’il y ait plus d’innovations portées par les industriels, afin de développer des médicaments spécifiques pour les cancers de l’enfant. L’avènement de nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle ou le séquençage, les mettent en situation de pouvoir développer des médicaments efficaces.

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