>
>
Autisme : une épidémie de troubles du développement de l’enfant

Autisme : une épidémie de troubles du développement de l’enfant

Publié le 24.02.2017
Autisme : une épidémie de troubles du développement de l’enfant
©123RF-Maria Dubova

L’autisme est un trouble envahissant du développement qui touche de plus en plus d’enfants ces dernières décennies et certains médecins parlent d’une « épidémie ». La recherche et le dépistage ont évolué et permettent un diagnostic de plus en plus précoce pour une prise en charge adaptée.

Autisme : COMPRENDRE

Des mots pour les maux
L'autisme est un trouble chronique appartenant aux « Troubles du Spectre Autistique » (« TSA ») ou « Troubles Envahissants du Développement » dans leur précédente nomination.

Qu'est-ce que l’autisme ?

L’autisme est un trouble chronique appartenant aux « Troubles du Spectre Autistique » (ou « TSA ») qui sont caractérisés par des altérations qualitatives des interactions sociales, des problèmes de communication (langage et communication non verbale), ainsi que par des troubles du comportement correspondant à un répertoire d’intérêts et d’activités restreint, stéréotypé et répétitif. Le handicap associé est variable, allant de léger à sévère. Il est presque toujours associé à des difficultés d’apprentissage.
L’autisme n’est ni un trouble psychologique, ni une maladie psychiatrique. Ce dysfonctionnement neurobiologique affecte tous les aspects du développement, que ce soit sur le plan intellectuel, moteur ou comportemental. L’autisme se caractérise par un isolement, une perturbation des relations avec les autres, des troubles du langage, de la communication en générale et un intérêt limité pour les activités qui sont souvent stéréotypées.
Les premiers signes apparaissent dans l’enfance, souvent pendant les trois premières années de vie. Les signes et leur sévérité varient d’un autiste à l’autre, entrainant un handicap plus ou moins important dans sa vie quotidienne. La communication et les interactions sociales resteront difficiles pendant toute la vie de l’autiste.
Aucun traitement ne permet à l’heure actuelle de guérir l’autisme. Mais, pour beaucoup d’enfants, les signes s’amélioreront avec une prise en charge spécifique et adaptée. De nombreux progrès ont été réalisés dans les domaines éducatifs et pédagogiques. Les thérapies et les interventions comportementales ciblent les signes et apportent des améliorations considérables. En grandissant, certains autistes pourront mener une vie normale ou quasi-normale, et même avoir une insertion socio-professionnelle. De nos jours, seuls les autistes les plus gravement atteints vivent en institution.

Qui est atteint par l’autisme ?

Toutes les études épidémiologiques montrent que l’autisme peut atteindre tous les enfants, quelle que soit leur origine sociale, le niveau d’éducation des parents ou encore l’origine ethnique : un enfant sur 100 est atteint.
Les garçons sont plus touchés que les filles (quatre garçons pour une fille). De même, lorsqu’un enfant est touché dans une fratrie, ses frères et sœurs ont plus de risque d’être atteints par un autisme, un syndrome d’Asperger ou un Trouble du Spectre Autistique : ce risque varie de 2 à 8 %.
Même si les critères diagnostics ont évolués, la fréquence de l’autisme est restée stable pendant trente ans, mais ces dernières années, elle augmente dans le monde entier de façon continue, devenant un problème inquiétant de santé publique. Depuis les années 2000, elle est passée de 5 enfants pour 10 000 à un enfant sur 100. L’hypothèse d’une « épidémie » est avancée et des facteurs génétiques et environnementaux expliquant ce trouble sont envisagés par les recherches les plus récentes.

Quels sont les signes de l’autisme ?

