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Virus

Peut-on vraiment stopper Ebola grâce aux anticorps monoclonaux ?

Si les traitements par anticorps monoclonaux semblent améliorer les chances de survie contre le virus Ebola, qui touche actuellement à nouveau la RDC, des chercheurs s’inquiètent de leurs effets sur l’immunité à long terme.

Peut-on vraiment stopper Ebola grâce aux anticorps monoclonaux ? Motortion / istock




L'ESSENTIEL
  • Les anticorps monoclonaux améliorent fortement la survie face à Ebola.
  • Mais ils pourraient réduire la production durable d’anticorps naturels chez certains survivants.
  • Les chercheurs appellent à renforcer le suivi médical et les études sur ces traitements.

Sauver des vies aujourd’hui peut-il fragiliser l’immunité de demain ? Longtemps considéré comme l’un des virus les plus meurtriers au monde, Ebola dispose désormais de traitements capables d’améliorer nettement les chances de survie des patients. Parmi eux, les anticorps monoclonaux comme Ansuvimab, Ebanga ou Inmazeb occupent une place centrale. Ces médicaments agissent comme des défenses artificielles capables de neutraliser rapidement le virus.

Lors de la dixième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) entre 2018 et 2020, ces traitements ont été largement utilisés. Et, selon une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases par des chercheurs de l’Inserm (entre autres), ils ont contribué à améliorer les soins et à sauver de nombreux patients. Sauf que cette avancée médicale s’accompagne désormais de nouvelles interrogations scientifiques.

Une immunité plus fragile chez certains survivants d’Ebola ?

Et pour cause : après avoir suivi 787 survivants dans la cohorte baptisée "Les vainqueurs d’Ebola", les chercheurs ont constaté que, chez les patients traités avec des anticorps monoclonaux, les taux d’anticorps naturels contre Ebola diminuaient plus rapidement au fil du temps. Près d’un quart des participants étaient même séronégatifs pour au moins deux antigènes du virus au moment de leur sortie du centre de traitement. En clair, les médicaments pourraient limiter la capacité du corps à développer une mémoire immunitaire durable.

D’après les chercheurs, cela soulève plusieurs inquiétudes : risque de réinfection, persistance du virus dans certains tissus de l’organisme ou encore apparition de séquelles tardives. Les scientifiques estiment donc indispensable de poursuivre le suivi médical des survivants, mais aussi d’évaluer l’intérêt d’une vaccination complémentaire. "Cette étude souligne la nécessité de poursuivre la recherche sur le réservoir humain du virus Ebola afin de mieux comprendre les facteurs de persistance et de résurgence du virus et de développer ainsi des médicaments susceptibles de l’éradiquer", écrit l’Inserm.

De nouveaux espoirs face aux épidémies actuelles

Alors que la RDC fait actuellement face à une nouvelle épidémie d’Ebola, la question des traitements reste plus que jamais d’actualité. Dans un article publié par Fréquence Médicale, le Dr Gilles Noussenbaum rappelle que les anticorps monoclonaux semblent "conférer une protection plus élevée que le vaccin après une exposition à haut risque". Avantage majeur, ils ont une "action immédiate", selon le médecin. Contrairement à la vaccination, qui nécessite des jours pour déclencher une réponse immunitaire, les anticorps monoclonaux apportent directement au patient des défenses capables de neutraliser le virus. Cette "immunisation passive" pourrait donc protéger rapidement les personnes exposées à haut risque, notamment les soignants ou les proches des malades.

Le Dr Gilles Noussenbaum rappelle également que deux traitements par anticorps monoclonaux, mAb114 (Ebanga) et REGN-EB3 (Inmazeb), ont montré des résultats encourageants. Selon les données rapportées dans la revue Médecine Tropicale et Santé Internationale (MTSI), aucun des 23 patients traités après une exposition à risque n’a développé la maladie. Ces résultats alimentent l’espoir de disposer enfin d’une stratégie efficace pour limiter les flambées épidémiques, même si "l'essai n'était bien sûr pas mené sur la souche actuelle de l'épidémie" en RDC, note le Dr Noussenbaum.

Pour mieux comprendre la meilleure stratégie, l’ANRS - Maladies infectieuses émergentes a lancé en mars 2026 l’essai EBO-PEP. Son objectif : tester l’association entre le vaccin Ervebo et le traitement Inmazeb afin de vérifier si cette combinaison protège mieux les personnes exposées.

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