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Mouvements des yeux

Autisme : un test oculaire pour améliorer le diagnostic

Par Jonathan Herchkovitch

Une partie des personnes atteintes de troubles du spectre autistique pourraient être diagnostiquées en observant leur mobilité oculaire.

Dubova/Epictura

Diagnostiquer l’autisme n’est pas chose facile. Les signes détectables sur le comportement n’apparaissent pas avant 18 mois, et ne sont pas spécifiques. Pour poser un diagnostic, il faut d’abord éliminer les autres pathologies pouvant mener à des symptômes similaires. De nombreux examens sont nécessaires, et lorsque les autres maladies ont été écartées, il ne reste plus – a priori – que l’autisme.

Les médecins sont donc en quête de tests permettant un diagnostic plus direct et rapide. Et des chercheurs de l’université de Rochester (États-Unis), qui ont analysé la littérature scientifique sur le sujet, pourraient en avoir trouvé un.

Les yeux sont le miroir de l’âme, dit-on. Il est surtout celui du cerveau pour les neuroscientifiques. En observant les mouvements rapides des yeux, ils pensent être capables de déceler des troubles du spectre autistique (TSA), au moins chez une partie des personnes atteintes.

Un sous-groupe de l’autisme

Parmi les différentes formes de troubles autistiques, les chercheurs de Rochester se sont intéressés à des personnes souffrant de TSA avec une atteinte au niveau du cervelet. Cette structure de l’encéphale, située à la base du cerveau, joue un rôle dans la motricité, mais aussi, dans une moindre mesure, dans la gestion de l’attention, du langage, ou encore des émotions.

Plus précisément, ils ont ciblé des enfants dont la petite partie centrale du cervelet, appelée vermis, était insuffisamment développée. Des atteintes de cette zone sont notamment associées à des problèmes de développement visuel, sensitif et moteur chez les enfants, qui affectent leurs interactions sociales, leur orientation visuelle et leur capacité à communiquer.

Leur but : trouver des éléments permettant d’objectiver leur déficit de manière clinique, afin d’identifier ce sous-groupe de l’autisme grâce à des tests simples, et reproductibles en cabinet médical.

 

Précision oculaire 

Il se sont donc penchés sur l’étude du mouvement des yeux. Lorsque notre attention se porte sur un nouvel objet, par exemple pour observer un passant alors qu'on lisait le journal, les yeux effectuent un mouvement rapide et précis de la page vers l’individu.

Ces mouvements demandent de l’entraînement, et sont régis par plusieurs ensembles neuromusculaires. Lorsqu’ils ne sont pas précis, que le regard manque sa cible, le système nerveux apporte des corrections.

Mais une atteinte du cervelet peut empêcher ces corrections. L’étude des réactions de 56 personnes souffrant de TSA à des tests évaluant cette capacité à passer d’un point à un autre a montré qu’ils mettent plus de temps à focaliser leur attention. Environ 30 % d’entre eux sont également incapables de s’adapter lorsque la distance entre les points varie.

Diagnostic et compréhension des TSA

Ce défaut d’adaptation pourrait donc être utilisé pour des tests diagnostiques. « Si ces déficits s’avéraient solidement associés à un sous-groupe d’enfants souffrant de TSA, des mesures de la capacité d’adaptation pourraient servir de méthode pour détecter ces troubles plus tôt », explique Edward Freedman, coauteur de l’étude.

Dans la recherche sur l’autisme, les chercheurs avancent encore à tâtons. Pour la compréhension des causes, des symptômes, et donc du diagnostic. Cette méthode pourrait, peut-être, améliorer ce dernier point. Chez des personnes déjà identifiées comme autistes, elle pourrait aussi aider à détecter une atteinte du cervelet, et ainsi à « classer » les différences dans les TSA. Et faire avancer les connaissances sur cette pathologie qui touche environ une personne sur 100 en France.