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Toxicités

Cancer : il est possible de prévenir une bonne partie des effets toxiques des chimiothérapies

Par Dr Philippe Montereau

Un déficit enzymatique qui n’est pas si rare serait responsable de 10 à 40% des toxicités aiguës graves lors de la chimiothérapie à base de sels de 5-FU. Un test diagnostique est désormais recommandé.

sudok1/epictura

Certaines chimiothérapies utilisées dans environ 60% des traitements anticancéreux (sein, ORL, colon et rectum), seraient à l’origine de près de 200 décès de malades chaque année en France.

Il s’agit des polychimiothérapies à base de fluoropyrimidines, c’est-à-dire le 5-FU, ses sels dérivés et sa prodrogue, la capécitabine lorsqu’elles sont administrées sans ajustement de dose à des malades qui ont un déficit total en « DPD » (dihydropyrimidine déshydrogénase), l’enzyme qui est naturellement responsable de l'élimination des fluoropyrimidines par le corps.

Des toxicités sévères et des retards de traitement

De plus, ces chimiothérapies à bases de 5-FU induisent des toxicités sévères chez 10 à 40 % des patients. Ces toxicités sévères sont suffisamment invalidantes pour nécessiter une hospitalisation : diminution du nombre de cellules sanguines comme une anémie ou une leucopénie, diarrhées, vomissements, déshydratation voire coma.

Quand elles ne sont pas assez sévères pour entraîner une hospitalisation, les toxicités au 5-FU sont néanmoins responsables d’une perturbation du protocole thérapeutique normal avec des retard de traitement et des sous-dosages ultérieurs qui obèrent l’efficacité.

Un déficit pas si rare mais imprévisible

On estime qu’entre 3 et 10% des malades cancéreux ont un déficit partiel en DPD et entre 0,1 et 0,5% un déficit total en DPD, ce qui les rend partiellement ou totalement intolérants au 5-FU. Pour ces personnes, qui n'ont aucun facteur de risque, l’utilisation de ces molécules à une dose standard peut être à l’origine de nombreuses toxicités, sévères voire mortelles. 

Si l’on ignore ce déficit, prescrire du 5-FU à dose normale à tous les malades de revient à « jouer à la roulette russe », car même si des antagonistes existent, leur mise en route doit se faire dans les 96 heures suivant le début de la toxicité.

Un test diagnostique multiparamétrique

Différentes méthodes de diagnostic existent, mais elles ont chacune leurs insuffisances : 84% de diagnostiques pour les tests phénotypiques et 33% pour les tests génotypiques.
Ainsi, seuls les tests multiparamétriques, c’est-à-dire regroupant les 2 méthodes, peuvent trouver 100% des déficits enzymatiques et ainsi permettre d’administrer ces traitements à la bonne dose.

Le problème du prix

Une circulaire administrative de l'ANSM rend quasiment obligatoire le dépistage d’un déficit en DPD dans ces circonstances, afin d’éviter les toxicités qui risquent de survenir, le problème est que le remboursement de ce test (190 Euros) n’est pas abordé.

Si cette dépense lors d’une chimiothérapie réalisée en hospitalisation peut être prise en charge dans le forfait hospitalier, avec une réduction des ressources des hôpitaux et cliniques en une période où les déficits sont fréquents, sont remboursement n’est pas prévu dans le cadre d’un traitement ambulatoire.

Un élément de blocage probable pour la parfaite application de ce dépistage pourtant essentiel.