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Patrimoine génétique

Une variante génétique préhistorique augmente le risque de Covid-19 mais protège du VIH

Par Mégane Fleury

Très répandue dans la population, cette variante génétique est liée aux récepteurs du système immunitaire. 

1971yes/istock
Notre patrimoine génétique participe au risque de développer une forme grave de Covid-19.
Cette variation génétique est devenue très répandue dans la population.

Nous devons beaucoup à l’homme de Neandertal : même notre risque de faire une forme grave de Covid-19. À l'automne 2020, Hugo Zeberg et Svante Pääbo, des scientifiques de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste, situé à Leipzig en Allemagne, ont démontré que les Néandertaliens nous ont transmis un facteur de risque génétique de Covid-19. Quelques mois plus tard, ils ont poursuivi leurs travaux sur cette variante génétique, et ont constaté qu’elle a un effet protecteur sur un autre virus, le VIH. Leur découverte est publiée dans la revue spécialisée Proceedings of the National Academy of Sciences. 

Une protection liée à un récepteur du système immunitaire 

"Ce facteur de risque génétique majeur pour la Covid-19 est si courant que j'ai commencé à me demander s'il pouvait réellement être bon pour quelque chose, comme fournir une protection contre une autre maladie infectieuse", explique Hugo Zeberg, qui est l'unique auteur cette nouvelle étude. Il se situe dans une zone du chromosome 3 qui se compose de nombreux gènes. Autour de lui, il y a plusieurs gènes dont le rôle est lié aux récepteurs du système immunitaire. Parmi eux, le récepteur CCR5 est utilisé par le virus du VIH pour infecter les globules blancs. Lors de ses recherches, Hugo Zeberg a découvert que les personnes porteuses du facteur de risque de Covid-19 hérité de Neandertal avaient moins de récepteurs CCR5. Il a alors émis l’hypothèse que ces individus avaient un risque plus faible d’être infecté par le VIH. Pour la tester, il a utilisé les données de trois biobanques : le chercheur allemand a constaté que les porteurs de la variante génétique avaient un risque de contracter le VIH réduit de 27 %. "Cela montre comment une variante génétique peut être à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : une mauvaise nouvelle si une personne contracte la Covid-19, une bonne nouvelle car elle offre une protection contre l'infection par le VIH", commente Hugo Zeberg.

Des interrogations subsistent 

Au-delà de cette découverte enthousiasmante, le scientifique continue de s’interroger sur cette variation génétique. Il rappelle que l’apparition du VIH et sa propagation remonte au XXe siècle, ce qui ne permet pas d’expliquer pourquoi cette variation génétique est devenue courante il y a 10 000 ans. "Nous savons maintenant que cette variante à risque de la Covid-19 offre une protection contre le VIH. Mais c'était probablement une protection contre une autre maladie dont la fréquence a augmenté après la dernière période glaciaire", suppose Hugo Zeberg.