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Pr Bernard Hédon

Grossesse : privilégier les alternatives à l'ibuprofène

Par Anne-Laure Lebrun

ENTRETIEN. La prise d’ibuprofène au cours de la grossesse présente un risque pour le futur appareil génital et reproducteur de l'enfant. Mieux vaut ne pas en prendre.      

AndreyPopov/epictura

L’ibuprofène aurait un impact sur le développement du fœtus au cours de la grossesse. Une étude de l’Inserm publiée dans Scientific reports montre que cet anti-inflammatoire peut perturber le système hormonal dans le testicule fœtal, ce qui peut provoquer des anomalies du tractus urogénital masculin.
Ces effets secondaires graves seraient rapportés dès les premières semaines de la grossesse. De ce fait, les chercheurs recommandent d’utiliser avec la plus grande prudence ce médicament. Accessible sans ordonnance, l’ibuprofène serait consommé par au moins un tiers des femmes enceintes.

Pour le Pr Bernard Hédon, gynécologue-obstétricien au CHU de Montpellier (Hérault) et ancien président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), ces travaux confirment les effets de ces molécules durant la grossesse. Il rappelle que ce médicament doit être évitédurant ces 9 mois et que la meilleure alternative est l'absence de médicament. 


Pourquoi doit-on éviter l’ibuprofène pendant la grossesse ?
Pr Bernard Hédon :
Tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens, mais surtout l’ibuprofène, ont des effets secondaires au cours de la grossesse. Ceci est connu depuis longtemps. C’est d’abord une gêne au développement fœtal. On ne parle pas de malformations bien qu’il y ait de fortes suspicions pour certaines d’entre elles comme la non fermeture de la fente palatine et en fin de grossesse, au 3ème trimestre, la non fermeture du canal artériel, ce qui entraîne des difficultés d’adaptation à la vie aérienne pour le bébé.

Il y a donc des recommandations fortes pour éviter absolument l’ibuprofène et les anti-inflammatoires non stéroïdiens au 3ème trimestre de la grossesse. Pour le 1er et 2eme trimestre, il y avait une recommandation pour l’éviter dans la mesure, en particulier dans le cas où il n’y aurait pas de pathologie qui justifierait leur prescription. D’ailleurs, cela est une règle générale : quand un médicament n’est pas utile pour traiter une maladie il ne faut pas le prendre, et c’est particulièrement vrai pour les anti-inflammatoires.

L’étude de l’Inserm est donc une étude utile car elle vient rappeler ce que l’on savait mais peut-être pas de manière aussi forte et caractérisée que ce que l’étude met en évidence.

 

Quelles sont les alternatives à l’ibuprofène pendant la grossesse ?
Pr Bernard Hédon : 
D’abord, l’alternative c’est de ne pas se médicamenter inutilement. Prenons un exemple très classique au cours de la grossesse : la sciatalgie ou la lombalgie liée à la position spontanée prise par la femme enceinte du fait de son déplacement du centre de gravité vers l’avant. Elle a tendance à aggraver la lordose lombaire, ce qui peut entraîner des lombalgies, voire une sciatalgie. La recommandation est d’essayer de traiter par des postures, de la kinésithérapie douce plutôt que d’utiliser des anti-inflammatoires qui sont le traitement préconisé habituellement chez la patiente non enceinte.

Au point de vue médicamenteux, si on doit utiliser des anti-inflammatoires, on a en deux possibilités. Tout simplement l’aspirine, bien qu’à doses anti-inflammatoires, une contre-indication apparaît là aussi. Ou alors les corticoïdes. Ces anti-inflammatoires stéroïdiens ont une efficacité majeure et n’ont pas la dangerosité des non-stéroïdiens au cours de la grossesse.

Peut-on utiliser du paracétamol ?
Pr Bernard Hédon : 
Le paracétamol est un antalgique. C’est donc différent d’un anti-inflammatoire et il n’a pas du tout les mêmes contre-indications. Les craintes que l’on peut avoir avec le paracétamol n’ont rien avoir avec les craintes avérées et prouvées des anti-inflammatoires.
Mais encore une fois, il faut être raisonnable et éviter tout médicament qui pourrait être inutile et dont on peut se passer au cours de la grossesse. Feu vert pour prendre du paracétamol mais pas à doses massives et  de manière prolongée.
Toutefois, je ne veux pas susciter la crainte chez les patientes de manière excessive parce que lorsque l’on a mal à la tête, par exemple, prendre un paracétamol  soulage et il ne faut s’en priver. Mais il ne faut pas le prendre à dose forte ni de manière prolongée.