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Santé reproductive

Coronavirus : l'accès à l'IVG fragilisé pour les femmes américaines et françaises

Par Anaïs Col

Depuis le début du confinement, à cause de la restriction des déplacements et des délais parfois plus longs, les femmes désirant avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) font parfois face à de grosses difficultés.

Tero Vesalainen/iStock

Si les hommes semblent plus à risque de développer une forme sévère de Covid-19, les femmes sont exposées à d'autres risques, notamment liées à leur santé sexuelle et reproductive. Dans certains Etats américains, la crise sanitaire actuelle sert en effet d'excuse aux gouverneurs pour interdire aux femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG).

L'accès à l'IVG rendu difficile aux Etats-Unis

Les États du Texas, de l'Ohio, de l'Alabama et de l'Oklahoma ont tenté d'interdire la plupart des IVG, c'est-à-dire celles jugées non urgentes pour la vie ou la santé de la mère, sur la base que tous les lits d'hôpitaux devaient être réquisitionnés pour les patients covid.

La cour d'appel des Etats-Unis s'est prononcée en faveur de cette interdiction dans l'Etat du Texas, y compris pour les IVG médicamenteuses, mais une nouvelle ordonnance a permis aux centres d'avortement texans de pratiquer en échange de lits disponibles pour les patients covid.

The American College of Obstetricians and Gynecologists (qui regroupe 58 000 obstétriciens-gynécologues et professionnels de la santé des femmes) a récemment rappelé dans un communiqué que l'IVG ne devait pas être considérée comme une procédure pouvant être reportée à cause de la pandémie : “Ce service est sensible au facteur temps, un retard de plusieurs semaines, voire de plusieurs jours, peut augmenter les risques ou le rendre complètement inaccessible.” 

La demande est en baisse en France

En France, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, avait assuré que le droit à l'avortement serait maintenu pendant le confinement. Cependant, la demande est en baisse dans tout le pays et certains centres du planning familial sont fermés : “D'habitude, j’en ai au moins deux ou trois par semaines, et là, ça fait bien quinze jours que je ne suis pas allé au bloc opératoire, explique à France Bleu Martial Pardon, orthogéniste au centre hospitalier intercommunal de Haute-Saône, à Vesoul. Je pense que les patientes ne savent pas que nos services fonctionnent toujours normalement. Les opérations non-urgences ont été décalées, mais ça ne concerne pas les IVG.”

Début avril, la Haute Autorité de la santé (HAS) a accepté d'étendre la période autorisée pour procéder à une IVG médicamenteuse à domicile jusqu'à la septième semaine de grossesse (ou neuf semaines d'aménorrhée) en raison des circonstances exceptionnelles auxquelles fait face le pays. Dans un courrier adressé le 23 avril à plusieurs associations et parlementaires, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a indiqué que le délai légal de 12 semaines de grossesse pour pratiquer une IVG chirurgicale pourrait être exceptionnellement dépassé, à condition que les médecins invoquent le motif de “détresse psychosociale”

Les Français obligées d'aller avorter à l'étranger 

Malgré tout, “ces quinze derniers jours, via notre numéro vert*, on a reçu une cinquantaine d’appels de femmes contraintes d’aller avorter à l’étranger, pour cause de dépassement du délai légal en France, contre 19 à la même époque l’année dernière, explique à Libération, Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial. Or, se déplacer entraîne des craintes de contracter le virus, et nécessite de se procurer une attestation d’un médecin justifiant des soins urgents à l’étranger pour pouvoir passer la frontière. Certaines ont été bloquées à la frontière. Et pour les sans-papiers ou les mineures, c’est quasi-mission impossible.” 

Le fait que le droit à l'avortement soit à ce point fragilisé impacte considérablement la liberté, le bien-être psychologique et la santé des femmes. C'est pourquoi les associations réclament que le délai légal maximal de 12 semaines de grossesse pour pratiquer une IVG chirurgicale soit porté à 14 semaines.

Avec le confinement, certaines femmes n’étaient pas sûres d’être autorisées à sortir pour acheter un test de grossesse, déplore Caroline Rebhi. D’autres font face à des centres d’échographie qui ne considèrent pas l’IVG comme un soin prioritaire, ou tout simplement à des délais trop longs pour obtenir un rendez-vous.” Toutefois, le ministre de la Santé considère ce sujet comme étant “trop important pour être traité dans l'urgence”.

*Le numéro vert national du Planning familial est toujours ouvert (0 800 08 111).