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Nature

Le moustique tigre attaque en France et la Floride a une parade

Par Jean-Guillaume Bayard

En France, le moustique tigre est désormais actif dans 63 départements. En Floride, une société de biotechnologie lance la contre-attaque. 

Noppharat05081977/iStock
Le moustique tigre se reconnaît par la présence de taches blanches sur ses pattes.
Il est dangereux car potentiellement porteur de plusieurs maladies, habituellement présentes dans les zones tropicales, comme la dengue, le chikungunya et zika.
En Floride, l'objectif est d'éradiquer ces maladies sans recourir à des insecticides chimiques dangereux tout en épargnant les autres insectes et en préservant l’environnement.

Chaque année, le moustique tigre grappille inexorablement du terrain. Les premiers ont été repérés en 2004, dans le sud de la France. En 2015, ils étaient présents sur la moitié du territoire. Cette année, six nouveaux départements sont placés en vigilance rouge, où le moustique tigre est implanté et actif, selon le site vigilance-moustique. La Mayenne, le Cantal, la Haute-Vienne, le Jura, la Drôme et le Doubs viennent porter à 63 le nombre de départements où le moustique-tigre s’est installé. Six autres départements sont passés en vigilance orange, c’est-à-dire que l'insecte y a été intercepté ponctuellement au cours des 5 dernières années. Il s'agit de l'Allier, le Loir-et-Cher, la Haute-Loire, l'Oise, l'Yonne et le Val d’Oise. 

Des insectes résistants qui gagnent du terrain

Le moustique tigre, que l’on reconnaît par la présence de taches blanches sur ses pattes, parvient à gagner du terrain grâce à la résistance de ses œufs. Ces derniers sont capables de survivre pendant trois mois, voire même jusqu’à neuf mois dans certains cas, en période de sécheresse. L’expansion du moustique tigre est étroitement surveillée par les autorités car cet insecte est porteur de plusieurs maladies, habituellement présentes dans les zones tropicales, comme la dengue, le chikungunya et zika.

L’an dernier, une commission d’enquête de l’Assemblée nationale s’est intéressée de près à ces insectes qui, selon elle, vont “représenter un risque sanitaire majeur sur l'ensemble du territoire" dans les “prochaines décennies”. Lutter contre le moustique tigre est complexe car il peut résister aux produits chimiques. Son caractère anthropophile, c’est-à-dire qu’il aime les lieux habités par l’Homme, fait qu’une fois installé dans un territoire, il est pratiquement impossible de s’en débarrasser. Lorsqu’il pique une personne infectée, il devient porteur et peut contaminer un autre individu. Des pièges spéciaux peuvent permettre de se protéger du moustique-tigre. Il est recommandé de porter des vêtements couvrants et clairs. Le site Moustique tigre info rappelle qu’il aime déposer ses larves dans de l’eau stagnante : vases, sous-pots, gouttières, toits plats, etc. Il faut donc veiller à ce que ces lieux ne recueillent pas d'eau stagnante.

En Floride, une contre-offensive de moustiques génétiquement modifiés

Pour tenter de les éradiquer, la Floride s’apprête à libérer 500 millions de moustiques génétiquement modifiés pour éliminer la population locale de cet insecte vecteur potentiel de maladies. Cette expérience, qui doit durer 18 mois et qui est poussée par la société de biotechnologie britannique Oxitec, a été approuvée en mai 2020 par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) américaine qui a délivré une autorisation spéciale permettant aux entreprises de tester de nouveaux pesticides sur le terrain. Dans ce cas précis, il s’agit de moustiques qui possèdent un gène spécifique, nommé OX5034, qui empêche toute progéniture féminine d’atteindre l’âge adulte. Le demi-milliard d’insectes qui seront lâchés sont tous des mâles, donc qui ne piquent pas les humains, et ils se reproduiront ensuite avec des femelles sauvages pour leur transmettre le gène afin d’éliminer à terme tous les moustiques femelles de la région.

Les moustiques ciblés par cette opération sont les Aedes aegypti, une espèce qui ne représente que 2 à 4% de la population de moustiques des Florida Keys mais qui sont d’importants vecteurs de maladies. L’objectif est de stopper la propagation de maladies telles que la dengue et zika, sans recourir à des insecticides chimiques dangereux, plaide Oxitec, tout en épargnant les autres insectes, comme les abeilles et les papillons et en préservant l’environnement.

Un projet qui fait débat

De nombreuses voix se sont élevées contre ce projet, arguant que le moustique transgénique et la population sauvage vont créer des hybrides génétiques. Des gobelets collecteurs vont être installés un peu partout dans la région afin de vérifier dans quelle mesure le génome modifié prolifère et si l’un des moustiques femelles parvenait à survivre et à se reproduire, l’expérience prendrait fin immédiatement, a affirmé Oxitec.

De nombreux habitants et des militants écologistes ont dénoncé une absence de consentement et un manque de transparence. “Pour les membres de la communauté qui vont être en première ligne de l’un des premiers lâchers massifs d’insectes OGM aux États-Unis, […] c’est une question de santé, de sécurité et d’environnement”, a estimé Dana Perls, responsable du groupe environnemental Friends of the Earth qui réclame des tests indépendants pour certifier que les produits d’Oxitec sont sûrs. Il n’est pas trop tard. L’EPA devrait appuyer sur le bouton pause, et comme il pourrait s’agir de la première dissémination d’insectes génétiquement modifiés à cette échelle, nous devons le faire correctement.”