L’indice de masse corporelle a-t-il fait son temps ? Créé au 19e siècle par un statisticien belge, ce calcul est utilisé pour établir le surpoids ou l’obésité. Il consiste à diviser le poids par la taille au carré. Cet indicateur est aujourd’hui critiqué par certains spécialistes, mais d’autres estiment que la prise en compte d’autres facteurs pour la définition de l’obésité serait trop complexe et risquée. Ce point de vue est développé par des chercheurs américains dans la revue The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.
Obésité : prendre en compte les effets de l’excès de tissus adipeux plutôt que l’IMC
Ses auteurs réagissent aux publications d’une commission spéciale de la prestigieuse revue The Lancet. "Les mesures actuelles de l'obésité basées sur l'IMC peuvent à la fois sous-estimer et surestimer l'adiposité et fournir des informations insuffisantes sur la santé individuelle", est-il précisé sur le site de la revue. La commission a pour objectif de définir l'obésité clinique "comme une pathologie qui, à l'instar de la notion de maladie chronique dans d'autres spécialités médicales, résulte directement de l'effet de l'excès de tissu adipeux sur le fonctionnement des organes et des tissus". Cela passe par une nouvelle méthode de diagnostic avec de nouveaux critères, notamment de mesure de l’excès du tissu adipeux. Ainsi, l’obésité clinique serait caractérisée lorsque le dysfonctionnement d’un organe est causé par la masse grasse. Le stade pré-clinique correspondrait à l’absence de dysfonctionnement d’organe, en présence d’un excès de tissu adipeux.
Une évolution risquée du diagnostic de l’obésité
Mais cette évolution de la définition de l’obésité est remise en question par les scientifiques de l’Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales de Bethesda, situé aux États-Unis. "Les définitions diagnostiques influencent l’éligibilité au traitement, la prise en charge par les cliniciens et la manière dont les assureurs déterminent le remboursement des médicaments et des interventions chirurgicales, rappelle le Dr Ranganath Muniyappa. Tout nouveau cadre doit reposer sur des données probantes solides, être applicable au quotidien en pratique clinique et viser à améliorer l’accès à des traitements efficaces contre l’obésité."
Or pour ces spécialistes, la nouvelle définition pose des "défis conceptuels" et pourrait retarder voire compliquer la prise en charge. "La démonstration que le dysfonctionnement d’un organe est causé par un excès de masse grasse est difficile à mettre en œuvre en pratique clinique courante et peut retarder le traitement ou créer des obstacles à l’accès aux soins", estiment-ils. Par ailleurs, ils considèrent que le principe d’obésité pré-clinique est "conceptuellement instable". "Ce cadre diagnostique exige des mesures et des évaluations diagnostiques complexes, potentiellement irréalisables dans de nombreux contextes cliniques et susceptibles d’aggraver les inégalités de santé existantes", concluent-ils. Les chercheurs plaident pour une approche plus nuancée, "utilisant des méthodes de classification établies et garantissant que les nouvelles définitions améliorent la prise en charge sans créer d’obstacles au traitement".
En 2022, une personne sur huit souffrait d'obésité selon l'Organisation Mondiale de la Santé.



