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Infection alimentaires

Listériose : une infection qui peut être grave chez la femme enceinte et la personne fragile

Par Dr Philippe Montereau

La listériose est une infection bactérienne qui est d’origine alimentaire. Liée à un germe ubiquitaire, elle peut être très grave chez les sujets fragilisés et chez les femmes enceintes.

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La listériose est une infection grave, d’origine alimentaire, due à une bactérie : Listeria monocytogenes. Cette bactérie est le plus souvent cause de troubles digestifs mineurs, avec diarrhée, chez les personnes en bonne santé.

Toutefois, des formes graves peuvent survenir, en particulier dans les populations fragilisées (personnes âgées ou immunodéprimés), et chez la femme enceinte où elle représente une menace pour le fœtus ou le bébé.

Les formes graves consistent en une infection générale du sang, une septicémie ou une infection du système nerveux central. Chez la femme enceinte, l’infection de l’utérus peut provoquer une fausse couche, un accouchement prématuré ou une infection grave du bébé (infection néonatale).

La listériose est rare

En France, la maladie est rare (incidence de 5 à 6 cas par million d’habitants), mais est mortelle dans 20 à 30% des cas survenant en dehors de la grossesse.

Chaque année, 300 à 400 cas de listériose environ sont enregistrés en France. Il s’agit de cas isolés les uns des autres (« sporadiques »), aucune épidémie n’a été identifiée en France depuis 2003.

La listériose est une infection qui peut devenir grave chez certaines personnes fragilisée dont l’état physique précaire permet à la bactérie de se développer plus facilement : les personnes âgées, celles souffrant d’un cancer, d’une maladie du sang ou du foie (cirrhose...), les diabétiques insulinodépendants, les personnes greffées et celles dont le système immunitaire est affaibli (traitement immunosuppresseur, maladie auto-immune, infection par le VIH...)

La bactérie est fréquente et ubiquitaire

Listeria monocytogenes, la bactérie responsable de la listériose, est très répandue dans l’environnement (elle est ubiquitaire) et résistante dans le milieu extérieur (sol, lacs, rivières, eaux d’égouts ou de baies, végétation principalement en décomposition...).

Du fait de ce caractère ubiquitaire et de sa résistance, cette bactérie a la capacité à coloniser les sites de fabrication des aliments. Ainsi, de nombreuses personnes ingèrent assez fréquemment de petites quantités de Listeria monocytogenes, sans qu’aucun problème sévère n’apparaisse en dehors de troubles digestifs, avec parfois des diarrhées. 

Elle est aussi à l’origine d’intoxications d’origine alimentaire, voire d’épidémies en cas de diffusion de l’aliment contaminé.

Pas de modification du goût des aliments

Le mode de contamination le plus fréquent chez l’homme est la consommation d’aliments contaminés par Listeria monocytogenes. La bactérie n’altère pas le goût des aliments, contrairement à la plupart des autres pathogènes transmis par voie alimentaire, ceci explique la possible ingestion répétée et en grandes quantités de cette bactérie.

En France, les aliments les plus fréquemment contaminés par cette bactérie sont les charcuteries cuites (langue, tête, rillettes), les saucisses, les graines germées réfrigérées, et les produits au lait frais (fromages à pâte molle et au lait cru).

La bactérie est sensible à la chaleur, mais peut se multiplier à 4°C (température des réfrigérateurs). La contamination des aliments est donc favorisée par l’allongement de la chaîne du froid (entrepôts frigorifiques industriels, réfrigérateurs ménagers).

Une infection qui peut être grave

La période d’incubation, où la bactérie se développe sans que l’infection soit apparente, est de quelques jours à quelques semaines, mais elle est plus prolongée dans les infections maternelles (jusqu’à 1 mois) que dans les formes septicémiques (quelques jours).

Chez l’adulte, la maladie se manifeste sous la forme d’une infection grave du sang (« septicémie »), voire du système nerveux central, qui se manifeste alors principalement par une « méningo-encéphalite » (c’est-à-dire une infection des méninges et du cerveau).

