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Congrès européen de diabétologie

Diabète après 30 ans : 20% d’erreurs diagnostiques et un mauvais traitement à la clé

Par Dr Philippe Montereau

De nombreux cas de diabète qui surviennent après l'âge de 30 ans sont diagnostiqués comme des diabètes de type 2 alors que ce sont des diabètes insulinodépendant (type 1). Le traitement y est inadapté dans près d’un cas sur 2.

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Une étude révèle que 21% de ces diabétiques diagnostiqués après l'âge de 30 ans comme des diabètes de la maturité (diabètes de type 2) ont en réalité un déficit de sécrétion d’insuline sévère d’emblée, ce qui confirme qu’il s’agit de diabètes de type 1, insulinodépendants. Sur ce groupe, 39% n'ont pas reçu d'insuline lors du diagnostic initial et 84% des malades ont eu besoin de recourir à l'insuline en moins d'un an.

Après 30 ans, une évolution rapide vers la dépendance à l'insuline est un facteur prédictif de l'apparition d'un diabète de type 1, or 46% de ces diabétiques avaient été diagnostiqués pas erreur, diabète de type 2 (non insulinodépendant).

Une remise en cause du diagnostic

Le Dr Nick Thomas et ses collègues de l'Université d'Exeter, ont analysé spécifiquement une population de 583 personnes souffrant d’un diabète insulino-dépendant apparu et diagnostiqué après l'âge de 30 ans.

Leurs caractéristiques ont été comparées à celles d'autres diabétiques dont le pancréas produisait encore un peu d'insuline, ainsi qu'à 220 personnes ayant une insulinodépendance sévère diagnostiqué avant l'âge de 30 ans.
Les chercheurs ont posé le diagnostic de diabète de type 1 si le diabète débutait après 30 ans et avait une dépendance rapide à l'insuline (dans les 3 ans suivant le diagnostic initial), associé à un déficit grave de la production d'insuline par le pancréas.
Le diabète de type 1 apparaît aussi à l’âge adulte

Parmi ces diabétiques de plus de 30 ans et devenus insulinodépendants en moins de 3 ans, 44% ont développé une grave insuffisance de la sécrétion en insuline. Leurs caractéristiques cliniques, biochimiques et génétiques se sont révélées très comparables à celles des diabétiques de type 1 diagnostiqués avant l’âge de 30 ans.

A l’inverse, les diabétiques qui conservaient une production d’insuline résiduelle avaient des scores de risque génétique du diabète de type 1 nettement inférieurs, une positivité des anticorps moins fréquente (liée à la une réponse immunitaire qui endommage les cellules du pancréas) et un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé.

Importance du retard de traitement

Lorsque le traitement par insuline était retardé, il s’agissait de patients plus âgés en moyenne (48 ans contre 41 ans pour ceux qui recevaient de l'insuline immédiatement) et seulement 50% d'entre eux pensaient avoir un diabète de type 1 (par rapport à 96% de ceux qui avaient reçu de l'insuline lors du diagnostic initial). Ces patients étaient également beaucoup plus susceptibles (29% contre 7%) d'avoir reçu des médicaments hypoglycémiants par voie orale pour tenter de contrôler leur maladie.

Le Dr Thomas a déclaré: "Ce diabète de type 1 qui conduit à une carence sévère en insuline présente des caractéristiques cliniques et biologiques similaires à celles observées chez les plus jeunes, mais il est souvent non diagnostiqué."

Une maladie auto-immune

Le diabète de type 1 est traditionnellement le diabète qui se déclare dans l’enfance, mais depuis quelques années il est reconnu qu’il se développe aussi à l’âge adulte (le 1er Ministre Britannique, Mme Theresa May, en est un exemple fameux). Il se caractérise par une perte rapide de la production d'insuline, car les cellules de Langerhans qui produisent l’insuline dans le pancréas sont attaquées et détruites par le système immunitaire du corps (maladie auto-immune).

Les personnes atteintes perdent la capacité de fabriquer leur propre insuline et ont donc besoin d’injections régulières d'insuline pour contrôler leur taux de sucre dans le sang (glycémie), sous forme d'injections ou via une pompe. Contrairement à de nombreux malades souffrant de diabète de type 2, ces diabètes de type 1 ne peuvent pas se traiter en suivant simplement un régime alimentaire, en faisant de l'exercice et en prenant des médicaments par voie orale.

Selon le Dr Thomas : "Les cliniciens doivent savoir que la majorité des adultes nécessitant de l'insuline dans les 3 ans suivant le diagnostic sont atteints de diabète de type 1, même si on pensait initialement qu'ils étaient atteints de diabète de type 2 et qu'ils n'avaient pas besoin d'insuline lors du diagnostic."