- Un million de personnes en France souffrent de dépression résistante.
- La dépression résistante se caractérise par la persistance de l'épisode dépressif malgré au moins deux traitements antidépresseurs successifs bien conduits.
- Les associations France Dépression et Unafam ont lancé le plaidoyer "Halte à la dépression résistante : pour une mise à niveau de la prise en charge en France".
"Il y a plus de 3 millions de personnes impactées par une maladie psychique au long cours en France. C'est la dépression résistante qui produit le plus de désespoir chez les patients et les familles que nous recevons. Et non pas, comme on pourrait s’y attendre, la schizophrénie ou la bipolarité", souligne Emmanuelle Rémond, Présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes maladies et/ou handicapées psychiques (Unafam) lors d’une conférence organisée avec France Dépression, le 31 mars 2026. La raison ? "La schizophrénie et la bipolarité sont des maladies sévères et très difficiles, mais on trouve des traitements, on trouve un équilibre de vie, on peut se rétablir. Les patients touchés de dépression résistante passent souvent sous les radars. Ils peuvent être dans ces états dépressifs pendant 20 ans sans qu’il se passent rien car la personne n’a pas de soins adaptés."
Pour changer la donne, les deux associations ont décidé de lancer un plaidoyer pour améliorer la prise en charge de la dépression résistante, trouble qui concerne jusqu’à 30 % des patients souffrant de dépression.
Un million de Français touchés par la dépression résistante
Selon les estimations, un million de Français souffrent de dépression résistante. C’est-à-dire que l’épisode dépressif persiste malgré la prise d'au moins deux traitements antidépresseurs successifs bien conduits ou qui n’évolue pas suffisamment favorablement.
"Un élément important : une dépression résistante ne veut pas dire que ça fait 5 ans que ça dure. Cela veut dire qu’elle résiste au un traitement et qu'aucune amélioration n’est observée en 6 semaines. Donc, avec deux traitements, ça porte à 12 semaines. C’est très court", précise Pr Olivier Bonnot, Président du Collège National des Universitaires de Psychiatrie (CNUP).
"On a du mal à expliquer pourquoi ces dépressions sont plus sévères que les autres. C'est un sujet de recherche à part entière. Mais trois facteurs peuvent essayer d’expliquer pourquoi le patient ne répond pas aux traitements. Et souvent, ils s'enchevêtrent. Il y a des facteurs biologiques comme les dérèglements hormonaux (post-partum ménopause), les maladies chroniques ou encore les comorbidités somatiques. Il y a évidemment les facteurs psychologiques comme les séquelles traumatiques, les agressions, les événements graves et aussi les facteurs sociaux. Ça peut paraître banal, mais évidemment : vivre dans la précarité, dans la pauvreté et surtout dans l'isolement, ça aggrave toutes les pathologies psychiatriques", ajoute Pr Antoine Pelissolo, Chef de service de Psychiatrie au CHU Henri-Mondor.
Suicide, mortalité précoce, atteintes cognitives : des complications graves pour une dépression sévère
Pour les intervenants, la dépression résistante constitue un "enjeu majeur de santé publique"... mais trop peu évoqué face aux nombres de personnes touchées et au risque élevé de complications de cette pathologie. Elle expose, en effet, à un risque suicidaire important. Alors qu’on déplore entre 150.000 et 200.000 tentatives de suicides et environ 10.000 suicides par an, la dépression sévère représente, à elle seule, 80 % des facteurs de risque
"Il y a aussi une mortalité qui peut être indirecte. Elle vient de maladies associées métaboliques, cardiovasculaires ou encore du cancer. Il y a plein de mécanismes pour expliquer la surmortalité. La dépression et ces troubles ont une biologie commune", ajoute le Pr Pelissolo. Par exemple, il a été démontré dans la littérature scientifique que la dépression est liée à l’inflammation. Or cette dernière joue aussi un rôle dans l'émergence des troubles cardiovasculaires et des cancers. Autre facteur : "l'absence de soins qui accompagne la dépression. C'est-à-dire qu'on ne va pas forcément se soigner de la même façon quand on est très déprimé et très démoralisé".
Il y a aussi un risque accru d'affaiblissement neurocognitif durable. La répétition des épisodes dépressifs contribue à des altérations des fonctions cognitives et exécutives comme l’attention ou la mémoire, mettent en garde les experts.
Dépression résistante : il faut améliorer la prise en charge des patients
Mais attention ! Dépression résistante ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’espoir. Traitements médicamenteux, thérapie, stimulation magnétique transcrânienne… des solutions sont disponibles pour les patients."Dans l'ensemble, on est plus efficace sur la moitié des 30 % des patients qui souffrent de dépression résistante. C'est quand même quelque chose.. On a une vraie efficacité", rassure le Pr Bonnot. Malheureusement, au-delà des patients qui n’osent pas demander de l’aide, les acteurs de la santé mentale remarquent un problème de taille : la prise en charge est souvent insuffisante et le parcours de soin mal défini.
"En France, le médecin généraliste prescrit 80 % des psychotropes. Il traite souvent les épisodes dépressifs sans référer son patient à un médecin spécialisé comme un psychiatre. C’est un énorme problème. Cela peut induire des retards de diagnostic importants", remarque Emmanuelle Rémond. Et ce ne sont pas les seuls problèmes relevés : absence de structuration d'un parcours de soins clair, manque de professionnels de santé formés, disparité persistante dans l’accès aux thérapies et aux soins, manque de coordination entre les spécialités…
Pour tenter d’améliorer la détection et la prise en charge de la dépression résistante. L’Unafam et Dépression France ont émis cinq recommandations :
- renforcer la formation des professionnels de santé au repérage et à la prise en charge de la dépression résistante : intégrer ce trouble dans les enseignements de la psychiatrie et de médecine générale dans les études de médecine, proposer des formations continues aux médecins, notamment sur les innovations thérapeutiques… ;
- déployer une campagne de sensibilisation nationale des professionnels de santé : élaboration d’outils de repérage et d’orientation des patients destinés aux professionnels de santé, diffusion de message de sensibilisation via les instances de santé ;
- structurer un parcours de soins gradué et global : il faudrait que la médecine de ville, la psychiatrie de secteur et les centres d’expertises soient mieux coordonnés pour éviter les errances médicales et favoriser la continuité du suivi des patients. La prise en charge devrait aussi être globale en prenant en compte les comorbidités psychiatriques, somatiques et addictives ;
- garantir un accès équitable aux approches thérapeutiques en psychiatrie : "l’accès aux traitements spécialisés et aux approches médicamenteuses validées demeure très inégal selon les territoires et les établissements", déplorent les deux associations. Cela passe, selon elles, par un meilleur financement des innovations thérapeutiques, une réduction des disparités territoriales, le développement de la télé-expertise.
- renforcer la qualité et l’harmonisation des pratiques de prise en charge : cela pourrait en mettant en place des référentiels nationaux et des recommandations couvrant l’ensemble du parcours de soins (repérages, traitements, suivi post-crise, réhabilitation).



