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Vieillissement

Restriction alimentaire : pourquoi moins manger protège-t-il notre cerveau ?

Par Stanislas Deve

Des chercheurs ont mis en évidence le rôle d'un gène expliquant pourquoi manger moins permet de retarder le processus de vieillissement du cerveau.

Deagreez / istock
Des chercheurs ont mis en évidence la manière dont la restriction alimentaire peut protéger le cerveau en retardant son vieillissement, et ainsi conjurer le risque de développer une maladie neurodégénérative avec l’âge.
Ils ont pu identifier un gène en particulier, appelé OXR1, qui affectait de manière significative la longévité en cas de restriction alimentaire, notamment en protégeant les cellules contre les dommages oxydatifs dans le cerveau.
"La restriction alimentaire affecte le gène OXR1. En mangeant moins, nous améliorons en fait ce mécanisme de tri des protéines dans nos cellules, car ces dernières améliorent l'expression de ce gène."

La restriction alimentaire, qui consiste tout simplement à manger moins, est connue pour améliorer la santé et augmenter l’espérance de vie. "Lorsque les gens limitent la quantité de nourriture qu'ils ingèrent, ils pensent généralement que cela pourrait affecter leur tube digestif ou leur accumulation de graisses, mais pas nécessairement que cela affecte aussi le cerveau."

Une équipe de scientifiques du Buck Institute for Research on Aging, aux Etats-Unis, vient de lever un peu plus le voile sur la manière dont la restriction alimentaire peut protéger le cerveau en retardant son vieillissement, et ainsi conjurer le risque de développer une maladie neurodégénérative avec l’âge.

Découverte d’un gène qui affecte la longévité en cas de restriction alimentaire

Pour parvenir à ces conclusions, publiées dans la revue Nature Communications, les chercheurs ont examiné des mouches à fruits de différentes origines génétiques. Certaines étaient nourries avec un régime alimentaire normal, d’autres étaient soumises à une restriction alimentaire (10 % de la dose normale). Les chercheurs ont réalisé en parallèle les mêmes expériences sur des cellules humaines.

Ils ont pu identifier un gène en particulier qui affectait de manière significative la longévité en cas de restriction alimentaire. Appelé "moutarde" ou mtd chez les mouches à fruits et "résistance à l’oxydation 1" ou OXR1 chez les humains et les souris, "ce gène protège les cellules contre les dommages oxydatifs dans le cerveau, et sa perte entraîne, chez l’humain, de graves anomalies neurologiques et une mort prématurée", peut-on lire dans un communiqué.

En voulant comprendre comment ce gène actif dans les neurones influence la durée de vie globale, l’équipe a découvert qu’OXR1/mtd affecte le rétromère, un ensemble de protéines nécessaires au recyclage des cellules. Or, le dysfonctionnement du rétromère a déjà été associé à des maladies neurodégénératives liées à l'âge, comme les maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

En mangeant moins, on améliore le recyclage des protéines dans nos cellules

"Nos résultats montrent que la voie rétromère, qui est impliquée dans la réutilisation des protéines cellulaires, joue un rôle clé dans la protection des neurones lorsque les nutriments sont limités", explique le professeur Pankaj Kapahi, qui a participé à l'étude. Il résume : "La restriction alimentaire affecte le gène OXR1. En mangeant moins, nous améliorons en fait ce mécanisme de tri des protéines dans nos cellules, car ces dernières améliorent l'expression de ce gène."

En outre, l'équipe a constaté que l'augmentation du mtd chez les mouches a permis de les faire vivre plus longtemps. Ce qui l’a conduite à supposer que, chez l'humain, l'expression excessive d'OXR1 pourrait aider à prolonger l’espérance de vie. "Notre prochaine étape consiste à identifier des composés spécifiques qui augmentent les niveaux d'OXR1 pour retarder le vieillissement du cerveau."