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Schizophrénie : intervenir tôt pour prévenir l’aggravation
Schizophrénie : intervenir tôt pour prévenir l’aggravation
Publié le 18.03.2019
Schizophrénie : intervenir tôt pour prévenir l’aggravation
KatarzynaBialasiewicz/istock

Schizophrénie : PREVENIR

Quels sont les principes de prévention de la schizophrénie ?

Une prise en charge la plus précoce possible peut éviter une dégradation de l’état mental du malade et un isolement trop marqué. C’est pourquoi les cliniciens cherchent à identifier des marqueurs de survenue et d’évolution de la maladie au stade précoce, dès la phase dite « prodromique » qui précède de plusieurs années l’apparition des signes positifs (hallucinations, délires) et négatifs importants. Les signes avant-coureurs peuvent être un début d’isolement de l’adolescent, un absentéisme scolaire, un malaise social, des émotions floues ou contradictoires, des angoisses... Ces symptômes sont non spécifiques mais peuvent s’associer à des symptômes plus classiques, mais atténués ou fugaces. Les personnes répondant à certains de ces critères cliniques ont une probabilité d’environ 1/3 de faire une transition psychotique dans les deux ans.
Cette identification précoce reste cependant difficile et entachée d’erreurs du fait du caractère peu spécifique dont disposent les médecins. Des marqueurs génétiques ou moléculaires (« biomarqueurs ») seraient nécessaires pour étayer la présomption. La grande hétérogénéité des symptômes que présentent les adolescents suspects complique le regroupement de profils de patients cohérents qui permettraient l’identification d’un arrière-plan génétique commun. De plus, cette grande hétérogénéité suggère qu’il existe, non pas une forme de schizophrénie, mais plusieurs, avec leurs caractéristiques cliniques et biologiques propres, celles-ci pouvant peut être nécessiter des prises en charge médicales personnalisées. Différents scores et tests génétiques de dépistage de la schizophrénie chez les adolescents à risque sont en train d’être élaborés dans les centres de référence sur la schizophrénie et pourront peut-être permettre prochainement de mettre en place suffisamment tôt des stratégies de prévention de l’aggravation des troubles.

Quels sont les facteurs de risque de la schizophrénie ?

La consommation de cannabis semble augmenter le risque de schizophrénie, mais avec une grande hétérogénéité en fonction des individus. Cet effet pourrait dépendre de la dose quotidienne (nombre de joints et leur teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol), de la durée d’intoxication et surtout de l’âge de début de l’exposition, ainsi que des susceptibilités génétiques individuelles.
Différents facteurs d’environnement comme le sexe masculin, le fait d’être immigrés, d’être dans une famille stressante avec un degré trop élevé d’exigences sociales. La recherche essaye de mieux comprendre l’influence des facteurs génétiques et environnementaux dans le déclenchement et l’évolution de la maladie. L’espoir est que ces recherches débouchent à court terme sur la mise en place de mesures de prévention, mais aussi de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques qui permettront de traiter la cause de la maladie, et non plus seulement ses manifestations cliniques.

Comment prévenir actuellement la schizophrénie ?

Des prises en charge spécialisées adaptées lors de cette phase prodromique chez des sujets à très haut risque pourraient permettre d'atténuer, voire de ne pas entrer dans la maladie, en renforçant la capacité de leur cerveau à passer outre à une éventuelle fragilité. Dans les pays qui ont mis en place des programmes de détection et d'intervention précoces, le taux de transition, c'est-à-dire le pourcentage des patients à risque qui développent une psychose, a chuté de quasiment un tiers. Diverses expériences menées en Australie ont ainsi visé à adapter et améliorer l’environnement familial et social des adolescents à risque (perturbations cognitives minimes, sexe masculin, immigrés, famille stressante avec degré trop élevé d’exigences sociales) : les résultats ont été intéressants, mais ne sont pas encore organisés en France.
En attendant, l’orientation rapide des jeunes en rupture scolaire ou sociale vers des consultations spécialisées est indispensable : elle permet une évaluation précise et multidisciplinaire de la situation. Elle peut aussi permettre de mettre en place une stratégie thérapeutique qui vise à prévenir le risque d’une possible transition vers une schizophrénie chez les sujets apparemment vulnérables. Ces stratégies ne sont, le plus souvent, pas médicamenteuses, mais comportementales (apprendre à gérer son stress) et psychosociales (réduction du stress et élimination des toxiques comme l’alcool, le cannabis et les psychostimulants).

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