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Charcuterie et fromage

Listeria : les omega-3 pourraient agir comme des antibiotiques

Par Antoine Costa

Des acides gras peuvent désactiver la pouvoir pathogène de la bactérie Listeria monocyrogenes, qui contamine parfois la charcuterie ou le fromage.

Terri Bateman/Flickr

Charcuterie, rillettes, saucisses, fromages au lait cru… Ces produits stars de la gastronomie française présentent des risques bactériens, et des rappels de lots de produits viennent régulièrement le rappeler. La bactérie Listeria monocytogenes, pathogène pour l’homme, se mêle parfois à la fête.

Présente dans l’environnement et infectant jusqu’à 30 % des animaux d’élevage, elle est sensible à la plupart des antibiotiques des familles de la pénicilline, des tétracyclines et des aminosides. Mais il serait aussi possible de la combattre simplement... avec des acides gras !

30 minutes avant effet

Des chercheurs du département de biochimie et de biologie moléculaire de l’université Sud Danemark ont en effet observé que les omega-3, même à des concentrations faibles, neutralisaient la bactérie. Ils publient leurs résultats dans la revue Research in Microbiology.

« Notre étude a montré que des acides gras communs et naturels pouvaient désactiver des gènes spécifiques qui rendent la bactérie dangereuse, explique le Pr Brigitte Kallipolitis, l’un des auteurs de l’étude. Nous avons testé les omega-3, et ça leur a pris à peine 30 minutes pour neutraliser la Listeria. »

Ces lipides agiraient sur une protéine, Prfa, qui active les gènes de virulence de la bactérie, qui lui donnent cette capacité à provoquer la listériose.


Limiter l’antibiorésistance

Des recherches avaient déjà montré qu’à fortes concentrations, les acides gras avaient des propriétés antibactériennes. Mais la découverte des chercheurs danois est encore plus intéressante. Non seulement parce qu’elle implique l’utilisation d’acides gras à de faibles concentrations, mais aussi parce que les omega-3 ne tuent pas la bactérie, mais inactivent son pouvoir pathogène.

Face à un danger, les bactéries développent des stratégies de survie, qui les rendent plus résistantes. En remplaçant les antibiotiques par les acides gras, il serait ainsi possible de réduire les risque de résistance, puisque les Listeria ne meurent pas. « C’est sans doute une meilleure stratégie de les laisser vivre en neutralisant leur capacité à causer des maladies », estime le Pr Kallipolitis.

 

La listeriose, une infection à prendre au sérieux

La plupart du temps, une listériose ne provoque pas de symptômes graves. Mais l’infection est susceptible d’évoluer en septicémie (infection du sang), méningite, en abcès cérébraux ou en infections locales. 20 à 30 % des cas sont mortels, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).


Source : Santé Publique France

Afin de réduire les risques de toxi-infection, l’Anses a émis plusieurs recommandations à destination du grand public. Les restes ne doivent pas être conservés au-delà de trois jours et doivent être réchauffés au préalable. Pour les produits frais, la règle est différente : il est nécessaire de laver les fruits et légumes avant consommation. Tout aliment manipulé avant cuisson nécessite plusieurs mesures de prudence : lavage des mains, nettoyage des surfaces et ustensiles en contact avec celui-ci.
L’Agence de sécurité sanitaire recommande aussi un entretien régulier du réfrigérateur, avec l’usage d’eau javellisée. La température à l’intérieur de l’appareil ne doit pas, dans l’idéal, dépasser les 4 °C.