L’autisme est un trouble du développement d’origine neurobiologique dont le diagnostic se fait sur la base de signes altérant le comportement et du développement.
Il existe trois signes qui caractérisent l’autisme et permettent de faire le diagnostic :
• Des troubles de la communication, à la fois verbale et non verbale.
• Des perturbations dans les relations sociales.
• Des troubles du comportement comme des gestes stéréotypés et répétitifs, des rituels, ou des intérêts restreints.
La sévérité, l’âge de leur apparition ou les associations avec d’autres troubles (retard du développement intellectuel, ou épilepsie par exemple) varie d’un enfant à l’autre et dans le temps. Il existe autant de formes d’autisme qu’il existe d’autistes.
On distingue une forme précoce dans les premiers mois, une forme intermédiaire entre un et deux ans et une forme plus tardive après l’âge de deux ans, mais rarement après l’âge de trois ans.
Les premiers signes de l’autisme sont généralement détectés par les parents dès les deux premières années de vie de leur enfant, parfois même dès les premiers mois, et concernent souvent la communication verbale et non verbale :
• Des problèmes de compréhension. Le discours est stéréotypé et répété (répétition par exemple des dialogues de dessins animés).
• Des difficultés à utiliser le langage. Dans la moitié des cas, le langage est absent ou réduit à quelques mots. Il s’agit parfois d’écholalies (répétitions du discours de son interlocuteur) avec des intonations peu appropriées. Le « je » n’est pas utilisé.
• Une absence de réponse à l’appel de son prénom.
• Une fixité du regard, un regard dans le vague, ou une expression anormale des émotions sur le visage (« mimogestualité »).
Lorsque l’enfant grandit, des perturbations dans ses relations sociales apparaissent :
• Une absence de sourire en réponse à celui de ses parents ou des autres.
• Une absence de réaction lors des sollicitations.
• Un isolement et une indifférence. L’enfant ne cherche pas particulièrement à jouer et interagir avec les autres.
• L’impossibilité de deviner ce que les autres pensent.
• Des difficultés dans le partage des émotions.
• Un manque d’empathie et de compassion.
Le troisième pilier de signes, les troubles du comportement, apparaissent dès le plus jeune âge :
• Les jouets sont alignés ou agités inlassablement.
• Les jeux de rôle ou d’imitation sont impossibles.
• L’enfant est fasciné par des objets inhabituels (bouts de ficelle, plumes ou miettes).
• Les gestes sont stéréotypés (agitation des mains devant les yeux par exemple, déambulation ou sautillements).
• Il existe une hypersensibilité ou au contraire une indifférence aux bruits, au toucher ou à la douleur.
• Des difficultés d’adaptation au changement dans le quotidien.
• Des comportements auto-agressifs et des automutilations.
D’autres signes peuvent accompagner cette triade :
• Des troubles neurologiques, comme l’épilepsie (un tiers des autistes) ou l’hypotonie qui engendre une maladresse gestuelle.
• Un retard mental plus ou moins important dans 70 % des cas (40 % des autistes ont un QI inférieur à 50), ou au contraire des capacités intellectuelles importantes comme dans le syndrome d’Asperger (30 % des cas).
• Des troubles alimentaires avec un refus de la nourriture solide ou des habitudes mono-alimentaires (un seul aliment n’est accepté).
• Des troubles de la déglutition et de la mastication.
• Des troubles du sommeil (insomnies, réveils nocturnes, nuits courtes).
• Des troubles de la concentration et de la mémorisation.
• Des déficiences auditives ou visuelles (un tiers des autistes).

Quelles sont les causes de l’autisme ?

Les chercheurs ont actuellement suffisamment d’arguments pour dire que l’autisme est un trouble précoce du développement du cerveau, en particulier lors de la formation des réseaux neuronaux et des connexions (« synapses ») entre les cellules nerveuses (« neurones »).
Les causes de ce trouble neurobiologique restent floues mais leur origine est multifactorielle, avec une forte implication de facteurs génétiques. Etre un garçon et avoir des antécédents familiaux sont deux facteurs de risque reconnus : les troubles envahissant du développement sont en effet quatre fois plus fréquents chez les garçons que chez les filles. Et dans une fratrie où il existe déjà un enfant atteint, on estime que le risque de développer un autisme pour un nouvel enfant serait de 4 % si l’enfant déjà atteint est un garçon, de 7 % si c’est une fille.
Les données scientifiques disponibles montrent que les maladies cœliaques secondaires à une intolérance au gluten, la vaccination combinée contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) ou encore les caractéristiques psychologiques des parents ne sont pas des facteurs de risque d’autisme. L’idée selon laquelle l’autisme trouverait son origine dans des troubles de la relation entre la mère et son enfant est à présent totalement abandonnée.
La grande variété de tableaux autistiques, laisse penser aux chercheurs qu’il ne s’agit pas d’une seule cause mais bien d’une combinaison de plusieurs facteurs qui influenceraient plus ou moins chaque autiste dans l’apparition du trouble.
Il s’agit de causes génétiques (plusieurs gènes ont été identifiés), toxiques (les antibiotiques, l’acide valproïque, des antidépresseurs ISRS et l’alcool pendant la grossesse favoriseraient l’apparition d’un autisme chez l’enfant), infectieuses (rubéole ou rougeole chez la mère pendant la grossesse dans 10 à 30 % des cas), environnementales (hypothèse de l’influence des pesticides et de la pollution pendant la grossesse ou dans la petite enfance), en rapport avec le microbiote intestinal (modifications de la « flore intestinale » chez certains autistes), et psychologiques (antécédents de maltraitances chez la mère).
En revanche, ni le niveau social ou éducatif, ni l’origine ethnique, n’ont une influence sur l’apparition de l’autisme.

