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Des effets collatéraux

Covid-19 : la pandémie affecte la santé mentale des médecins

Par Mégane Fleury

Au Canada, le taux de consultation des médecins pour des problèmes liés à la santé mentale ou à la toxicomanie a augmenté de 27 % entre mars 2020 et mars 2021. 

lorenzoantonucci/istock
Les professionnels de santé ont été davantage exposés au risque de dépression et de burn-out, à cause de l'épidémie de Covid-19.
Ils ont été plus nombreux à consulter des spécialistes de la santé mentale entre mars 2020 et mars 2021.
Selon les auteurs, l'accès plus simple aux consultations vidéos a pu aider certains médecins à oser consulter, car la santé mentale est souvent taboue dans ce milieu professionnel.

La Covid-19 nuit à notre santé mentale, et les professionnels de santé ne sont pas épargnés. Dans JAMA Network Open, des scientifiques montrent que les médecins canadiens ont davantage consulté pour des problèmes de santé mentale, durant la première année de l’épidémie. "Les enquêtes menées auprès des médecins pendant la pandémie de Covid-19 ont montré une augmentation des cas de dépression, d'anxiété et d'épuisement professionnel", explique le Dr Daniel Myran, auteur de cette étude. Pour mieux comprendre l’évolution de ces chiffres dans le temps, il a mené une étude avec son équipe sur le sujet. Au total, ils ont analysé les données anonymisées de 34 000 médecins praticiens en Ontario. Ils se sont intéressés aux consultations en ligne et dans les cabinets. 

Une période particulièrement stressante pour les soignants 

Entre mars 2020 et mars 2021, il y a eu 1 028 visites concernant la santé mentale ou la toxicomanie pour 1 000 médecins dans l’Ontario, contre 817 pendant l’année précédente. Cela représente une augmentation de 27 %. Au total, 26 266 visites liées à la santé mentale ont été effectuées par des médecins au cours de l'année précédant la pandémie, contre 31 936 au cours d'année suivante. "Les médecins, comme les autres travailleurs de santé, ont été confrontés à d'énormes facteurs de stress liés au travail pendant la pandémie, constatent les chercheurs. Ceux-ci comprenaient un risque potentiellement plus élevé d'exposition à la Covid-19, des craintes d'infecter leurs amis, leur famille et leurs collègues, et des charges de travail plus lourdes."

Qui sont les professionnels de santé concernés ? 

Certaines spécialités effectuaient beaucoup plus de visites de santé mentale que d'autres. Par exemple, les psychiatres avaient le taux le plus élevé de visites annuelles à 3 442 pour 1 000 médecins, tandis que les chirurgiens avaient le taux de visites le plus bas à 370 pour 1 000 médecins. L’étude n’a montré aucune différence significative entre les hommes et les femmes, les médecins plus âgés et plus jeunes, les médecins urbains ou ruraux, ou entre les médecins qui ont soigné directement des patients atteints de Covid-19 dans les services d’urgences et ceux qui ne l’ont pas fait. "Nous avons été surpris de ne voir aucun changement dans les visites de santé mentale effectuées par les médecins qui ont fourni des soins directs aux patients atteints de Covid-19 à l'hôpital, car d'autres études ont signalé des impacts plus importants sur leur santé mentale", ajoute le co-auteur, le Dr Manish Sood. Selon lui, les médecins travaillant en soins intensifs, en médecine d'urgence et en médecine interne avaient déjà des taux inférieurs de visites en services de santé mentale avant la pandémie. "Cela pourrait signifier qu'ils ont une plus grande résilience, plus de réticence à demander des soins ou ont des horaires de travail qui sont un obstacle à la recherche de soins", estime-t-il. Les auteurs rappellent que l’étude porte uniquement sur la première année de la pandémie : "La situation a changé depuis, en particulier avec le variant Omicron qui exerce désormais une pression forte sur le système de santé", précisent-ils. La santé mentale des professionnels de santé pourrait s’être encore dégradée.