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Eczéma atopique : des conséquences psychologiques importantes

Par Raphaëlle de Tappie

D'après un sondage paru ce lundi 27 janvier, les deux tiers des personnes atteintes d'eczéma, la troisième maladie chronique de peau en France, rapportent un effet négatif sur leur moral et leur estime d'elles-mêmes. 

Sinhyu/iStock

L’eczéma atopique ou dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique de la peau due à une anomalie de la réponse immunitaire de l’organisme et à une déficience de la barrière cutanée. Elle se caractérise par une peau sèche, avec des lésions érythémateuses assez disséminées et des démangeaisons. En Europe, il affecte 4 % de la population adulte. Au-delà des désagréments physiques évidents qu’il entraîne, il aurait également des répercussions graves sur la santé psychique des personnes qui en souffre. En effet, les malades auraient tendance à être la cible de moqueries de leur entourage, ce qui aurait des effets négatifs sur leur estime d’eux-mêmes, leur vie sociale, professionnelle ou sentimentale. Tel est le résultat d’une étude iFop parue ce lundi 27 janvier intitulée Les Français face à l’eczéma.  

D’après ce sondage, 88% des Français ont déjà été affectés par une maladie de peau. Dans le détail, plus d’un Français sur trois (34%) a déjà été affecté par de l’eczéma, ce qui en ferait la troisième maladie chronique de peau la plus répandue dans l’Hexagone, après l’acné (59%) et les mycoses (43%). Malheureusement, les des deux tiers des personnes actuellement touchées rapportent un impact négatif de la maladie sur leur moral (69%) et leur confiance en eux (68%). Qui plus est, près d’un malade sur deux dit avoir déjà fait l’objet d’une forme d’exclusion ou de moquerie de la part de son entourage.

Et cette maladie a beau être très courante, elle reste très méconnue. Ainsi, 25% des personnes interrogées ignorent savoir “précisément de quoi il s’agit” quand on leur parle de dermatite atopique.

Découragés, beaucoup de patients se tournent vers des médecines alternatives 

Cette dernière “débute le plus souvent chez le nourrisson à partir de l’âge de 3 mois. C’est une affection de la peau responsable de démangeaisons très intenses régulières avec des poussées aiguës. Le caractère génétique donc familial est bien établi avec un risque de transmission de 60 % si un parent est atteint et de 80 % si les 2 parents sont touchés. D’autres manifestations telles qu’un asthme, une rhinite ou une conjonctivite allergique sont souvent associées. Sur le plan thérapeutique, la dermatite atopique a longtemps été le parent pauvre en dermatologie avec essentiellement des soins locaux. Aujourd’hui, il est possible de proposer d’autres solutions thérapeutiques, c’est une source d’espoir pour les malades touchés par cette maladie”, explique le professeur Jean-Luc Schmutz, chef du département de dermatologie et d’allergologie du CHRU de Nancy, en commentaire de l’enquête.

Malgré tout, les patients ont surtout tendance à s’adresser à leur généraliste (79%) et plus d’un sur trois n’est jamais allé consulter un dermatologue (34%), pourtant le seul expert de la maladie. Ce manque d’informations et l’impression qu’il n’existe aucune solution médicale pour soigner leur problème conduisent de nombreux malades à se tourner vers des “soignants alternatifs” comme les magnétiseurs (18%), les acuponcteurs non-médecins (16%) ou encore les marabouts et autres guérisseurs (15%).

“L’efficacité relative des traitements jusqu’à présent et une grande méconnaissance de la population quant à cette maladie complexe et chronique ont pu orienter certains patients vers la recherche de médecines alternatives. Heureusement, la dermatite atopique entre dans une révolution thérapeutique”, commente le professeur Laurent Misery, chef de service de dermatologie et vénérologie au CHRU de Brest et auteur du livre Votre peau a des choses à vous dire

L’injonction d’arrêter de se gratter 

Sans surprise, cette méconnaissance globale de la maladie et les désagréments physiques qui lui sont liés ont des effets négatifs sur la qualité de vie de la grande majorité des malades. Parmi ceux qui se grattent plus de 11 fois par jour, 87% rapportent des conséquences néfastes sur leur bien-être physique. Au niveau de l’estime soi, les femmes et les jeunes de moins de 25 ans sembleraient particulièrement affectés (respectivement 63% et 73% des sondés). Ainsi, l’eczéma fragilise psychologiquement les personnes qui en souffrent. Plus de la moitié des malades (52%) rapportent donc s’être déjà exclus d’eux-mêmes d’au moins une activité de loisirs, sociales ou professionnelle.

“L’eczéma atopique (ou la dermatite atopique) apparait parfois dès la petite enfance, très fréquent et peut être très invalidant. Il se caractérise par une peau sèche, avec des lésions érythémateuses assez disséminées et des démangeaisons. Le retentissement physique est donc évident. Mais les conséquences psychiques sont aussi importantes, pouvant aller jusqu’aux idées suicidaires”, explique Laurent Misery. 

D’après le sondage Ifop, 45% des patients atteints disent avoir déjà fait l’objet d’une forme d’exclusion ou d’opprobre de la part de leurs proches, surtout en ce qui concerne l’injonction d’arrêter de se gratter. Enfin, 26% des personnes ayant souffert d’eczéma ont déjà fait l’objet d’au moins une forme d’harcèlement ou d’agression d’ordre verbal (moqueries désobligeantes, insultes) en raison de leurs lésions cutanées.