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Un tiers de chances en moins

Troubles psychiatriques post-partum : de nombreuses femmes concernées n'ont plus d'enfants après la première naissance

Par Raphaëlle de Tappie

Les mères développant des troubles psychiatriques après la naissance de leur premier enfant ont un tiers de chances en moins d’en avoir d’autres après, selon une nouvelle étude à grande échelle.  

globalmoments/iStock

Une personne sur quatre souffre de troubles mentaux dans le monde, d’après l’OMS. On parle de trouble mental quand l’état de bien-être d’un individu est perturbé par des affections spécifiques (dépression, schizophrénie, troubles bipolaires…). La personne est alors dans l’incapacité de s’adapter aux situations difficiles, voire douloureuses, et de maintenir son équilibre psychique. Des travaux ont montré que 75% de ces affections apparaissaient avant l’âge de 25 ans. Il a également été prouvé qu’environ 3% des femmes développaient des troubles psychiatriques au cours des trois premiers mois suivant leur premier accouchement. Mais jusqu’ici, peu de recherches avaient été menées pour savoir si ces troubles affectaient ou non la reproduction ultérieure des patientes.

Toutefois, d’après de nouveaux travaux dont les résultats sont parus dimanche 29 mars dans la revue Human Reproduction, les patientes développant des troubles psychiatriques après la naissance de leur premier enfant ont un tiers de chances en moins d’en avoir d’autres après. 

Nous voulions savoir si les femmes souffrant de troubles psychiatriques post-partum avaient une possibilité réduite d'avoir un deuxième enfant. En outre, nous avons examiné si une réduction du taux de natalité vivante était due à des choix personnels ou à une baisse de la fécondité, car ce sont des questions importantes à prendre en compte”, explique le docteur Xiaoqin Liu, chercheur postdoctoral au Centre national de recherche sur les registres de l'université d'Aarhus (Danemark), qui a dirigé l'étude. 

Un suivi allant jusqu’à 19,5 ans

Pour cette dernière, ses collègues et lui ont analysé les données des registres danois concernant 414 571 femmes ayant donné naissance à leur premier enfant entre 1997 et 2015 dans le pays. Ils ont suivi ces femmes pendant 19,5 ans maximum : jusqu’à la fin de l’étude, la naissance de leur deuxième enfant, leur 45e anniversaire ou leur décès. Pour identifier si les femmes avaient souffert ou non de troubles psychiatriques post-partum, ils ont vérifié si elles avaient reçu des prescriptions de psychotropes ou si elles avaient été en contact avec un hôpital pour des troubles mentaux au cours des six premiers mois suivant leur premier accouchement.

Au total, 4 327 (1 %) femmes ont souffert de troubles psychiatriques après la naissance de leur premier enfant. Les chercheurs ont pu constater que 69% d’entre elles avaient ensuite continué à procréer, contre 82% des mères qui n’avaient pas souffert de problèmes psychiatriques. 

Si le premier enfant mourait, la différence entre les taux de naissances ultérieures disparaissait. En revanche, si le problème psychiatrique de la mère nécessitait une hospitalisation, la probabilité qu’elle ait un deuxième enfant diminuait de près de moitié, que le premier bébé ait survécu ou pas. 

Demander de l’aide à son psychiatre

Bien que moins de femmes souffrant de troubles psychiatriques post-partum aient eu des enfants par la suite, il est intéressant de noter qu'environ 69% de ces femmes ont quand même choisi d'avoir un deuxième enfant. Pour les 31 % de femmes restantes, nous devons différencier les raisons pour lesquelles elles n'ont pas eu d'autre enfant. Si elles ont évité une autre grossesse par crainte d'une rechute, un message clinique important pour elles est que la prévention des rechutes est possible. Les femmes dont le premier enfant est mort ont près de quatre fois plus de chances d'avoir une autre naissance vivante que les femmes dont le premier enfant a survécu. Ces résultats suggèrent que la réduction globale du taux de naissances vivantes ultérieures chez les femmes ayant souffert de troubles psychiatriques après la naissance de leur premier enfant est, au moins en partie, volontaire”, commente le docteur Xiaoqin Liu.

Nous leur recommandons de demander l'aide de leur médecin de famille ou de leur psychiatre si elles veulent avoir un autre enfant, afin de pouvoir planifier un traitement spécifique à leurs besoins individuels pour réduire le risque de rechute, et de pouvoir surveiller et traiter de près leur santé, leur bien-être et leurs symptômes”, poursuit-il. Toutefois, une autre explication pourrait être que les femmes ayant souffert de troubles psychiatriques post-partum ont des relations plus problématiques avec leur partenaire, avancent les chercheurs. 

Quelques limites à l’étude

Cette étude présente toutefois quelques limites. En effet, les chercheurs ne disposaient pas d'informations précises sur les morti-naissances ou les fausses couches ; seules les grossesses ayant abouti à une naissance vivante ont été incluses dans l'étude. Qui plus est, toutes les femmes souffrant de troubles psychiatriques n'ont pas forcément reçu de médicaments ou de traitement hospitalier. Enfin, peut-être les conclusions de cette étude ne peuvent elles pas s’appliquer à d’autres populations.  

"Le Danemark offre des soins de santé gratuits et facilement accessibles à tous les individus, nous pensons donc que nos résultats peuvent informer d'autres populations similaires, bien que nous ne puissions pas exclure des différences locales, détaille le docteur Liu, avant de conclure. La raison pour laquelle les femmes souffrant de troubles psychiatriques post-partum choisissent d'avoir moins d'enfants doit continuer à être étudiée.” 

Rejet social, discriminations et négligences…

Dans le monde, environ 450 millions de personnes souffrent de troubles mentaux. Ce qui les place dans les causes principales de morbidité et d’incapacité à l’échelle mondiale. S’il existe des traitements près des deux tiers des personnes malades n’iront jamais consulter un professionnel, déplore l’OMS. En cause : le rejet social, la discrimination et les négligences. 

La maladie la plus stigmatisée au monde est notamment la schizophrénie, ce qui entraîne bien souvent un retard de prise en charge car de nombreux patients refusent leur diagnostic. “Pour beaucoup de patients, recevoir ce diagnostic de schizophrénie est extrêmement douloureux parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les représentations populaires de cette pathologie. Ils intériorisent le stigmate véhiculé par la société”, expliquaient récemment des psychiatres à Pourquoi docteur à l’occasion des Journées internationales de la schizophrénie.

La dépression est quant à elle est le trouble mental le plus courant qui soit puisqu’une personne sur cinq sera touchée au moins une fois au cours de sa vie. En France, en 2017, près de 20% des Français âgés de 15 à 75 ans étaient concernés, avec une prévalence deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes, selon Santé Publique France. Plus inquiétant encore, 70% des personnes décédant par suicide souffriraient d’une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée. Car là encore, les idées reçues ont la vie dure et des conséquences désastreuses pour les malades.

En effet, d’après un sondage réalisé juin 2018 par Odoxa sur la dépression au travail, pour 57% des Français, la maladie laisse des séquelles importantes, qui diminuent les capacités. Ainsi, de nombreuses personnes pensent qu’une personne ayant souffert d’un épisode dépressif risque d’être psychologiquement fragile (78%), de connaître de nouveaux épisodes dépressifs (74%) et de nécessiter une attention supérieure (73%). Conséquences : seuls 22% des travailleurs affectés parleraient de leur dépression avec leurs collègues, 19% avec leur supérieur hiérarchique et 17% avec leur responsable des ressources humaines.