- La consommation de crack est associée à une dégradation importante de la situation sociale et de la santé mentale des usagers.
- À Paris, "les femmes déclarent de manière significative plus fréquemment des quantités consommées élevées de crack par semaine."
- Ces dernières présentent un risque plus élevé de troubles psychiatriques (suicide, anxiété, dépression…).
Surnommé "cocaïne basée" ou "free base", le crack est est un dérivé du chlorhydrate de cocaïne, résultant de l’adjonction de bicarbonate d’ammoniac, selon l’OFDT. "Cette transformation permet une cristallisation de la poudre en petits cailloux, destinés à être fumés et, plus rarement, injectés." Cette drogue a des effets stimulants puissants et rapides que ceux du chlorhydrate. Leur apparition est plus rapide (1 à 2 minutes contre 15 à 30 minutes), mais leur durée est beaucoup plus courte (10 à 15 minutes contre environ une heure), ce qui conduit les usagers à une multiplication des prises. Ainsi, les consommateurs développent une addiction avec des complications psychiatriques (troubles cognitifs, dépression…), somatiques (complications respiratoires, infectieuses, cardio-vasculaires, neurologiques…) et sociales (rupture familiale, perte d’emploi, incarcération pour détention de produit illicite, etc.).
Les femmes déclarent "des quantités consommées élevées de crack par semaine"
Dans une nouvelle étude, publiée par Santé publique France, des chercheurs français ont voulu évaluer la prévalence des troubles psychiatriques chez les hommes et femmes faisant usage de crack à Paris. Pour ce faire, ils ont recruté 1.202 consommateurs, âgés de plus de 18 ans, de substances psychoactives, dont l’usage a été confirmé par un test urinaire. "Seules les données de ceux déclarant un usage de crack au cours des 30 derniers jours ont été analysées." La prévalence des troubles psychiatriques a été estimée par le biais d’un questionnaire de dépistage simplifié des troubles psychiatriques, puis d’une orientation vers "un intervenant sanitaire pour passation d’un questionnaire diagnostique psychiatrique standardisé suivi d’une évaluation par un psychiatre lorsqu’un trouble était diagnostiqué."
Les résultats ont montré que parmi les 1.202 participants, 485 avaient consommé du crack au cours des 30 derniers jours et bénéficié du circuit de dépistage. D’après l’équipe, il s’agissait majoritairement d’une population masculine (84 %) et précarisée (50 % ne bénéficient pas d’un hébergement durable, 31 % ne bénéficient d’aucun droit de base à la sécurité sociale et 41 % d’aucune couverture complémentaire). Le crack était quasi-exclusivement fumé (96 %), parfois injecté (7%), rarement sniffé (1%), et est consommé depuis 5 ans ou plus chez plus de 70 % des usagers. "Les femmes déclarent de manière significative plus fréquemment des quantités consommées élevées de crack par semaine."
Crack : les consommatrices présentaient une santé mentale nettement plus dégradée
Les travaux ont révélé que 38 % des volontaires présentaient au moins un trouble psychiatrique et 20 % plusieurs. "La prévalence corrigée d’au moins un trouble psychiatrique était de 43,5 %." Les consommatrices sont particulièrement à risque au niveau psychiatrique avec des prévalences alarmantes (62 % présentent au moins un trouble contre 34 % chez les hommes), notamment en ce qui concerne le risque suicidaire, les antécédents de tentatives de suicide et le trouble anxieux. Elles sont 24 % à présenter un épisode dépressif passé et 33 % plusieurs troubles simultanément. Ces dernières ont également déjà été plus souvent hospitalisées en psychiatrie que les hommes. "Ceci, malgré des indicateurs de précarité moins marqués (elles bénéficient plus souvent d’un domicile stable, d’une couverture sociale, et ont moins souvent été incarcérées que les hommes)."
Face à ces chiffres, les auteurs soulignent la nécessité de faciliter l’accès aux soins, reposant sur des dispositifs différenciés et innovants et en tenant notamment compte du genre.