Chez les personnes fragilisées, les symptômes de la listériose peuvent s’aggraver et perdurer pendant plusieurs semaines sous la forme d’une septicémie avec une méningite, à l’origine d’abcès du cerveau ou d’infections locales. Des séquelles neurologiques peuvent être observées et, selon les études, le taux de décès en rapport direct avec l’infection varie de 20 à 30%. 

Chez la femme enceinte, l’infection est en général sans conséquence pour la mère : elle peut passer inaperçue, donner des contractions ou se traduire par un syndrome pseudo-grippal. En revanche, la bactérie peut traverser le placenta et infecter le nouveau-né pour provoquer une infection sévère, souvent aggravée par la prématurité, avec septicémie, infection pulmonaire, infection neurologique et également parfois de la peau. Cette infection peut aboutir à une mort intra-utérine, un avortement ou une naissance prématurée.

Le traitement antibiotique précoce est nécessaire

Il existe un traitement antibiotique, d’autant plus efficace qu’il est administré rapidement. Cependant, l’évolution peut être fatale même en cas de traitement adapté et précoce.

La listériose est diagnostiquée par une analyse bactériologique qui confirme la présence de Listeria monocytogenes dans le sang, le placenta, le liquide céphalo-rachidien ou, plus rarement, dans un autre type de prélèvement (liquide d’ascite, ponction articulaire ou prélèvement périnatal). L'hospitalisation s'impose alors quasi systématiquement.

Le traitement repose sur de fortes doses d'antibiotiques, associant à la phase initiale, et en l’absence d’allergie, l’amoxicilline et un aminoside (en général la gentamicine) chez l'adulte et le nouveau-né. Ces traitements sont administrés par voie intraveineuse.

L’amoxicilline sera poursuivie durant trois à quatre semaines. Il en va de même pour une femme enceinte présentant un syndrome pseudo-grippal, que la listériose soit diagnostiquée ou simplement suspectée.

Comment éviter de s'infecter

La prévention pour les personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées, personnes immunodéprimées, par un traitement immunosuppresseur ou par une pathologie telle qu’un cancer, une cirrhose, un diabète...) consiste à éviter la consommation des produits de charcuterie en gelée, de rillettes, pâtés, foie gras, fromages au lait cru, fromages à pâte molle, poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama, graines germées crues… Il est recommandé de bien cuire les aliments d’origine animale, d’enlever la croûte des fromages, de laver soigneusement les légumes et les herbes aromatiques et de bien recuire jusqu’à ébullition les produits achetés prêts à consommer « traiteur ».

Afin d’éviter les contaminations croisées (d’un aliment à l’autre), il faut conserver les aliments crus séparément des aliments cuits ou à consommer en l’état. Les produits préemballés sont à préférer aux produits achetés à la coupe, ces derniers devant dans tous les cas être consommés rapidement après leur achat. Les règles habituelles d’hygiène doivent être particulièrement respectées :

• Pour les aliments qui doivent être conservés au froid, le réfrigérateur doit être réglé à +4 °C au plus.

• À chaque fois que des aliments ont souillé des surfaces, les nettoyer sans tarder.

• Ne pas poser d’aliments non emballés directement sur les étagères.

• Respecter l’hygiène : nettoyer ustensiles et surfaces de travail avant et après usage et se laver les mains après la manipulation de produits crus.

• Bien laver les légumes et herbes aromatiques avant de les manger ou de les cuisiner.

• Conserver les restes au réfrigérateur moins de 3 jours, et dans le cas d’aliments à consommer chauds, les réchauffer à une température interne supérieure à +70 °C.

• Respecter les dates limites de consommation (DLC) pour les aliments conditionnés et, s’il s’agit de produits à la coupe, les consommer le plus rapidement possible.

Pour les femmes enceintes et les personnes les plus à risque, il est recommandé d’éviter les aliments qui peuvent être contaminés par Listeria monocytogenes tels que les fromages au lait cru (surtout à pâte molle), la croûte des fromages en général, les poissons fumés, les coquillages crus, le tarama et les charcuteries.