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Alopécie androgénétique

Calvitie : un traitement contre l’ostéoporose stimule par surprise la croissance du cheveux

Par Charlotte Arce avec la rédaction

Initialement conçu pour le traitement de l’ostéoporose, un médicament aurait pour effet secondaire de stimuler de manière spectaculaire la croissance de cheveux à partir de follicules pileux greffés. Un nouvel espoir pour les femmes et les hommes souffrant de calvitie.

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Après des années de recherche et d’essais de traitements, c’est peut-être un médicament initialement conçu pour lutter contre l’ostéoporose qui viendra à bout de la calvitie, ou alopécie androgénétique.

Actuellement, seuls deux médicaments sont disponibles sur le marché pour traiter la calvitie masculine : le minoxidil et le finastéride. Cependant, en plus de leurs effets secondaires, tous deux produisent des résultats décevants de repousse des cheveux, contraignant les patients à se tourner vers la greffe pour recouvrer leur chevelure.

Un projet de doctorat dirigé par le Dr Nathan Hawkshaw s’est intéressé au développement de nouvelles façons de stimuler la croissance des cheveux humains, avec l’espoir de trouver un nouveau traitement de la calvitie. Ses travaux ont été publiés dans la revue PLOS Biology.

La cyclosporine A comme traitement

Rattachés au centre de recherche en dermatologie de l'Université de Manchester, en Angleterre, le Dr Hawkshaw et son équipe ont commencé par analyser un médicament immunosuppresseur connu depuis longtemps pour provoquer la croissance des cheveux en tant qu'effet secondaire : la cyclosporine A (CsA).

Fréquemment utilisée depuis les années 1980, la cyclosporine A empêche les rejets de greffe et les maladies auto-immunes. Ce médicament présente souvent des effets secondaires graves ou impressionnants. Parmi eux, la pousse de cheveux cosmétiquement indésirables.

L'équipe de chercheurs a procédé à une analyse complète de l'expression génique de follicules pileux isolés du cuir chevelu humain traités à la CsA. Il s’est avéré que la CsA réduit l'expression de SFRP1, une protéine inhibant le développement et la croissance de nombreux tissus, y compris les follicules pileux.

Inédite, l’étude menée par l’équipe du Dr Hawkshaw a mis en lumière un mécanisme d'action complètement nouveau de cet immunosuppresseur ancien et largement utilisé. Elle révèle aussi que le mécanisme inhibiteur de SFRP1 n’a aucun lien avec les activités immunosuppressives du CsA. Cela fait de la protéine SFRP1 une nouvelle cible thérapeutique très prometteuse pour les stratégies de lutte contre la perte de cheveux.

La molécule WAY-316606

Mais les travaux des chercheurs ne se sont pas arrêtés là. Ils ont aussi découvert qu'un composé développé à l'origine pour traiter l'ostéoporose, appelé WAY-316606, cible le même mécanisme que la CsA, en s'opposant spécifiquement au SFRP1. Utilisé de manière externe, WAY-316606 a amélioré efficacement la croissance des cheveux humains de la même manière que la CsA, mais sans ses effets secondaires.

"Grâce à notre collaboration avec un chirurgien local spécialisé en transplantation capillaire, le Dr Asim Shahmalak, nous avons pu mener nos expériences avec des follicules pileux du cuir chevelu qui avaient été généreusement donnés par plus de 40 patients et qui ont ensuite été testés dans des cultures d'organes", explique le Dr Hawkshaw. "Cela rend notre recherche cliniquement très pertinente, car de nombreuses études de recherche sur les cheveux n'utilisent que la culture cellulaire."

Jusqu’ici, la molécule WAY-316606 "n’avait jamais été considérée dans un contexte de perte de cheveux", poursuit le spécialiste, qui affirme qu’elle "pourrait un jour faire une réelle différence pour les personnes souffrant de calvitie". Toutefois, nuance-t-il, un essai clinique est encore nécessaire pour s’assurer que le médicament est efficace et sûr chez les patients perdant leurs cheveux.

Vaincre la calvitie grâce au McDonald's

En France, 10 millions d’hommes et 2 millions de femmes souffrent d'alopécie, c'est à dire d'accélération de la chute des cheveux ou des poils. Un problème sérieux qui peut entraîner des complexes et un mal-être profond. Les scientifiques ont mis au point plusieurs traitements pour stimuler la repousse du cheveu. Une molécule trouvée dans les frites McDonald's serait même efficace.

En effet, en février dernier, des scientifiques japonais sont parvenus à faire repousser des poils sur des souris grâce à un ingrédient chimique. Il permet de fabriquer des germes de follicules pileux. Ces cellules permettent de développer les follicules pileux, et ainsi de lutter contre la perte de cheveux et la calvitie. C’est la première fois que ce germe est recréé dans des proportions aussi grandes pendant une étude scientifique. Leur méthode a permis de produire d’un coup 5000 germes de follicules. Ce traitement capillaire serait efficace chez les hommes uniquement. 

L’ingrédient miracle qui a permis aux chercheurs d’obtenir ce résultat est le diméthylpolysiloxane perméable à l’oxygène. Ce produit est mis dans l’huile des friteuses du géant américain du burger. Il évite que l’huile ne mousse et qu’elle soit projetée, ce qui risquerait de causer des brûlures. Ses effets sur la calvitie sont en partie liés au fait que cette substance laisse passer l’oxygène.  

Qu'est-ce qui provoque la calvitie ?

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte, mais la principale cause de la calvitie est un excès d'hormones mâles (alopécie androgénique). Une étude menée en février 2017 par l’université d’Edinbourg (Royaume-Uni) avançait que la perte de cheveux est associée à une prédisposition génétique qui impliquerait 287 variants génétiques. 

La plupart des variations génétiques identifiées sont liées à la structure des cheveux et à leur développement. La chute en elle-même pourrait être provoquée par des modifications hormonales. En effet, les gènes sont souvent situés sur le chromosome X et sont liés aux récepteurs des androgènes. "Nombre de signaux génétiques associés à la calvitie masculine viennent du chromosome X, que les hommes héritent de leur mère", expliquait à l'époque l'auteure de l'étude, Saskia Hagenaars.