Cela pourrait transformer le diagnostic de la dépression. Des chercheurs américains annoncent avoir identifié un biomarqueur de la maladie. Il est détectable grâce à des examens sanguins. Leurs travaux ont été publiés dans la revue spécialisée The Journals of Gerontology, Series A: Biological Sciences and Medical Sciences.
La dépression peut déclencher des symptômes très différents
Pour établir un diagnostic de dépression, les professionnels de santé s’appuient sur les symptômes rapportés par le patient. "La dépression n'est pas un trouble uniforme ; elle peut se manifester de manière très différente d'une personne à l’autre", rappelle Nicole Beaulieu Perez, auteure principale de l'étude et professeure adjointe au New You University Rory Meyers College of Nursing. Cela peut parfois complexifier la détection de la maladie. Aujourd’hui, les analyses sanguines sont utilisées pour exclure d’autres problèmes de santé, en cas de suspicion de dépression, mais aucun biomarqueur spécifique n’avait été identifié par la science.
Mieux diagnostiquer la dépression grâce à un biomarqueur sanguin
Pour combler cette lacune, les chercheurs américains ont recruté 440 femmes, dont 261 étaient séropositives. "La dépression est plus fréquente chez les personnes atteintes de certains troubles affectant le système immunitaire, notamment le VIH, précisent les auteurs de cette recherche. Cela pourrait être dû à des facteurs concomitants tels qu'une inflammation chronique, la stigmatisation et des facteurs socio-économiques." Les femmes vivant avec le VIH présentent des taux de dépression particulièrement élevés, or cela peut avoir d’autres conséquences sur leur santé. "Nous souhaitons mieux comprendre ce qui se passe et la diagnostiquer plus tôt afin de préserver leur santé globale", complète Nicole Beaulieu Perez.
Avec son équipe, elle s’est intéressée aux indicateurs de vieillissement biologique, liés à la fois à la dépression et au VIH, détectables dans les échantillons sanguins des participantes. Ils ont eu recours à des horloges épigénétiques, des algorithmes capables de détecter des modification de l’ADN. L’une d’elle mesurait différents types de cellules et de tissus, et l'autre ciblait un type de globules blancs appelés monocytes. "Les monocytes, impliqués dans diverses réponses immunitaires, jouent un rôle clé dans l'infection par le VIH et leur nombre est élevé chez les personnes souffrant de dépression", soulignent les scientifiques. L’analyse des résultats révèle que le vieillissement des monocytes constitue un biomarqueur de certains symptômes de la dépression dont l’anhédonie, l’incapacité à ressentir la joie, le désespoir et le sentiment d’échec. Il était pertinent chez toutes les femmes, qu’elles soient séropositives ou non.
Dépression : une meilleure détection pour une meilleure prise en charge
"C’est particulièrement intéressant, car les personnes vivant avec le VIH présentent souvent des symptômes physiques comme la fatigue, attribués à leur maladie chronique plutôt qu’à un diagnostic de dépression, analyse Nicole Beaulieu Perez. Or, cette découverte remet en question cette idée reçue, car nous avons constaté que ces mesures sont associées à l’humeur et aux symptômes cognitifs, et non aux symptômes somatiques." Si d’autres travaux devront confirmer cette découverte, la spécialiste espère qu’un test permettant de repérer ce biomarqueur pourra être mis au point afin d’établir des diagnostics précoces de dépression. Cela pourrait aussi conduire à la création de traitements plus personnalisés. "Nos résultats nous rapprochent de cet objectif de soins de santé mentale de précision, notamment pour les populations à haut risque, en fournissant un cadre biologique susceptible d’orienter les diagnostics et les traitements futurs", conclut-elle.



