Plus de 2,5 milliards d’adultes étaient en surpoids en 2022, selon une estimation de l’Organisation Mondiale de la Santé. Cet excès de poids corporel pourrait augmenter le risque de cancer. Dans Cancer Communications, des chercheurs du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), expliquent que le surpoids serait impliqué dans un nombre élevé de cas de cancer, plus important que ce que les études précédentes avaient estimé.
Surpoids et cancer : des biais méthodologiques minimisent l'impact de l'excès de poids
"Le surpoids et, plus particulièrement, l'obésité sont des facteurs de risque de cancer connus, rappellent-ils en préambule de leurs travaux. Des études antérieures estimaient qu'ils étaient à l'origine d'environ 2 à 8 % de tous les cas de cancer." Un chiffre certainement sous-estimé, selon Hermann Brenner, épidémiologiste au DKFZ, et auteur principal de cette recherche. Pour ce spécialiste, des biais méthodologiques ont pu minimiser l’impact du surpoids sur le risque de cancer. "La plupart des études sur l'obésité et le cancer se sont appuyées sur l'indice de masse corporelle (IMC), calculé à partir du poids et de la taille, indique-t-il. Or, l'IMC ne permet pas de distinguer la masse grasse de la masse musculaire et ne donne aucune indication sur la localisation de la graisse dans l’organisme." Or, il précise que la graisse abdominale est étroitement liée à des processus inflammatoires et à d'autres mécanismes favorisant le cancer.
Pour mieux comprendre les liens entre surpoids et risque de cancer, le scientifique et son équipe ont analysé les données de près de 460.000 personnes, femmes et hommes, suivis pendant une douzaine d’années. Au cours de cette période, plus de 50.000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués. Pour tous les participants, les scientifiques allemands ont comparé l'IMC, le tour de taille et le rapport taille-hanches pour déterminer la répartition des graisses. "Ces paramètres se sont révélés bien plus révélateurs du risque de cancer", observent-ils. Afin de limiter les biais, les chercheurs ont exclu les premières années de suivi de leur analyse. "Une proportion importante des cancers diagnostiqués au cours des premières années de suivi était probablement déjà présente au début de l'étude et avait déjà entraîné une perte de poids chez les personnes touchées", indiquent-ils.
Un cancer sur dix est lié à un excès de poids
Cette nouvelle méthode de calcul a augmenté significativement les estimations : les données obtenues montrent que 11,5 % des cas de cancer seraient liés au surpoids. "Cela signifie que plus d'un cas sur dix pourrait être lié à un excès de graisse corporelle", notent les auteurs. Ils ont également constaté que le lien entre cancer et surpoids est plus fort chez les femmes, en comparaison aux hommes.
"La prévalence de l'obésité continuant d'augmenter dans la plupart des pays alors que la population vieillit simultanément, le nombre de cas de cancer liés à l'obésité devrait continuer à croître de façon significative à l’avenir, prévient Hermann Brenner. Des stratégies efficaces de prévention et de traitement de l'obésité pourraient donc contribuer bien davantage à la prévention du cancer qu'on ne le pensait auparavant." Toujours selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 20 millions de nouveaux cas de cancer et 9,7 millions de décès liés à la maladie ont été recensés en 2022.