Qu’est ce que le syndrome d’Asperger ?

Le syndrome d’Asperger est une forme particulière d’autisme et les autistes Asperger représenteraient environ 30 % des autistes.
Il s’agit d’autistes à « haut niveau » intellectuel : ils n’ont pas de retard de langage mais ont au contraire des capacités de mémoire ou de concentration que n’ont pas la plupart des autistes. En revanche, ils souffrent des mêmes troubles des interactions sociales et des mêmes comportements stéréotypés.
Ce sont souvent des personnes intelligentes, perfectionnistes, exigeantes et avec une grande capacité d’analyse qui accordent une importance particulière aux détails. Leurs centres d’intérêt sont précis et sortent parfois de l’ordinaire (mathématiques, langues, dessin). Certains autistes Asperger sont connus pour parler plusieurs langues, faire de la recherche fondamentale ou dessiner avec une grande minutie des paysages.

Comment évolue l’autisme ?

L’évolution est très variable d’un autiste à une autre. L’autisme interfère dans tous les domaines de l’apprentissage et entraîne un développement disharmonieux. Certaines capacités s’améliorent avec le temps alors que d’autres ne se développent jamais.
L’évolution des signes et du handicap dépend de plusieurs facteurs : les conditions d’apparition des signes et leur précocité, leur intensité et le handicap engendré, la présence de troubles associés (retard mental, épilepsie, maladies physiques), les capacités intellectuelles, l’entourage familial, la précocité de la prise en charge, le projet personnalisé d’accompagnement, les mesures éducatives et pédagogiques, les soins médicaux, la disponibilité des infrastructures.
Le pronostic dépend du retard mental, de la présence d’une épilepsie associée, et de l’apparition du langage avant l’âge de 6 ans. Pendant la puberté, une aggravation peut apparaître pendant quelques années, avec un retour à l’état antérieur dans la plupart des cas. Certains autistes restent très handicapés toute leur vie, sans accéder au langage, alors que d’autres développent une autonomie personnelle et une intégration relativement adaptée. La grande majorité des autistes restent dépendants d’un accompagnement important tout au long de leur vie.

Quelles sont les complications de l’autisme ?

De nombreuses complications accompagnent l’autisme et doivent être traitées autant que possible.
Il faut prendre en compte les troubles sensoriels (hypersensibilité ou au contraire indifférence à la douleur, à la température, aux bruits, au goût, à la vue, au toucher ou aux sensations internes) et les troubles du comportement comme des automutilations (morsures, chocs répétés contre les murs) ou des crises de colère, de pleurs, de panique, voire d'agressivité.
Les crises d’épilepsie partielle ou totale doivent être traitées. Il peut exister une « sclérose tubéreuse » à l’origine de tumeurs bénignes dans les organes, notamment dans le cerveau. Dans certains cas, le retard mental est tel, avec un QI inferieur à 50, que les enfants doivent être pris en charge en institution spécialisée.
Le « syndrome de l’X fragile » est fréquemment associé, surtout chez les garçons, à des troubles digestifs avec des épisodes de diarrhées très importantes ou la consommation d’objets non alimentaires, ainsi qu’à des troubles du sommeil avec des difficultés d'endormissement et des réveils nocturnes.
Les autistes ont une santé fragile qu’il est important de surveiller régulièrement. Du fait des troubles du comportement, des gestes stéréotypés ou des automutilations, ils sont sujets à divers traumatismes physiques comme des plaies ou des fractures. Un soin particulier est aussi à accorder à l’hygiène dentaire.

DIAGNOSTIC >>
Sur le même sujet :
Fermer X
NEWSLETTER
Recevez toutes les semaines les meilleures infos santé
je m'inscris
je suis déja inscrit