- Le 28 mai est la Journée internationale d’action pour la santé des femmes, lancée en 1987.
- Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais pas forcément beaucoup plus longtemps en bonne santé.
- Maladies cardiovasculaires, endométriose, santé mentale ou douleurs chroniques : plusieurs domaines montrent encore des retards de diagnostic et de prise en charge.
Le 28 mai n’est pas seulement une date symbolique. La Journée internationale d’action pour la santé des femmes rappelle une réalité médicale : les femmes ne sont pas toujours prises en charge à la hauteur de leurs symptômes. Douleurs banalisées, diagnostics tardifs, symptômes attribués au stress, au cycle menstruel ou à l’anxiété… Dans de nombreuses pathologies, les patientes doivent encore insister pour être entendues.
Cette journée a été proposée en 1987, lors d’une rencontre internationale sur la santé des femmes au Costa Rica, par le réseau latino-américain et caribéen pour la santé des femmes. Elle a ensuite été portée au niveau mondial par le Women’s Global Network for Reproductive Rights. À l’origine centrée sur la mortalité et la morbidité maternelles, elle est aujourd’hui devenue un rendez-vous plus large sur les droits, la prévention, l’accès aux soins et la qualité de vie des femmes.
Vivre plus longtemps ne veut pas dire vivre en meilleure santé
En France, les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Mais cet avantage est beaucoup moins net quand on regarde l’espérance de vie sans incapacité. Selon la Drees, en 2024, à la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité, contre 63,7 ans pour les hommes. L’écart n’est donc que de quelques mois, alors que l’écart d’espérance de vie totale est beaucoup plus important.
Autrement dit, les années supplémentaires vécues par les femmes ne sont pas toujours des années vécues sans limitations, douleurs ou maladies chroniques. C’est l’un des enjeux majeurs de la santé des femmes : ne plus seulement compter les années de vie, mais aussi les années de vie en bonne santé.
Le cœur des femmes reste insuffisamment protégé
Les maladies cardiovasculaires restent un exemple frappant. En France, les maladies cardio-neuro-vasculaires ont entraîné 1,2 million d’hospitalisations et 140.000 décès chez les adultes en 2022, selon Santé publique France. Les accidents vasculaires cérébraux sont particulièrement préoccupants chez les femmes : ils constituent la première cause de mortalité cardio-neuro-vasculaire féminine, avec 18.000 décès par an.
Longtemps perçues comme des maladies surtout masculines, les pathologies cardiovasculaires féminines peuvent être repérées plus tard. Les symptômes ne sont pas toujours les mêmes que chez les hommes, et certaines périodes de la vie — grossesse, post-partum, ménopause — modifient le risque cardiovasculaire. La prévention doit donc être davantage adaptée au sexe, à l’âge et au parcours de vie.
Endométriose : sept ans d’errance diagnostique
L’endométriose illustre un autre angle mort : celui de la douleur. Cette maladie chronique touche environ une femme sur dix en âge de procréer en France, soit entre 1,5 et 2,5 millions de femmes, selon l’Assurance maladie. Pourtant, le diagnostic reste souvent tardif : le délai moyen est estimé à sept ans en France.
Pendant ces années, les douleurs de règles, douleurs pelviennes, troubles digestifs, fatigue ou douleurs pendant les rapports peuvent être minimisés. Pour les patientes, cette errance a un coût : scolaire, professionnel, intime, psychologique et parfois reproductif.
Santé mentale : les femmes plus exposées
La santé mentale est également concernée. Selon le Baromètre 2024 de Santé publique France, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé dans l’année. Les femmes, les jeunes adultes et les personnes précaires ou isolées sont parmi les plus exposés.
La santé des femmes ne peut donc pas être réduite à la gynécologie. Elle concerne aussi la santé cardiovasculaire, digestive, neurologique, psychique, sexuelle, sociale et professionnelle.
Un enjeu mondial
À l’échelle internationale, la santé maternelle reste un indicateur majeur d’inégalités. L’OMS estime qu’en 2023, plus de 700 femmes sont mortes chaque jour de causes évitables liées à la grossesse ou à l’accouchement. Un décès maternel est survenu presque toutes les deux minutes.
La Journée du 28 mai porte donc un message simple : mieux soigner les femmes commence par mieux les écouter. Derrière les chiffres, il y a des patientes qui cherchent une réponse, un diagnostic, une prise en charge. Et parfois, la première étape du soin consiste seulement à ne pas banaliser ce qu’elles décrivent.


