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Conseil économique, social et environnemental

Guyane : deux fois plus de violences conjugales qu'en métropole

Par Audrey Vaugrente

Huit des onze territoires d’Outre-mer dénombrent davantage de violences conjugales que dans l'Hexagone.

OtnaYdur/epictura
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La lutte contre les violences faites aux femmes est à la peine en France. Les Outre-mer ne font pas exception, bien au contraire. 1,4 million de citoyennes vivent dans un territoire ultra-marin. Plus que leurs compatriotes de métropole, elles sont exposées à des violences au sein du couple et de la famille. Sans que les solutions adaptées soient déployées. Saisi à ce sujet, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) estime qu’un rattrapage est nécessaire.

Des violences nombreuses

Le niveau de violences faites aux femmes est comparable entre l'Hexagone et l’île de La Réunion. Ce département fait figure d’exception. En Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, les faits de brutalité sont 7 à 8 fois plus nombreux qu’en métropole. Le profil peut varier selon les zones. En Martinique et en Guadeloupe, par exemple, les violences physiques et sexuelles sont aussi fréquentes que sur le Vieux Continent. Mais les hommes subissent davantage d’atteintes psychologiques.


Proportion de femmes victimes de violences conjugales au cours des 12 derniers mois dans différentes études (Source : CESE)

Le décompte est simple : 8 des 11 territoires d’Outre-mer dénombrent davantage de violences volontaires au sein de la sphère familiale que la métropole. En tête, la petite île de Saint-Martin, située au nord de la Guadeloupe et à l’est de Porto-Rico. S’y ajoutent de problèmes de législation : les mariages arrangés ont toujours lieu dans certaines localités, et la notion de viol conjugal n’est pas toujours reconnue légalement.

Le constat établi, reste à trouver comment rétablir l’équilibre entre les DOM-TOM et la métropole. C’est justement l’objet de l’avis du CESE, remis ce 29 mars. Car si les violences sont plus nombreuses dans ces territoires, les possibilités d’en sortir sont bien moins développées pour les femmes qui en sont victimes. Résultat : alors que deux fois plus de violences conjugales sont signalées en Guyane, seules 10 % des victimes portent plainte.

Un budget plus important

Les rapporteurs de cet avis, Ernestine Ronai et Dominique Rivière, jugent donc nécessaire le lancement d’études et d’observatoires, afin de connaître précisément la situation et de développer les solutions adaptées. A ce titre, la mise en place du téléphone « Grave danger » est vivement recommandée, tout comme la création de lieux d’écoutes – y compris au sein des commissariats.

Mieux coordonner les acteurs, conclut l’avis du CESE. Cela passe par une sensibilisation de la population, la formation des professionnels, plus de prise en compte du psycho-traumatisme. Mais le cœur du problème reste le parcours de sortie, qui doit gagner en cohérence. « Ce qui nous semble manquer de manière criante, ce sont les moyens de mise en sécurité, les lieux d’hébergement, et la sortie de l’hébergement d’urgence vers du logement pérenne », explique Ernestine Ronai. Ces recommandations n’entreront en vigueur qu’à une condition, selon le CESE : plus de moyens alloués au budget des droits des femmes.