- Parmi les patients porteurs d'implants, 10 à 20 % développent une infection inflammatoire appelée péri-implantite.
- Les antibiotiques ne seraient pas efficaces contre cette affection à cause des microparticules de titane libérées par la corrosion du métal (provoquée par les bactéries autour des implants dentaires).
- Les scientifiques ont identifié un canal calcique spécifique impliqué dans cette réaction inflammatoire qui pourrait constituer une première cible thérapeutique.
En cas de dent manquante, un implant dentaire peut être posé pour la remplacer. Cette petite vis en titane, inséré dans l’os de la mâchoire, sert de racine artificielle sur laquelle on fixe ensuite une couronne par exemple. Afin de la garder longtemps (souvent 10 à 20 ans ou plus), les tissus autour doivent rester sains. Pour cela, il est essentiel d’avoir une bonne hygiène bucco-dentaire. En effet, un implant n’est pas "vivant" comme une dent naturelle, il ne peut pas se défendre contre les bactéries. Si la plaque dentaire s’accumule, elle peut provoquer une inflammation autour de l’implant appelée péri-implantite. Cette affection touche des millions de patients porteurs d'implants dentaires, entraînant une perte osseuse destructrice, des échecs implantaires et une augmentation des coûts de santé, selon des scientifiques du Rutgers School of Dental Medicine (États-Unis).
Implants dentaires : les particules de titane empêchent le système immunitaire d’éliminer les bactéries
En général, les antibiotiques sont généralement inefficaces pour venir à bout de l'infection, pour des raisons jusqu'ici inconnues des chercheurs. Dans une nouvelle étude, parue dans la revue PNAS Nexus, l’équipe a donc voulu déterminer pourquoi les infections autour des implants dentaires deviennent si difficiles à traiter. Pour ce faire, elle a utilisé des échantillons de tissus humains, des cultures de cellules immunitaires humaines et ont analysé les implants dentaires. Les auteurs ont rapidement identifié un canal calcique spécifique dans les macrophages (cellules clés du système immunitaire) que les particules de titane issues des implants activent.
Selon eux, les bactéries présentes à leur surface produisent des biofilms acides qui corrodent lentement le titane, ce qui libère des milliards de particules plus petites qu'un globule rouge. "À l'intérieur de la gencive, ces particules se recouvrent d'une toxine bactérienne appelée lipopolysaccharide. Pour le système immunitaire, elles apparaissent alors comme d'énormes bactéries indigestes. Les macrophages, les phagocytent mais sont incapables de digérer le métal. Ces cellules se retrouvent piégées dans un état d'hyperinflammation, libérant des molécules de signalisation, dont l'interleukine-1 bêta, une protéine inflammatoire également impliquée dans la polyarthrite rhumatoïde et la maladie d'Alzheimer. On se retrouve face à une situation explosive qui rend les antibiotiques inefficaces."
La désactivation d’une voie chez des souris a permis de prévenir la péri-implantite
"Maintenant que nous connaissons la cause, nous pouvons commencer à développer des traitements", a déclaré Georgios Kotsakis, qui a dirigé l'étude. Ainsi, les auteurs ont, dans le cadre d’une expérience, désactivé le canal calcique spécifique dans les macrophages chez des souris génétiquement modifiées. Résultat : les cellules immunitaires ont réagi normalement à la même infection par du titane et des bactéries. Plus précisément, les abcès étaient nettement plus petits, le taux de cytokines inflammatoires avait diminué et l'élimination bactérienne était rétablie. Actuellement, les chercheurs testent actuellement des candidats médicaments ciblant ce même canal dans les cellules humaines.


