ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Lunettes : les généralistes peuvent renouveler les ordonnances

Expérimentation

Lunettes : les généralistes peuvent renouveler les ordonnances

Par Antoine Costa

La nouvelle convention des orthoptistes prévoit qu’ils puissent demander le renouvellement des ordonnances de lunettes à des médecins généralistes.

BrianAJackson/Epictura

85 jours. C’est le temps moyen, en France, pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste. Dans certaines régions, il faut même patienter plus d’un an ! Une situation intenable que le gouvernement précédent a tenté de résoudre en modifiant les conditions de délivrance des ordonnances pour les lunettes et les lentilles de contact.

La dernière convention des orthoptistes, parue au Journal Officiel le 23 juin dernier, apporte une nouvelle réforme de taille : sur demande des orthoptistes, les médecins généralistes pourront désormais renouveler les ordonnances de corrections optiques, sans passer par l’ophtalmologiste.

Expérimentation

« Une organisation spécifique devra alors être mise en place pour la transmission au patient, le nécessitant, de la prescription de lunettes établie par le médecin généraliste mentionnant la nouvelle mesure de la correction à partir des examens réalisés par l'orthoptiste », précise le texte de la convention.

Il s’agit pour l’instant d’une expérimentation dans le temps, qui se tiendra dans les maisons de santé pluridisciplinaires, même si les généralistes peuvent l’appliquer en dehors de ces structures.
Elle vise à améliorer l’accès aux dispositifs pour les patients n’ayant besoin que d’un renouvellement de lunettes. Depuis octobre dernier, les orthoptistes peuvent déjà refaire des lunettes en cas d’urgence – bris ou perte –, si aucun recours médical n’est possible.

Les ophtalmos en colère 

Mais ces décisions ne plaisent pas du tout aux ophtalmologistes, qui n’ont pas été consultés. « Le renouvellement des ordonnances de lunettes par un médecin généraliste est une erreur, estime le Dr Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF). Cela ne va pas dans le sens de l’intérêt des patients, et augmente le risque de retard de diagnostic. L’ophtalmologiste demeure le seul médecin compétent pour réaliser un bilan visuel complet. »

Dans un communiqué, le SNOF rappelle ces risques : plus d’un tiers (36 %) des personnes qui consultent un ophtalmologiste pour une prescription ou le renouvellement de dispositifs correcteurs se voient diagnostiquer un autre problème médical.

DMLA et glaucome

« La signature d’une ordonnance de renouvellement par un médecin généraliste est problématique, car elle compromet le bon suivi du patient en prolongeant le délai initialement prévu, sans effectuer les dépistages nécessaires, poursuit le Dr Bour. Si nous avons mis en place un délai de validité de l’ordonnance, c’est pour pouvoir réaliser un examen visuel complet à échéance régulière. »

Ils comptent notamment sur ces visites pour dépister la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et le glaucome, qui peuvent rester asymptomatiques pendant de nombreuses années. 

Le SNOF demande donc à être entendu, et que soit annulée l’expérimentation, qui doit entrer en application le 1er janvier 2018.