- Des psychologues dénoncent une hausse excessive des diagnostics de TDAH chez les enfants.
- Ils estiment que certains comportements sont liés à l’environnement scolaire ou social plutôt qu’à un trouble médical.
- Le livre remet aussi en question certaines idées autour de la neurodiversité et de l’origine génétique de troubles comme l’autisme.
Et si certains enfants n’étaient pas malades, mais simplement inadaptés à leur environnement ? Le nombre de diagnostics de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) explose dans plusieurs pays occidentaux. Mais pour certains psychologues, cette hausse des cas traduit moins une épidémie qu’un problème de société. Dans un récent livre intitulé States of Mind, des chercheurs alertent sur la médicalisation excessive de comportements parfois liés au système scolaire ou au mal-être des enfants.
Une détresse émotionnelle interprétée comme un trouble médical ?
Fruit de huit années de travail avec des collèges, lycées et structures d’accompagnement, l’ouvrage remet en question la manière dont sont évalués les troubles comme le TDAH. Selon les auteurs, de nombreux jeunes sont exclus des décisions concernant leur propre bien-être et leur environnement éducatif. Résultat : certains développent une détresse psychologique ou émotionnelle qui serait ensuite interprétée comme un trouble médical.
"Qualifier individuellement des enfants de malades ou de perturbés ne permet pas d’explorer les causes profondes de la souffrance psychologique", écrivent les chercheurs dans un communiqué. Ils estiment que les systèmes éducatifs classiques – et donc rigides – peuvent accentuer les difficultés des jeunes au lieu de les accompagner. Les auteurs dénoncent ainsi une approche centrée sur les symptômes plutôt que sur les causes sociales, scolaires ou encore familiales.
Des diagnostics jugés trop subjectifs
Les psychologues critiquent tout particulièrement le processus actuel de diagnostic du TDAH, qu’ils jugent peu objectif scientifiquement. Aujourd’hui, un enfant peut être diagnostiqué après avoir eu certains comportements dans deux contextes différents, généralement l’école et la maison. Pourtant, ces mêmes enfants peuvent parfois rester concentrés pendant des heures lorsqu’ils pratiquent une activité qu’ils apprécient. "Nous avons rencontré des enfants qui étaient ingérables en classe mais aussi capables de se concentrer pleinement pendant des heures en cuisinant, en pêchant ou en faisant du sport", soulignent les auteurs. Pour eux, cette différence montre que le problème pourrait venir de l’environnement d’apprentissage plutôt que de l’enfant lui-même.
Le livre remet également en question certaines idées autour de la neurodiversité et de l’origine génétique de troubles comme l’autisme. Les auteurs rappellent qu’aucun gène précis n’a été clairement identifié, malgré les nombreuses hypothèses. "Il n’existe pas de cerveau 'typique', chacun est unique", affirment-ils.
Repenser l’école et la santé mentale
Au-delà du diagnostic, les auteurs s’inquiètent surtout du fait que les familles aient souvent besoin d’une étiquette médicale pour trouver de l’aide. "Il est extrêmement nocif que les enfants et leurs proches ne puissent souvent obtenir de soutien sans diagnostic médical au préalable", dénoncent-ils. Selon les chercheurs, il faut sortir d’une vision standardisée de l’éducation et de la santé mentale. "Croire que nous pouvons objectivement qualifier certaines personnes d’anormales puis les ramener à la normalité grâce aux médicaments est illusoire", concluent-ils.



