- Une étude, menée sur plus de 82 000 étudiants, montre que le perfectionnisme a continuellement augmenté depuis les années 1990.
- Les chercheurs observent surtout une hausse de la peur de l’échec, du jugement des autres et de l’indécision, qui serait liée à un ralentissement des perspectives de réussite.
- Les niveaux élevés de perfectionnisme sont fortement associés à l’anxiété, à la dépression et au mal-être psychologique.
De plus en plus d’étudiants sont exigeants et n’acceptent plus le droit à l’erreur, selon une étude publiée dans la revue Psychological Bulletin. Problème : "le perfectionnisme représente un risque pour la santé publique. Il est associé à une augmentation des cas de dépression et d’anxiété", a signalé Thomas Curran, docteur en philosophie de la London School of Economics and Political Science (Royaume-Uni).
Perfectionnisme : une accélération notable des taux chez les étudiants à partir des années 2000
Pour parvenir à ce constat, le chercheur et son équipe ont analysé les données de 307 travaux menées entre 1989 et 2024, portant sur un total de plus de 82.939 étudiants américains, canadiens et britanniques. Au cours des recherches, il a été demandé aux étudiants de s'auto-évaluer à l'aide de l'une des deux échelles standard de perfectionnisme. Selon les résultats, le perfectionnisme auto-déclaré, la crainte de commettre des erreurs et les doutes quant à la pertinence de leurs actions augmentaient de manière linéaire. Les auteurs ont observé qu’à partir du début des années 2000, les "préoccupations perfectionnistes" (peur de l'échec, indécision et crainte du jugement négatif d'autrui) ont augmenté beaucoup plus rapidement que les "ambitions perfectionnistes" (motivation à se fixer des objectifs extrêmement élevés et à travailler dur pour les atteindre).
Ensuite, l’équipe a examiné le lien entre les taux de perfectionnisme et la conjoncture économique, au fil du temps et selon les pays. Elle a noté qu'un ralentissement du PIB par habitant était associé à des niveaux plus élevés d'ambitions perfectionnistes, tandis qu'une hausse des inégalités économiques était associée à une augmentation plus marquée des préoccupations perfectionnistes. "Face au manque d'opportunités économiques, les jeunes semblent compenser par une ambition démesurée. Et lorsque les inégalités s'accroissent, la peur de commettre des erreurs et le poids du regard des autres deviennent des éléments centraux de la psychologie des jeunes."
Troubles mentaux : le perfectionnisme ayant progressé au fil du temps pourrait contribuer à leur hausse
D’après les scientifiques, un niveau élevé de perfectionnisme était associé à des symptômes de troubles mentaux tels que la dépression et l'anxiété, quelle que soit la période étudiée. "Ces données éclairent les débats actuels sur la santé mentale des jeunes. On a souvent pointé du doigt les téléphones et les réseaux sociaux, mais la montée du perfectionnisme est antérieure à l'apparition des réseaux sociaux. Cette étude suggère qu'un phénomène plus profond est à l'œuvre. Si nous voulons lutter contre la crise de santé mentale chez les jeunes, nous devons nous concentrer sur ces facteurs culturels et économiques", a conclu Thomas Curran.



